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Les rouages de l’arnaque Madoff démontés en cinq mois de procès

A New York, cinq collaborateurs de l’escroc ont été reconnus coupables lundi soir par un jury populaire. Les moments clés des audiences relatés par les comptes-rendus de Bloomberg

Les rouages de l’arnaque Madoff démontés en cinq mois de procès

Justice A New York, cinq collaborateurs du financier escroc ont été reconnus coupables lundi soir par un jury populaire

Les audiences, suivies par Bloomberg,en disent long

Annette B. a commencé à travailler dans cette officine de courtage de Manhattan un matin de 1968. Elle a dix-huit ans et ne se doute pas qu’elle finira par diriger l’entité de gestion d’actifs au centre d’une gigantesque arnaque pyramidale. Résultat: au lieu de couler une retraite dorée, Annette B. fait aujourd’hui partie des membres de la direction de la Bernard L. Madoff Investment Services reconnus coupables lundi soir à New York. A l’issue de cinq mois de procès.

Tous les prévenus avaient été recrutés sans expérience, au sortir de l’école secondaire. Mais aux yeux des jurés, ni leur soi-disant ignorance, pas plus que le fait de s’être vu cantonnés à une tâche précise empêchant de comprendre ce que faisait leur «boîte», ne les disculpent. Pour les jurés, le bon sens aurait dû prévaloir. Surtout lorsque, à l’instar d’Annette B., ces employés de Bernard Madoff émargeaient à 600 000 dollars par an, roulaient en Bentley et disposaient de 50 millions sur leur compte-titres «perso» ouvert au sein de la firme. Leur aveuglement, au final, a été interprété comme une preuve de complicité. Tous encourent jusqu’à 20 ans de prison. Les peines seront prononcées à partir du 28 juin. Retour, grâce aux comptes-rendus d’audiences de Bloomberg, sur le fonctionnement délirant d’une firme de 200 personnes baignant dans le mensonge.

6 mars 2014 Les accusés se déchirent. Ils qualifient Frank D., l’ex-directeur financier, de «menteur de sang-froid». Interrogé durant douze jours d’affilée en février, Franck D. a admis avoir compris dès 1975 – lorsqu’il a rejoint Madoff en sortant du gymnase – qu’il était «impossible de ne pas savoir» que les comptes-rendus de placements étaient inventés.

28 février 2014 Annette B. décrit comment elle a, quarante ans durant, inondé la rédaction de millions de faux comptes-rendus servis aux clients. En s’inspirant de cours des jours précédents. Puis en antidatant les pseudo-ordres passés. A l’origine, elle pioche, une fois par mois, dans une boîte où sont rangés des bristols. Le rideau de fumée permet de cacher que les plus-values versées aux anciens clients sont ponctionnées sur les dépôts des nouveaux.

10 décembre 2013 Témoignage sur les diamants exigés en paiement par deux informaticiens en 2006. Les audits de la SEC – le gendarme financier américain – les rendent nerveux.

9 décembre 2013 Le bras droit de Madoff livre un récit surréaliste des jours avant la faillite. Le patron l’appelle dans son bureau, après une journée «à regarder par la fenêtre». Il se retourne, pleure et dit être «au bout de la route»: il a réalisé qu’un retrait de 250 millions de dollars de la firme genevoise Optimal «conduira à l’effondrement du château de cartes».

27 novembre 2013 Annette B. se souvient de la consigne donnée à ses équipes fin 2008, avant l’arrestation de Madoff: ne pas évoquer ces chèques libellés par centaines de millions de dollars au nom de la famille ou des plus anciens clients.

1er novembre 2013 Un trader avec 38 ans de maison raconte: le patron le laissait antidater les plus-values inscrites sur son compte-titres personnel. Pour autant qu’elles n’apparaissent pas «ridiculement exagérées».

22 octobre 2013 Témoignage. Patron généreux, Madoff n’a jamais fixé de règle pour l’utilisation de la carte de crédit «corporate».

24 octobre 2013 Selon un comptable ayant revu des millions de documents, la firme de Madoff était insolvable dès 2002. Il faudra pourtant attendre la crise financière – six ans plus tard – pour que son système implose.

17 octobre 2013 Début du procès. En cinq mois, les accusés, n’admettront jamais avoir su, ou avoir compris que le maître des marionnettes, tirait, in fine, les fils d’une simple martingale.

Patron généreux, Madoff n’a jamais fixé de règle pour l’utilisation de la carte de crédit «corporate»

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