électricité

Le Léman contribuera à stabiliser le réseau électrique européen

Près du château de Chillon se joue une partie de la politique énergétique suisse

L’endroit, enfoui dans la falaise en face du château de Chillon, est stratégique. Plus du point de vue militaire mais dans le contexte de la régulation de la demande d’électricité en Suisse et en Europe. Géré par Alpiq, propriétaire des lieux (39,3% du capital) avec Romande Energie (41,1%), Groupe E et la Ville de Lausanne, le projet de doublement de la capacité de la centrale électrique de l’Hongrin-Léman (FMHL), présenté mercredi à la presse, prend forme.

La mise en service complète de ce complexe hydroélectrique de pompage-turbinage est prévue en 2015. Il contribuera, par le stockage indirect du surplus d’électricité photovoltaïque et éolienne produite en Allemagne, à équilibrer en temps réel l’offre et la demande de courant et à stabiliser les réseaux suisse et européen.

«La salle des machines est plus grande que la cathédrale de Lausanne», souligne Alain Jaccard, chef du projet devisé à 331 millions de francs. Durant une journée portes ouvertes prévue dimanche prochain, les visiteurs chemineront dans d’imposantes cavernes et pourront imaginer le circuit de l’eau, en aller-retour ­entre le barrage de l’Hongrin, situé 800 mètres plus haut, et le lac Léman, à leur niveau. Ce processus réversible de pompage-turbinage permet le remplissage du lac du barrage de l’Hongrin par l’eau du Léman «montée», qui s’ajoute aux apports de rivières vaudoises et ­fribourgeoises. Et inversement, la production d’électricité par turbinage «en descente».

Puissance doublée

La puissance des installations passera de 240 mégawatts (MW) à 480 MW. De quoi produire 1 milliard de kWh par an. «Cet ouvrage est fondamental pour satisfaire la volatilité de la demande de courant électrique et équilibrer le réseau, affirme Pierre-Alain Urech, président de FMHL et patron de Romande Energie. Mais il faut avouer qu’il ne contribuera pas à augmenter la quantité d’énergie globale produite.» C’est à la fois la contradiction et l’utilité du système. Il y a en effet davantage de courant consommé (+20%) pour faire remonter l’eau du Léman dans le barrage que d’électricité produite en «descente» par turbinage.

Absurde? Non, car si le prix du kilowattheure facturé au consommateur final ne varie pas, ce n’est pas le cas pour les grossistes en électricité et les producteurs. Ils doivent faire face à des variations importantes selon les heures de la journée ou les saisons. Cette différence de prix, soit «pomper» avec du courant bon marché (5 centimes/kWh) et «turbiner» à 12 centimes lorsque la demande est très forte, rend l’installation rentable. Mais depuis l’effondrement gé­néral des prix en Europe et la réduction de l’écart entre les tarifs maximal et minimal, ce modèle commercial semble compromis.

«Nous aurons sans doute des difficultés de rentabilité au début, mais je reste confiant dans la très grande utilité de ce mode d’exploitation sur la durée de vie de ces équipements conçus pour 80 ans», rétorque Pierre-Alain Urech. Dix minutes, contre soixante aujourd’hui, suffiront pour passer du pompage au turbinage.

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