Scènes

Dans l’exil, la survie n’est pas tout

Au Théâtre Saint-Gervais, à Genève, Valentine Sergo raconte le parcours du combattant des migrants, pendant l’exode et ensuite en Suisse

Y a-t-il plus grande tragédie que devoir quitter son pays pour assurer sa survie? Non, a déjà répondu en février 2014 Valentine Sergo dans «Au bord du monde», spectacle éloquent et poignant créé au Théâtre Saint Gervais. Deux après, dans les mêmes murs, la metteur en scène genevoise reprend sa proposition qui n’a rien perdu de son actualité.

Basé sur 35 heures de témoignage, «Au bord du monde» donne la parole aux requérants d’asile de Suisse romande. Mais la tragédie de l’exode n’est pas tout dans le parcours de ces exilés. A leur arrivée, les migrants sont confrontés au théâtre de l’absurde avec des procédures abracadabrantes imposées par la Confédération. Des contorsions administratives qui peuvent mettre parfois dix ans pour valider ou refuser le statut de réfugié.

A sa création, «Au bord du monde» présentait quelques maladresses dans le jeu et parfois un excès de didactisme. Mais quelle efficacité de propos! Quelle force dans ces récits qui donnent un visage aux demandeurs d’asile en marge de l’anonymat des statistiques! Le travail de Valentine Sergo a la même vertu que celui de Fernand Melgar, réalisateur lausannois qui, dans «La Forteresse», a filmé les requérants d’asile du Centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe. Dans «Au bord du monde», on découvre le parcours réel, concret, de ces exilés. Seule différence, ce sont les comédiens Jean-Luc Farquet, Rim Essafi, Valentine Sergo et Miami Themo qui relaient les témoignages des requérants. Ils racontent comment cette femme albanaise, dans l’impossibilité d’obtenir un visa pour ses deux enfants, a décidé de prendre la mer avec eux, au risque de leur vie à tous. Comment cette autre mère africaine a mis son bébé dans un sac-poubelle troué en vue de le porter sur son ventre quand elle devrait nager pour rejoindre les côtes italiennes. Et encore, comment cette femme âgée, établie depuis longtemps à Genève, est renvoyée dans son pays à 79 ans…

Sur le plateau, on découvre aussi Sidi Moumounta, Touareg du désert nigérien, qui a connu l’exil et le séjour dans un centre de requérants. Avec malice, il dit une fable malgache dans laquelle des habitants d’un village, avares de leur eau, finissent en crocodiles. Le moment, facétieux, offre une respiration dans cet état des lieux bouleversant qui dépeint encore le travail des professionnels encadrant les requérants. On ressort de cette immersion plus informé et plus conscient que jamais du destin déchirant de ces déracinés forcés.

Au bord du monde, du 23 au 27 fév., Théâtre Saint-Gervais, Genève, 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

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