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Genève au cœur de la galaxie Leyne Strauss-Kahn

L’ex-ministre des Finances français dirige un groupe financier actif à Genève dans la gestion de fortune. Fondé par Thierry Leyne, l’ensemble contrôle également une petite société vaudoise, Firstcaution SA, qui propose des garanties de loyer. Le grand projet du groupe LSK reste le lancement d’un «hedge fund» nommé DSK, qui espère attirer à lui 2 milliards d’euros de souscription

Genève au cœur de la galaxie Leyne Strauss-Kahn

Reconversion L’ex-ministre des Finances français dirige un groupe actif dans la gestion de fortune et les cautions de loyer

Son «hedge fund» espère attirer à lui 2 milliards d’euros

Les locataires romands ont accès à un service exclusif: leur loyer garanti par l’ex-patron du Fonds monétaire international. Il leur suffit de se tourner vers Firstcaution SA, société installée à Nyon (VD) et appartenant au groupe financier Leyne Strauss-Kahn & Part­ners (LSK).

Auparavant nommé Anatevka – nom inspiré du shtetl russe du début du siècle inspirant la comédie musicale Un violon sur le toit –, cet ensemble d’une centaine de collaborateurs a été fondé par le financier Thierry Leyne il y a vingt ans. En France, ce dernier a participé au démarrage de la banque en ligne Consors ou de la Financière de l’Echiquier, firme de fonds de placement. Dominique Strauss-Kahn en a pris la tête en septembre 2013, obtenant 18% de parts via une augmentation de capital. Le cours des actions LSK à la bourse de Paris – sur son segment non réglementé – prête une valeur de 15 millions d’euros à sa participation. Le rôle de Dominique Strauss-Kahn «touche tous les domaines – responsable de la stratégie du groupe, il est, sur le plan opérationnel, l’expert qui oriente la gestion du fonds de placement», explique Thierry Leyne.

L’ancien maire de Sarcelles – ville de banlieue parisienne – préside ainsi aux destinées d’Assya A.M., l’entité de gestion de fortune du groupe au service de clients lui confiant un minimum de 20 millions d’euros. Quinze personnes travaillent dans son antenne genevoise, installée il y a deux ans et demi dans l’immeuble noir de la Chase. «Nous n’avons pas de clients français; historiquement, la patronne de la filiale s’occupait d’une clientèle en Europe centrale», assure Thierry Leyne, joint hier au téléphone à Shanghai.

Ce dernier, qui réside à Tel-Aviv après dix ans passés à Genève, s’est lancé dans la garantie de loyer en 2008 avec Firstcaution, autre filiale du groupe LSK. Affichant 3,5 millions de francs de chiffre d’affaires, la société est sortie du rouge l’an dernier. Ses comptes ont été approuvés «avec réserve», les auditeurs écrivant «n’être pas en mesure de vérifier» une créance de 2,1 millions attendue d’une «banque étrangère».

Basée au Luxembourg, la filiale du groupe chargée de la gestion du fonds de placement «DSK Global Investment» est l’activité qui attire toute l’attention sur la nouvelle vie de l’ex-ministre français des Finances. Enregistrée à Luxembourg, cette Sicav investit l’argent confié en s’inspirant de «l’analyse de pointe de M. Strauss-Kahn en termes de macroéconomie», explique Thierry Leyne. Inventé il y a quarante ans par George Soros, ce type de stratégie est appelé «global macro». Ce produit n’est «en rien un fonds spéculatif», s’empresse de corriger l’ancien patron d’Anatev­ka, précisant qu’il n’y aura, par exemple, pas d’emprunts destinés à décupler les «coups» sur les marchés.

Les montants des souscriptions espérées par ses initiateurs – «démarrer avec plusieurs centaines de millions d’euros» pour atteindre «2 milliards d’ici à un an», selon Thierry Leyne – suscitent l’incrédulité de certains sur la scène des «hedge funds». «Peut-être que les clients pensent que DSK fera tourner son Rolodex pour appeler des banquiers centraux ou des ministres afin d’avoir des tuyaux sur ce qu’ils pensent», glisse Laurent Chevallier, gérant pour Eurofin Capital d’un autre fonds dit «global macro». Soulignant que la vista et l’entregent prêtés à Dominique Strauss-Kahn «ne sont en rien une garantie de succès», il rappelle «les performances mitigées des fonds lancés par des économistes dans le passé». De son côté, un intermédiaire lausannois du monde de la gestion collective rappelle cependant que certaines sociétés financières restent attirées par «des fonds offrant aux clients, en bonus, des conférences – voire des conseils – d’intervenants en vue à leurs souscripteurs».

Exigeant l’anonymat pour s’exprimer, un financier genevois s’étant vu proposer de souscrire au fonds estime pourtant «que DSK ne semble avoir aucun problème à faire entrer de l’argent venant d’Asie, d’Amérique latine et de Russie». Selon ce dernier, ces apports seraient facilités par les «contacts de très haut niveau» ayant sollicité les conseils stratégiques du patron du FMI. Disant «ne pas trop comprendre comment ils mettront leurs idées en application», le financier a décliné l’offre «en leur souhaitant bonne chance».

Genève jouera un rôle important dans la vie de ce fonds DSK. Son directeur opérationnel, Mohamad Zeidan, y est déjà établi. Son CV le présente comme conseiller pour Airbus au Moyen-Orient, enseignant à la «business school» de l’Université américaine de Beyrouth mais aussi, en France, docteur en médecine spécialisé dans «l’immunopathologie». Mais en rien comme un vieux routard des «hedge funds». La recherche du fonds est également installée dans une partie des bureaux occupés rue du Rhône, à Genève. Elle sera dirigée par Vanessa Strauss-Kahn. Fille d’un premier mariage de l’ex-ministre socialiste cette dernière enseigne à l’ESCP, l’une des grandes écoles françaises les plus cotées. Auteur de travaux publiés dans des revues reconnues, elle y dirige la recherche.

Genève jouera un rôle important dans la vie de ce fonds DSK: une partie de ses équipes sera rue du Rhône

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