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Affaire de mœurs: Compagnie Financière Tradition porte plainte

Trois ex-employés londoniens du groupe sont soupçonnés d’avoir payé des prostituées à des clients libyens, selon la presse britannique. Se défendant de toute implication, le courtier basé à Lausanne indique lundi avoir dû porter plainte lui aussi

«Une plainte a été déposée auprès des autorités londoniennes», réagit un responsable de Compagnie Financière Tradition, joint lundi au téléphone. Ce dernier fait face depuis cinq jours à une affaire des plus délicates. Une affaire de dépenses personnelles de certains employés, dûment facturées. Et de services d’escorte de jeunes femmes, dûment tarifés.

Dans son édition de jeudi, le Financial Times révélait que trois ex-employés du groupe Tradition étaient au centre d’une enquête des policiers de la City de Londres. Ces derniers s’intéressaient à de fausses factures, certaines liées à la «fourniture d’escort girls» à des clients de la Libyan Investment Authority, lors de réunions à Marrakech. Deux des trois hommes ont été entendus par la police; aucun n’a été mis en examen.

Ces délicates attentions ont été mises au jour à l’origine par l’autorité britannique des marchés financiers, dans le cadre d’une enquête plus large sur les pratiques commerciales dans le monde du courtage interbancaire. A l’issue de cette enquête, «qui n’a d’ailleurs rien reproché d’autre à la filiale», la Financial Conduct Authority «a découvert certains agissements et nous en a informés; une plainte a été déposée», confirme le responsable du groupe de courtage, dont le siège est à Lausanne.

Ces trois anciens employés travaillaient pour la filiale londonienne TFS Derivatives, l’un d’entre eux en ayant été brièvement l’administrateur. Tous ont quitté le groupe en 2010. «Une enquête est en cours, on soupçonne des dépenses qui n’auraient pas été engagées à titre professionnel», se borne à expliquer le directeur.

L’appel à des entraîneuses, qui semble davantage refléter les coutumes d’autres milieux, est-il également la botte secrète du courtage interbancaire? Le directeur de Tradition contacté assure que de tels agissements, s’ils étaient avérés, seraient «totalement en contradiction» avec «les politiques et procédures en vigueur au sein du groupe et de ses filiales». Le quotidien financier britannique s’était déjà fait l’écho par le passé des liens «historiques» entre le groupe de courtage spécialisé dans les produits financiers dérivés échangés de gré à gré et le fonds d’investissement de l’Etat libyen.

Propriétaire du bâtiment dans lequel est installée sa filiale londonienne, la Libyan Investment Authority aurait en outre fait appel à lui pour ses investissements à l’étranger, en passant par l’intermédiaire de l’Arab Banking Corporation bahreïnie.

«Ces liens ne sont en rien spécifiques ou particuliers», rétorque le responsable de Compagnie Financière Tradition. Cette dernière occupe depuis «longtemps» le même immeuble à Londres. L’Arab Banking Corporation était un «client comme un autre». Pas un mot par contre du fonds souverain libyen. Un client qui, lui, avait ap­pa­remment ses petites exigences, à en croire les autorités londo­niennes.

Faire appel à des escort girls s’avère «en totale contradiction» avec les «procédures» internes de la société

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