Relations américano-suisses

Pour les Etats-Unis, vite appliquer l’accord global est dans l’intérêt des banques

En poste depuis 2009, l’ambassadeur des Etats-Unis Donald S. Beyer plaide pour l’application rapide des accords américano-suisses. Il estime qu’un obstacle est ainsi levé pour une possible visite de Barack Obama en Suisse

En poste depuis 2009, l’ambassadeur des Etats-Unis Donald S. Beyer rentre dans son pays mercredi. Alors que la signature d’un accord global sur les banques paraît imminente, il livre au Temps le «testament politique» de son séjour en Suisse.

Le Temps: Les quatre ans que vous avez passés à Berne ont été marqués par des tensions importantes entre la Suisse et les Etats-Unis. Comment les avez-vous vécues? Donald S. Beyer: L’une des principales sources de tensions a été l’implication de banques suisses dans la dissimulation illégale de leurs avoirs par des citoyens américains. L’accord concernant UBS a cependant pu être négocié avec succès pour régler les affaires du passé. Mais nous nous sommes aussi rapprochés ces quatre dernières années. Nous avons par exemple développé le programme d’exemption de visa (Visa Waiver Program), qui facilite l’entrée des citoyens suisses aux Etats-Unis. Nous avons intensifié l’échange d’informations dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Nos relations économiques sont excellentes. La Suisse est un très important investisseur aux Etats-Unis, ce qui est remarquable pour un petit pays. Je suis convaincu que le niveau global de nos relations est plus élevé qu’il y a quatre ans.

– Mais ce sont surtout les affaires bancaires qui retiennent l’attention. Après l’accord UBS, il y a eu Fatca et maintenant l’accord global. Comprenez-vous que ces accords aient de la peine à être acceptés en Suisse parce qu’ils donnent le sentiment que c’est le grand pays qui s’impose face au petit?

– Bien sûr. Mais ce dossier ne concerne pas uniquement nos deux pays. Le problème touche tous les paradis fiscaux qu’il y avait à travers le monde, de Singapour au Luxembourg en passant par le Liechtenstein, les îles Caïmans ou les Bermudes. Ces paradis fiscaux étaient la survivance d’une époque révolue. Les Etats-Unis ne sont pas le seul gouvernement à chercher à identifier les citoyens qui ne respectent pas ses lois fiscales. J’observe d’ailleurs que le Luxembourg et l’Autriche se sont déclarés prêts à abandonner leur secret bancaire. Je comprends que les affaires UBS et Credit Suisse aient déclenché de grandes discussions en Suisse. Mais j’insiste sur un point: les Etats-Unis n’ont jamais demandé à la Suisse de violer sa propre législation sur le secret bancaire. Nous avons négocié le plus correctement possible afin de concilier le secret bancaire suisse avec le fait que la soustraction fiscale est un délit en droit américain.

– On s’attend à une signature imminente de l’accord global sur les banques. Qu’en est-il?

– J’ai lu que votre ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, pense que la signature est très proche. J’espère que c’est vrai, mais je ne peux rien confirmer. L’ambassade n’est pas partie aux négociations. C’est le Département de justice qui en a la compétence.

– On dit que les Etats-Unis souhaitent une ratification rapide de cet accord. Or, le système politique suisse veut que le parlement prenne le temps d’examiner en détail les accords qui lui sont soumis. Confirmez-vous l’empressement américain à voir cet accord entrer en vigueur?

– Il y a un intérêt réciproque à mettre ce dispositif en œuvre le plus rapidement possible. C’est aussi dans l’intérêt des banques suisses de se débarrasser de cette affaire. Elles pourront ainsi aller de l’avant. Mais nous n’avons nullement l’intention d’interférer dans le processus de ratification propre à la Suisse. C’est l’affaire du Conseil fédéral et du parlement.

– On s’attend à ce que les banques suisses doivent payer des sommes importantes avec cet accord. En avez-vous parlé directement avec les banquiers suisses?

– Oui. Mais je ne l’ai pas fait en tant que négociateur, car je ne suis pas partie aux négociations. Je n’ai fait qu’expliquer le point de vue des Etats-Unis dans mon rôle de diplomate. Et j’ai toujours insisté sur la répartition des rôles au sein du gouvernement américain et sur le fait que c’est le Département de justice qui négocie. C’est vrai que ce n’est pas toujours facile à faire comprendre.

– Quels souvenirs de la Suisse allez-vous emporter avec vous?

– Des valises pleines. La vision du Breithorn, que mon épouse et moi avons gravi en septembre. Des amitiés fortes, en particulier celle que nous avions nouée avec Claude Nobs, qui nous manque beaucoup. J’emmène aussi avec moi l’expérience d’un pouvoir très décentralisé, d’une démocratie directe très vivante, d’un sens aigu de la responsabilité civique. Il nous appartient d’expliquer à nos autorités que, si cette démocratie directe rend les choses plus lentes, elle ne freine en rien la volonté de la Suisse d’avancer.

– A votre arrivée il y a quatre ans, vous caressiez l’espoir de faire venir Barack Obama en Suisse. Cela n’a pas été le cas. Etes-vous déçu?

– Les relations ministérielles sont excellentes. C’était le cas entre Hillary Clinton et Micheline Calmy-Rey. C’est toujours le cas entre John Kerry et Didier Burkhalter. Nos ministres les plus importants sont tous venus en Suisse ces quatre dernières années. La Suisse n’étant pas membre de l’OTAN, il n’y avait aucune raison militaire que le président des Etats-Unis vienne en Suisse. Mais il peut y en avoir d’autres. Peu d’Etats dans le monde ont une influence aussi grande que la Suisse sur la croissance économique américaine. La Suisse est leader dans la recherche et le développement et crée un nombre d’emplois élevé aux Etats-Unis. Les échanges commerciaux avec la Suisse dépassent ceux de la Suède, du Danemark, de la Finlande et de l’Autriche réunis. Une diaspora suisse importante vit dans mon pays. Il était difficilement imaginable que le président des Etats-Unis vienne en Suisse au moment où le Département de justice menait des enquêtes très pointues autour d’UBS et de Credit Suisse. Mais je pense qu’une telle visite serait un acte symbolique important qui permettrait de remettre nos intérêts communs et la bonne qualité de nos relations à leur juste place. Tout le monde se souvient à Berlin de la visite de John Kennedy.

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