Cinéma

Du sang et du boudin pour Deadpool

Le plus trash des héros Marvel entre en service. Ce jean-foutre amoral a pour pouvoir de cicatriser à toute berzingue

Au cinéma, les méchants sont de piètres tireurs, capables de vider un chargeur sur le héros sans l’effleurer. Et, dans le contexte du film de superhéros, si d’aventure les criminels touchent leur cible, c’est sans importance: les balles font à Hulk l’effet d’une piqûre de moustique, rebondissent sur l’armure d’Iron Man ou le bouclier de Captain America. L’on saigne à peine dans ces superproductions démolissant des villes entières.

Deadpool inverse la tendance: criblé de projectiles, il saigne abondamment. Les tissus déchiquetés, les organes explosés, le cerveau perforé, les membres sectionnés se régénèrent en deux temps trois mouvements. Il faut dire que pour soigner un cancer généralisé, Wade Wilson (Kevin Reynolds) a subi un traitement de choc: on lui a inoculé un sérum activant les cellules souches dormantes puis, afin de catalyser la réaction physiologique, on l’a soumis à d’innombrables tortures. Il est sorti défiguré de sa chimio, mais indestructible.

Devenu Deadpool sous un justaucorps aussi rouge que le sang qui l’imprègne, il n’a qu’un but: retrouver Francis, dit Ajax, le savant fou qui lui a fait une tronche de fromage de tête et se venger. Il est assisté de deux X-Men, Colossus, titan russe de titane, et Negasonic Teenage Warhead, ado pyrokinésiste boudeuse

Ayant propulsé au pinacle de la gloire et de la fortune les superstars de l’écurie (Hulk, Captain America, Iron Man…), Marvel lance les seconds couteaux et les sous-fifres à l’assaut du box office. Après les baltringues des Gardiens de la Galaxie et le myrmidon d’Ant-Man, on descend dans le cloaque du superhéroïsme. Sauver le monde et la démocratie? Deadpool, personnage tardif créé en 1991, s’en fout éperdument. Il fait son taf de brute stipendiée et ne pense qu’à lui. «Je suis peut-être super, mais pas un héros», dit-il.

En avertissant que «ce film a été réalisé par un gros con» (il s’agit de Tim Miller, venu de l’animation), le générique annonce la couleur du produit: mise en abyme trash, postmodernisme foutraque, humour potache relevé de touches scatologiques… Le champion de la cicatrisation spontanée a conscience d’être une créature de fiction. Grande gueule, il s’adresse à la caméra, s’interroge: «A qui ai-je dû lécher le cul pour avoir mon propre film?».

Entre les bastons épicées de sadisme, le film s’adonne à un feu roulant de vannes à plus value référentielle américaine plutôt hermétiques: Meredith Baxter ou Basil Falty ne sont pas des figures familières. Quant à l’expression «ressembler à un fromage qui a baisé une carte de l’Utah», on cherche encore le sens…

Tandis que ses collègues de la haute se contentent de vies sentimentales pasteurisées, Wade Wilson diversifie sans vergogne ses activités sexuelles, puisqu’il s’adonne à la masturbation auprès d’une licorne en peluche et se fait sodomiser par sa copine Vanessa en hommage à l’année de la femme…

Deadpool est une sorte de crossover larvé puisqu’il fricote un peu avec les X-Men et que le combat final se déroule sur l’épave du porte-avions volant de Nick Fury (Avengers). L’ironie d’Iron Man, les chocs d’ego des Avengers ont porté à leur plus haut point le second degré garantissant le succès du film de superhéros. Pousse la dérision jusqu’à l’abominable, Deadpool est un divertissement trop gore et trop trash pour être divertissant.

Deadpool, de Tim Miller (Etats-Unis, 1h49), avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano, 1h48.

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