marché du travail

Bientôt 150 000 chômeurs en Suisse

Le taux de chômage s’est fixé à 2,9% en 2012. Il a crû de 0,2 point en décembre. Cette année, il devrait atteindre 3,3%. Un niveau qui fait rêver bien des pays européens

L’exception helvétique perdure. A l’instar de son économie, le marché suisse du travail a fait mieux qu’éviter le pire l’an dernier. Une robustesse saluée par les économistes eu égard à la situation économique cacochyme qui prévaut en Europe, avec des taux de chômage jusqu’à dix fois plus élevés. «La Suisse reste une sorte d’îlot préservé grâce à des conditions-cadres favorables et notamment la flexibilité de son marché du travail», se réjouit Janwillem Acket, chef économiste à la banque Julius Baer. «Il y a même eu l’an passé une création nette d’emplois dans notre pays», corrobore Dominique Babey, chef ad interim de la Direction du travail du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

De fait, malgré le ralentissement conjoncturel, le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) a calculé que la Suisse a généré quelque 62 400 nouveaux postes de travail au cours des douze derniers mois. «Avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) helvétique attendue autour de 1%, le marché du travail a donc fait preuve d’une résilience meilleure que prévu. On était bien plus pessimiste il y a un an», s’enthousiasme Dominique Babey. En 2011, alors que le PIB s’appréciait de 1,9%, le pays n’avait créé que 36 500 emplois supplémentaires. Un an auparavant, en dépit d’une conjoncture survoltée (+3%), seuls 21 000 nouveaux postes avaient vu le jour.

Pour Sibille Duss, économiste auprès d’UBS, l’année 2012 en Suisse a été marquée par une «économie à deux vitesses». Avec d’un côté, un secteur industriel pénalisé par la survalorisation du franc, la crise de la zone euro et désormais le ralentissement économique global. De l’autre, un marché intérieur solide qui a profité à beaucoup de branches, notamment la consommation et la construction. Roland Duss, directeur de la recherche à la banque Gonet & Cie, souligne en outre la bonne santé des finances publiques et privées, avec un endettement très raisonnable et une importante épargne disponible. En parallèle, la spécialisation de la Suisse dans des industries à haute valeur ajoutée permet encore et malgré tout une progression des exportations, selon l’économiste. Yves Flückiger, professeur au Département d’économie politique de l’Université de Genève, met en exergue les gains de productivité réalisés par les entreprises, notamment les PME, leur permettant de rester concurrentielles à l’international.

Toutefois, le pays ne peut échapper éternellement aux vents contraires, notamment ceux glaciaux soufflant d’Europe. Et les restructurations de certaines entreprises, comme Merck Serono, Greatbatch, Tornos, Lonza, UBS et d’autres, se font ressentir. Ainsi, le chômage a augmenté de nouveau en décembre. Le taux a crû de 0,2 point de pourcentage par rapport à novembre pour atteindre 3,3%, a annoncé mardi le Seco. Au total, 142 309 personnes étaient inscrites au chômage à la fin du mois sous revue, soit 10 242 de plus qu’en novembre. Sur l’ensemble de l’année, il en résulte un taux de chômage moyen de 2,9%, soit une augmentation de 0,1 point par rapport aux 2,8% de 2011. «Un taux qui figure parmi les trois meilleurs résultats des dix dernières années», a souligné Dominique Babey du Seco, et cela en dépit d’une croissance européenne anémique. Le nombre moyen de personnes au chômage l’année dernière s’est monté à près de 125 600. Une performance de taille, sachant que le taux de chômage structurel s’établit à 2,4%, a calculé Yves Flückiger.

De plus et à court terme, il n’y a pas péril en la demeure, selon le chef ad interim de la Direction du travail du Seco. La hausse observée en décembre provient à 90% de facteurs saisonniers.

Reste que le niveau du chômage va augmenter ces prochains mois, prévient le Seco. Les services du conseiller fédéral Johann ­Schneider-Ammann prévoient un taux annuel moyen de 3,3% en 2013. Sibille Duss, d’UBS, anticipe pour sa part une valeur de 3,2%. «Une forte dégradation du marché du travail n’est pas à craindre. Nous penchons plutôt pour une sorte de stabilisation», selon elle. Un soupçon plus pessimiste, Janwillem Acket, de Julius Baer, prédit un niveau de 3,4%. Ce qui représenterait 149 000 personnes inscrites au chômage. «Cette hausse proviendra aussi des attaques contre la place financière suisse et du ralentissement économique qui touche désormais l’Allemagne, notre principal partenaire commercial», juge Roland Duss, de Gonet & Cie.

L’emploi marquera donc le pas ces prochains trimestres, avant que la conjoncture ne retrouve un peu plus de tonus. La pression pourrait se relâcher en 2014, espère le Groupe d’experts de la Confédération .

La spécialisation dans des industries à forte valeur ajoutée permet encore une hausse des exportations suisses

«Une forte dégradation du marché du travail n’est pas à craindre», d’après Sibille Duss, économiste chez UBS

Publicité