Beaux-arts

La Chaux-de-Fonds a restauré son musée

Deux ans après son voisin du Locle, le MBA a pu bénéficier de travaux même si la crise a obligé à des économies drastiques. Visite lors de l’inauguration

Quand on vient du bout du Léman visiter des expositions à La Chaux-de-Fonds et au Locle, on ne peut que se demander pourquoi et comment ici, vaille que vaille, malgré des crises financières importantes, les Musées des beaux-arts sont rénovés. Celui du Locle, où nous avons vu les premiers dessins d’Andy Warhol et une exposition d’Augustin Rebetez (lire ci-dessous), a pris un coup de jeune voilà deux ans. Celui de La Chaux-de-Fonds rouvrait ses portes ce week-end après une année de travaux moins grandioses que prévu mais qui restent très bénéfiques pour l’avenir.

Lada Umstätter sort d’une visite guidée quand nous arrivons dimanche matin. Directrice du musée de La Chaux-de-Fonds depuis 2007, elle avait déjà suivi les travaux du Locle, qu’elle dirigeait alors par intérim, avant de se lancer dans le rafraîchissement de son institution. «En février l’année dernière, un mois avant le début des opérations, nous avons été avertis que nous n’aurions que 1,6 million de francs à la place des 4 millions prévus», résume-t-elle. La Chaux-de-Fonds, frappée de plein fouet par la crise, doit se serrer la ceinture. Il faudra donc aller à l’essentiel.

Dans les réserves, dépoussiérées, de nouvelles grilles coulissantes légères permettent désormais de garder les œuvres dans de bien meilleures conditions climatiques et de les consulter plus facilement, d’autant plus que cette période a fourni l’occasion de faire progresser le catalogage virtuel. Quelque 5000 d’entre elles, soit environ la moitié, ont maintenant leur notice sur MuseumPlus, un outil de gestion en ligne utilisé dans le monde entier. «Nous n’avons pas pu engager autant de monde que nous le souhaitions, et nous avons donc formé l’équipe, que cette expérience a soudée. Même un surveillant de salle a appris à rentrer des données dans MuseumPlus», explique Lada Umstätter.

Accent régional

Dans les salles, les verrières devaient être en partie changées, elles n’ont été que rénovées et nettoyées. On a colmaté le toit pour éviter les fuites mais l’imposante façade n’a pas pu retrouver la vivacité de ses teintes. Le bâtiment Art déco de Charles L’Eplattenier et René Chapallaz, de 1926, complété en 1993 par une extension en béton, semble grisouille pour un musée restauré.

Le confort des utilisateurs, employés du musée et bien sûr visiteurs, a été préféré. Et en ce premier jour d’ouverture, après un vernissage qui s’est terminé tard la veille, le public est visiblement curieux de découvrir les nouvelles expositions. L’accrochage permanent a été revisité, offrant une histoire de l’art en raccourci, avec bien sûr un accent régional, et une mise en valeur des dons qui ont compté, au premier plan la collection de René et Madeleine Junod mais aussi, plus récemment, celle de l’artiste Olivier Mosset.

La principale exposition de cette réouverture, la Biennale d’art contemporain, est un événement intimement lié à l’histoire du musée. Pour la 72e édition, 165 participants, ayant un lien parfois fugace avec le canton, ont soumis leurs œuvres au jury, qui s’est montré généreux. Les 46 artistes retenus sont exposés dans les salles inférieures, et les visiteurs votent avec assez de zèle pour que l’urne placée à l’entrée du musée se remplisse à vue d’œil. Des figures, comme les photographes Xavier Voirol et Matthieu Gafsou, les peintres Guy Oberson et Jonathan Delachaux, voisinent avec des anonymes, sur les murs comme dans le catalogue.

Deux expositions de photographies sont également à l’affiche. A l’entrée du musée, on voyage le long de la «ligne des horlogers», le chemin de fer qui va de La Chaux-de-Fonds à Besançon. Hervé Dez et Pablo Fernandez explorent ce territoire depuis 2013, alternant paysages et portraits, œuvrant avec une banalité qui se transforme lentement. Et au premier étage, on part un peu plus loin, au Liban, mais ce pourrait être en Europe, ou de plus en plus de réfugiés vivent aussi dans des conditions identiques. Dans un camp, le photographe Rami Haidar a donné des appareils jetables et quelques conseils de base à des enfants. Ils ont documenté leur quotidien avec une grâce qui émeut. Ils témoignent aussi, en vidéo.

72e Biennale d’art contemporainHervé Dez et Pablo Fernandez, Nous ne faisons que passer. La Chaux-de-Fonds – BesançonLazha 2. Regards d’enfants syriens en exil.

Jusqu’au 12 mars. Musée cantonal des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. www.mbac.ch


Quand Andy Warhol étudiait les photos de «Life»

Nous sommes au début des années 1950. Andy Warhol a une vingtaine d’années et travaille pour des magazines, entre illustration et publicité. Et il cultive son regard. Pour lui, Life est une source essentielle. Largement illustré, le magazine parle aussi de la photographie, mettant ainsi en valeur le travail des photographes. Andy Warhol ne se contente pas de regarder, il recopie, décalque souvent, repasse à l’encre certaines parties, obtient un monotype en posant sur ses traits frais une autre feuille qui boit l’encre, ajoute encore éventuellement un trait, une touche de peinture.

Ses dessins passionnants sont visibles au Musée des beaux-arts du Locle, qui a adapté à ses murs une exposition déjà visible cet hiver à l’Ecole polytechnique de Zurich et montée avec la collaboration de la galerie munichoise Daniel Blau. On y voit comment Andy Warhol se passionne avant tout pour la figure humaine, adolescents nés dans la guerre, dont il fixe les regards, les mouvements, vieilles dames au tea-room, ou figures plus célèbres, comme Greta Garbo. On retrouve l’actrice en couverture du catalogue, ses yeux perdus vers un horizon qui nous dépasse.

Comme ce sera le cas dès la décennie suivante avec les objets de consommation les plus courants, les marques, où les figures iconiques, de Marilyn, aussi présente ici, à Hitler, le jeune artiste n’invente pas. Il puise dans les images existantes pour en souligner la présence dans notre monde, révèle les talents des photographes qui ont su capter le vivant.

Par ailleurs, deux salles du musée sont investies par Augustin Rebetez. Cela tient des fabliaux médiévaux – un château aux multiples dédales, tourelles et donjons occupent une partie de l’espace. Les personnages sont figés en peinture, en photographie, en poupées bricolées, mais vivent aussi dans une de ces vidéos rythmées dont l’artiste a le secret. Et dans la seconde salle, une vaste installation donne vie à des nuées d’oiseaux sombres. A chacun d’imaginer le sujet de ce Colloque des oiseaux.

Andy Warhol. Premiers dessins et Augustin Rebetez. Colloque des oiseaux, Musée des beaux-arts du Locle, jusqu’au 29 mai. 
www.mbal.ch

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