Lyrique

L'Opéra de Paris traverse cinq siècles

La deuxième saison de Stéphane Lissner jongle entre les impératifs d’accessibilité, de renouvellement des publics et d’exigence artistique

Tout tenter. Pour séduire, convaincre, emporter. Stéphane Lissner s’y emploie avec ses équipes, qu’il a louées lors de la conférence de presse de sa deuxième saison. «Malgré les traumatismes de l’année 2015, tous ont magnifiquement résisté. Je leur en suis particulièrement reconnaissant.»

L’énumération des réalisations pour prouver que «L’Opéra n’attend que vous» a de quoi persuader. Après le succès immense des 5000 places à 50 euros (5350 en fait…), deux à trois campagnes annuelles de ce types rythmeront l’avenir. Et une septième catégorie a été créée au même tarif, ce qui porte à 280 000 le nombres de places à 50 euros et moins, soit le tiers de l’ensemble du million de billets en vente. L’académie lyrique et orchestrale est en plein essor.

Ecran géant et troisième scène

La 3e scène s’impose: la plateforme digitale de création a décompté 834 500 vues en moins de trois mois avec 20 films d’artistes reconnus autour de l’activité de la maison, et le même nombre de productions est prévu dans les mois à venir. La fréquentation des podcasts est passée à 4,6 millions de vues. Les réseaux sociaux ont explosé  de 30%. Une nouvelle application va paraître dans les prochains jours. L’écran géant sur la place de la Bastille ouvre la visibilité et  l’activité lyrique sur la ville, et prévoit des diffusions musicales d’importance (un grand concert d’airs italiens le 21 juin 2016, Carmen avec Alagna et Garanča le 16 juillet 2017). Rien n’est oublié.

Pas de polémique

En coupant court à toute question n’ayant pas trait à sa future programmation, le directeur des Opéras de Paris a tenu le cap qu’il s’était fixé. Rester dans les rails artistiques de sa présentation et éviter les polémiques sur la démission du chorégraphe Benjamin Millepied, (remplacé par Aurélie Dupont), qui avait fait l'objet d'une conférence de presse spécifique. «Si je suis déçu et triste de ce départ, après deux ans et demi d’une collaboration très forte, je respecte sa décision. Un artiste doit se sentir bien et pouvoir créer dans de bonnes conditions.» Point barre.

Sur le plan purement lyrique, la proportion entre nouveautés et répertoire s'est inversée. L'inédit atteint cette fois la majorité. Au rang des onze nouvelles productions lyriques qui couvrent cinq siècles, elles débuteront avec Cavalli en ouverture de saison (Eliogabalo avec le chef genevois Leonardo Gacia Alarcon qui fait son entrée à l’ONP et Thomas Jolly à la mise en scène). A l’autre bout du temps, la création mondiale de Trompe-la-Mort du compositeur Luca Francesconi s’appuie sur le personnage balzacien de Vautrin avec Susanna Mälkki à la baguette et Guy Cassiers pour la scène.

Entre 1667 et 2017, on retrouvera l’académie aux prises avec Rameau (les inhabituelles Fêtes d’Hébée) et Britten (Owen Wingrave), Rimsky-Kosakov (la rare Fille de neige confiée à Dmitri Tcherniakov), Bizet (Carmen reprise par Calixto Bieto), Mozart (Cosi van tutte «chorégraphié» pour la première fois par Anne Teresa De Keersmaeker), Wagner (Lohengrin revu par Claus Guth), Saint-Saëns (Samson et Dalila par Damiano Michieletto), un duo Mascagni-Hindemith (Cavalleria Rusticana/Sancta Suzanna réunis par Mario Martone) et Rossini avec la première mise en scène d’opéra de Guillaume Gallienne dans Cenerentola.

Danse, cylces et récitals de haut vol

Les 16 soirées de ballets prévues par Benjamin Millepied marient intimement danse et musique dans un rapport très étudié entre création et tradition rafraîchie, et Philippe Jordan continue encore à explorer le répertoire à travers de cycles auxquels il donne sens (musique française du XIXe, Wagner, Berlioz, triologie Da Ponte…).

Quant aux artistes invités, c’est entre stars et jeunesse que les ouvrages et récitals (DiDonato, Villazón, Tézier, Flórez, Harteros) sont distribués. On retrouvera notamment Jonas Kaufmann, Bryn Terfel, Anna Netrebko, Roberto Alagna, Anna Caterina Antonacci, José Van Dam, Elina Garanča, Vittorio Grigolo parmi une avalanche de chanteurs à suivre ou découvrir au fil des huit pièces inscrites au répertoire de l’institution parisienne.

Rens: www.operadeparis.fr

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