La revue des idées économiques

La Chine épargne toujours plus

Tout le monde veut que la Chine consomme davantage. Mais ce n’est pas le cas. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’épargne des Chinois s’est encore accrue de 7% en dix ans. Avec celle des entreprises, cette épargne représente plus de la moitié du PIB.

Les Américains consomment trop, les Chinois épargnent trop. Tel est le problème. Pour retrouver un équilibre durable, chacun doit faire un pas dans la «bonne» direction. Par la force de la crise du crédit, l’Américain est en phase de rapide diminution de sa consommation. Et le Chinois? Il épargne toujours plus, selon un travail de recherche fouilli du FMI. Entre 1995 et 2005, le taux d’épargne des ménages chinois résidant en ville s’est accru de 7% pour atteindre le quart du revenu disponible. Et comme l’épargne des entreprises s’est aussi accrue, au total l’épargne chinoise représente plus de 50% du PIB.

Les auteurs observent un autre phénomène étonnant: L’augmentation touche toutes les catégories d’âges. Même si la courbe forme un «U» à travers les classes d’âges. Les plus jeunes et les plus âgés épargnent le plus.

La recherche économique voudrait que les ménages qui s’attendent à une future sensible augmentation des revenus diminuent leur taux d’épargne. Ce schéma ne fonctionne pas dans le cas présent. L’ajustement de la consommation est très modeste à travers le cycle de vie, selon Marcos Chamon et Eswar Prasad, les auteurs. Et les ménages affectés par la politique d’un enfant par couple n’appartiennent pas au plus forts épargnants.

L’une des raisons majeures à ces développements tient à la privatisation progressive des services publics, à savoir la formation et la santé. Les dépenses de formation et de santé sont passées de 2 à 14% en dix ans.

La politique d’encouragement à la propriété immobilière a créé de nouveaux motifs d’épargne. De 17% en 1990, la part des propriétaires de leur propre logement a explosé à 86% en 2005!

Tout le monde voudrait que dorénavant le Chinois consomme enfin. Mais rien n’est moins sûr. Si 86% des Chinois ont leur propre toit, la qualité des logements laisse tellement à désirer que les ménages épargnent pour améliorer leur chez soi.

Cela dit, est-ce la faute des Chinois si les Occidentaux ont besoin de leurs capitaux pour financer leurs excès de consommation? Ni le gouvernement américain ni les agences immobilières fédérales n’étaient obligées de dépenser les capitaux venus d’Asie, selon Tim Swanson. Mais cet opinion est très minoritaire. Le monde semble préférer accuser l’étranger plutôt que de faire son ménage, écrit Gideon Rachman sur le blog du Financial Times. Le protectionnisme est en hausse. D’ailleurs un nouveau mot est né à Davos: déglobalisation.

Mais si la Chine ne consomme pas, devrait-elle se lancer dans des projets d’investissements en infrastructures? Un travail de la Banque mondiale nous laisse sceptique. Les nouvelles infrastructures réduisent les goulets d’étranglement et les contraintes, mais n’encouragent pas la croissance. Etonnant!

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