Exposition

Le vide à l’honneur 
chez les artistes vaudois

Prix «Accrochage (Vaud 2016)» et le Prix culturel Manor Vaud 
se visitent au Musée cantonal des beaux-arts

Avec Accrochage (Vaud 2016), on est loin du foisonnement un peu étourdissant des premières éditions, voilà déjà une douzaine d’années. Le principe est le même, les artistes vaudois ou vivant dans le canton de Vaud peuvent amener leurs œuvres, un jury établit un choix qui permet de monter une exposition, image arrêtée et subjective. Cette année, 208 artistes ont proposé près de 500 pièces, de la peinture à la performance. C’est dire que la manifestation reste courue. Par contre, au final, 28 artistes, contre une cinquantaine lors des premières années, exposent 39 œuvres. Ainsi, même si les Accrochages successifs ont plutôt bien assuré la diversité sans étouffer, cette édition est particulièrement digeste. Il faut dire que les artistes y ont aussi mis du leur.

On peut longtemps plonger son regard dans la trame rouge pâle coloriée par Karim Noureldin, dans les grands cyanotypes bleus de David Gagnebin-de Bons, dans les cercles pastel de Sylvain Croci-Torti. On prendra le temps de regarder une à une les petites gravures sur bois cadrées de blanc de Léonie Vanay, univers singulier où l’écriture s’intègre au dessin. On sourira aux peintures de santiags de Vincent Kohler. Et ceux qui ne les auraient pas encore vues s’émouvront des photographies de Virigine Rebetez, pierres tombales de Soweto sur lesquelles sont ficelés les vêtements du défunt.
Parmi les exposants, le jury a élu Tarik Hayward, qui aura ainsi une salle à disposition dans l’exposition de l’an prochain et pourra aussi concevoir une publication. L’artiste, qui a commencé par la photographie, travaille depuis quelques années formes et matériaux dans des processus toujours expérimentaux. Ici, il a déposé sur le sol Slip Form, un cylindre de terre compressée de 12 mètres de long. Tant bien que mal puisqu’il est légèrement brisé, mais chez Tarik Hayward le risque fait clairement partie de l’œuvre.
L’an dernier, c’est Anne Hildbrand qui avait reçu le Prix du jury. Sa pièce était prometteuse, avec ses tissus qui jouaient avec l’architecture du lieu. Mais son installation 2016 nous laisse un peu perplexe face à, ou plutôt sous, ces formes blanches qui tournent au plafond, et qu’il faudrait sans doute assimiler à des toiles vides. Y faire défiler les images du catalogue? L’exercice n’est pas évident.

Derrière la porte, un air frais

Mais le comble de l’allégement est dû à l’imbrication dans le parcours de l’installation d’Annaïk Lou Pitteloud, Prix culturel Manor 2016. La jeune artiste a tout bonnement clos son espace, avec deux portes inhabituelles de chaque côté. Deux portes fermées, telles qu’on n’en voit guère dans un musée. Rien n’indique qu’il faut ouvrir la porte, que l’exposition n’est pas finie là, si l’on ne regarde pas le plan, si un gardien ne vous glisse pas qu’il y a une suite de l’autre côté. La suite, c’est le vide. Non pas une exposition vide comme cela s’est déjà beaucoup fait, mais le vide comme œuvre. Ou presque, puisque cette apparente vacuité accueille en fait l’extérieur du musée, qui se glisse là grâce à deux fenêtres ouvertes dans la verrière. Un air frais, une odeur de la ville. Avec The Piece Outside [La Pièce au-dehors], Annaïk Lou Pitteloud expose le monde, la vie, par un phénomène de jeu entre le dedans muséal et le dehors. n

Accrochage (Vaud 2016) et Prix culturel Manor Vaud 2016, jusqu’au 6 mars au MCBA, Lausanne. www.mcba.ch

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