Conjoncture

L’OCDE redoute les conséquences «dévastatrices» de la crise

La zone euro est entrée en «légère récession» selon l’OCDE. Les conséquences de la crise de la dette pourraient être «dévastatrices». Les prévisions concernant l’économie suisse ont également été revues à la baisse

Alors que la zone euro semble être entrée en «légère récession» en raison de la crise de la dette, l’OCDE a revu en nette baisse l’ensemble de ses prévisions économiques. L’organisation a dans la foulée appelé à une action urgente de la Banque centrale européenne (BCE).

En cas d’aggravation, la crise de la dette pourrait avoir des conséquences «dévastatrices», a averti lundi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en dévoilant ses prévisions semestrielles. La croissance mondiale devrait ainsi encore ralentir: après 3,8% cette année, elle freinerait à 3,4% l’an prochain (au lieu de 4,6% prévus précédemment).

Et la reprise, à partir de mi-2012, «ne sera que progressive» et «modeste», tirée par les pays émergents. Le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis progresserait de 2% l’an prochain (au lieu de 3,1%), puis accélérerait quelque peu en 2013, à 2,5%.

Dans la zone euro, la révision est encore plus drastique: l’économie devrait quasiment stagner en 2012 (0,2% au lieu de 2%). La croissance rebondirait péniblement l’année suivante, à 1,4%. «La zone euro semble traverser une légère récession», prévient d’ailleurs le club des pays les plus riches de la planète.

Ralentissement en Suisse aussi

Cela se traduit par un recul attendu du PIB de l’Union monétaire, mais aussi de chacune de ses trois premières économies (Allemagne, France et Italie) au dernier trimestre 2011 puis au cours des trois premiers mois de 2012, voire jusqu’au printemps pour l’économie italienne. L’OCDE est la première institution internationale à annoncer une entrée en récession de la zone euro.

L’économie suisse devrait faire mieux, avec une croissance de son PIB de 1,8% cette année et de 0,8% en 2012, contre encore 2,7% et 2,5% attendus en mai. Entre-temps, l’économie helvétique a subi le contrecoup de l’appréciation du franc et de la «décélération de l’activité sur les marchés d’exportation».

L’OCDE épingle au passage la gestion de la crise de la dette par les gouvernements européens, leur reprochant un traitement inadéquat des déséquilibres au sein de la zone euro. L’OCDE évoque la «possibilité» désormais réelle d’un défaut de paiement d’un Etat européen et une «perte de confiance» dans «l’Union monétaire elle-même».

«La zone euro représente le risque clé pour l’économie mondiale», explique l’organisation. L’OCDE estime même que le scénario central de ses prévisions, lequel suppose que la crise ne dégénère pas, n’est pas forcément le plus probable.

Nouvelle phase de contagion

Alors que «la contagion est entrée dans une nouvelle phase», touchant des pays jugés solides comme la France, les résultats «d’un événement négatif majeur dans la zone euro» pourraient être «très dévastateurs», met en garde l’organisation. Cela «ferait très vraisemblablement basculer toute la zone OCDE dans une récession, avec un recul sensible de l’activité aux Etats-Unis et au Japon. De ce fait la récession dans la zone s’en trouverait prolongée et s’aggraverait», a détaillé le chef économiste de l’OCDE Pier Carlo Padoan. Même «les économies émergentes ne seraient pas épargnées».

Un autre risque vient des Etats-Unis: «si aucune mesure n’est prise pour contrer le resserrement budgétaire préprogrammé», cela «pourrait faire basculer l’économie américaine dans une récession que la politique monétaire aurait bien du mal à contrecarrer», estiment encore les économistes de l’OCDE.

C’est pourquoi «les décideurs doivent se préparer au pire» et les banques centrales doivent conserver des taux d’intérêt «proches de zéro», quitte à les baisser en Europe. Pour éviter le pire, la BCE «doit jouer un rôle clé pour fournir les ressources nécessaires», le fonds de secours de la zone euro s’avérant insuffisant, juge l’OCDE.

Il faut envisager «une plus grande utilisation des ressources de la BCE», a estimé M. Padoan, car «c’est le seul instrument efficace pour faire barrage à la contagion». «La situation est grave», «il faut agir maintenant», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse.

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