L’invité

La survie du gérant indépendant passe par une rapide adaptation

La préoccupation générale sera de ne pas rester cantonné au seul marché suisse et d’obtenir au plus tôt un passeport européen

La survie du gérant indépendant passe par une rapide adaptation

* Senior Partner, 1875 Finance

Il ne fait aucun doute, le métier de gérant de fortune indépendant (GFI) est en pleine mutation. Avec le nouveau cadre réglementaire de la Finma, il doit entièrement se réinventer en tenant compte de cette nouvelle donne. Selon la taille des GFI, ils seront directement contrôlés par la Finma pour les plus importants et a priori par les OAR (organismes d’autorégulation) pour les autres, ces mêmes OAR appliquant les règles pour le compte de l’autorité de contrôle. Face à ces nouveaux défis, nous pouvons relever cinq éléments cruciaux1 qui sont autant de défis pour les GFI ces dix-huit prochains mois.

Tout d’abord, le nouveau cadre réglementaire fédéral obligera les GFI à répondre à des exigences organisationnelles et à introduire une gouvernance nouvelle de type bancaire avec une séparation des tâches. Au niveau de l’organisation, les structures GFI devront identifier par exemple des fonctions administratives, risk management, compliance officer – ou COO, qu’elles pourront internaliser ou externaliser pour ce qui est des plus petites structures. La séparation des tâches est une priorité pour la Finma afin d’éviter le risque d’être juge et partie. Cette nouvelle organisation engendrera des coûts supplémentaires pour les GFI liés à l’augmentation des ressources humaines, au temps à consacrer et aux moyens techniques nécessaires.

Vient ensuite le challenge de l’accès aux marchés. Dans ce cas très précis, les tiers-gérants seront amenés à se poser les questions suivantes: comment faire face à la clientèle déclarée? Comment aurais-je la possibilité d’accéder à de nouveaux marchés, dans les pays développés comme dans les pays émergents? De plus, en raison de la fragilisation du secret bancaire et de sa disparition annoncée, comment les GFI vont-ils s’organiser pour répondre au calendrier et aux exigences juridiques des différents lieux de résidence de leurs clients? Une chose est sûre, leur préoccupation sera de ne pas rester cantonnés au seul marché suisse et d’obtenir au plus tôt un passeport européen. Sans l’obtention de ce sauf-conduit, la mutation de ce métier risque d’être compliquée pour de nombreux GFI.

Le renforcement du cadre réglementaire relatif aux GFI et la disparition annoncée du secret bancaire auront aussi pour conséquence d’augmenter la transparence fiscale. Il s’agira dès lors de mettre en valeur dans les nouvelles structures les compétences nécessaires afin de servir au mieux un individu ou une famille en matière d’ingénierie patrimoniale. Il est loin le temps où un client occidental cherchait à placer son argent dans un paradis fiscal tout en restant dans son pays d’origine. Le client devra à l’avenir bouger avec son argent et se domicilier dans le pays de son choix où la fiscalité pour lui est plus agréable. Si le client fait le choix de rester dans son pays d’origine, il devra répondre aux exigences fiscales en vigueur dans son pays et obtenir de son banquier une performance pertinente nette d’impôt.

Les rétrocessions sont une préoccupation majeure pour les business model de demain et la bonne santé financière des structures. Et encore une fois, le maître mot est la transparence! La majeure partie des nouvelles relations s’ouvrent aujourd’hui sur un modèle totalement transparent sans rétrocessions et la tendance s’oriente clairement vers un tassement des rendements des actifs (ROA), mouvement accéléré par l’affaiblissement du secret bancaire et par une plus grande transparence en matière de tarification. Le nouveau modèle d’affaires doit ainsi s’adapter à la rentabilité future de notre métier, augmenter les actifs sous gestion (masses) et mieux gérer les coûts.

Dans ce contexte de transparence, une solution consiste à proposer un nouveau mandat de gestion sur lequel figure une table de calcul permettant au client de déterminer le montant de rétrocessions qui revient à la société financière. Avec ce genre de mandat, le client a le choix entre fonctionner sur la base de rétrocessions pour la société financière accompagnées d’une commission de gestion réduite. Dans le deuxième cas, le client peut faire le choix de fonctionner sans rétrocession en faveur du GFI et il accepte alors une commission de gestion non réduite, légèrement plus élevée. Dans les deux cas le client peut savoir exactement ce qu’il paie à sa banque dépositaire comme au GFI.

Afin de protéger les clients en qualité d’investisseurs, les nouvelles entités devront aussi être contrôlées sur tous les métiers offerts et pas seulement sur les activités de gestion de fonds LPCC et d’asset management. Elles devront pouvoir justifier de processus de contrôle au niveau des opérations, mais surtout elles devront élever le niveau de compétences en matière de gestion d’actifs afin de garantir au client un processus d’investissement fiable et reproductible. Le secret bancaire disparaissant peu à peu, la performance revient plus que jamais au centre des préoccupations et le client n’hésitera pas à quitter son GFI si ce dernier sort de la fourchette tolérable. Le temps est donc compté. Du coup, seuls les GFI qui prendront en considération cette mutation historique pourront continuer à exercer leur métier de manière pérenne, tout en renforçant leur position. 1. Ces cinq défis (gouvernance, accès au marché, transparence, rétrocessions, protection de l’investisseur) ont été identifiés par la banque UBS et KPMG en Suisse.

Leur préoccupation sera de ne pas rester cantonnés au seul marché suisseet d’obtenir au plus tôtun passeport européen

Publicité