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La Suisse distancée dans la finance en ligne

La place suisse ne figure pas parmi les pionnières des services liés à Internet. De nouveaux modèles commencent à émerger

La Suisse distancée dans la finance en ligne

Innovation La place helvétique ne figure pas parmi les pionnières des services numériques

De nouveaux modèles commencent à émerger

Si le numérique bouscule l’existence, l’industrie bancaire semble encore vouloir y résister. En mai dernier, la conférence Finance 2.0 a réuni plusieurs experts du domaine à Zurich, qui ont constaté les progrès qui peuvent être faits, notamment en Suisse.

Lors de sa présentation, Hans-Joachim Steinbock, directeur ­­gé­néral de Crealogix E-Banking CH, a commencé par citer (tout en les déplorant) un florilège de citations de dirigeants bancaires alignant leurs doutes quant à ­l’intérêt du numérique pour la finance, et particulièrement pour la gestion de fortune. La confidentialité en arrête plus d’un. De même que l’importance supposée des relations face à face avec le client. Pour les adeptes de la finance sur Internet, il s’agit d’idées reçues à balayer. «Oui, il faut rencontrer le client au moins la première fois, mais, ensuite, des contacts par Internet peuvent suffire. Mieux: cela peut entraîner davantage de contacts entre client et conseiller que si une renconre était nécessaire», a argumenté Chris Skinner, conseiller et président du Financial Services Club.

Sur une place en pleine reconfiguration avec la fin du secret bancaire, «la numérisation représente une nouvelle chance pour se dé­velopper», a assuré Hans-Joachim Steinbock, dont la société est spécialisée dans l’informatique bancaire. Internet a été saisi par des sociétés qui ont développé des ­services de comparaison en ligne (lire également ci-dessous) dans divers domaines. Les banques ont évidemment aussi développé les services d’e-banking ou de trading en ligne. Mais, pour parler d’un nouveau modèle, c’est vers une ­société allemande que les organi­sateurs se sont tournés. Ayondo a développé un site de «trading ­participatif». Les utilisateurs peuvent être des modèles, qui dévoilent leur stratégie d’investissement, ou des suiveurs, qui s’en inspirent pour gérer leur fortune.

Les générations changent et ­l’importance des nouveaux médias augmente, ont répété les intervenants. Pourtant, «les conseillers à la clientèle n’ont pas forcément les outils nécessaires. Il y a un trou à combler dans ce domaine», a expliqué Hans-Joachim Steinbock, recommandant la création de plateformes simples pour présenter les portefeuilles, obtenir des conseils d’investissement, entrer facilement en contact avec un conseiller à la clientèle ou accéder à des modules d’e-learning. «Les banques qui ne s’intéressent pas à Internet vont perdre des parts de marché», a-t-il prédit.

Selon une étude du cabinet de consultants américain A.T. Kearney, il semble même que les clients soient davantage prêts que leur banque à entrer dans le monde bancaire numérique. En particulier en Suisse. Les auteurs ont créé un indice des places financières les mieux préparées à l’ère numérique. La Grande-Bretagne sort en tête, suivie de Singapour et du Danemark. En Suisse, «les banques étudient les options, mais n’ont pas encore lancé de travaux importants dans ce domaine», soutient l’étude, qui place le pays à la 11e place de son classement, loin derrière les places concurrentes, après l’Australie ou la Belgique et juste devant la France.

Certes, les bienfaits d’Internet pour le secteur ont des limites, a admis Chris Skinner, rappelant les mésaventures de JPMorgan. L’établissement américain avait voulu organiser une séance de questions-réponses sur Twitter, qui s’est ­transformée en attaque en règle de la part des internautes sur le sens de l’éthique de la banque. En revanche, l’utilisation des réseaux ­sociaux a considérablement aidé à améliorer l’image de la banque indienne ICICI, dont des employés sont disponibles sur Facebook 24h/24 et 7 jours/7 pour répondre aux questions des clients, a cité le consultant.

Les changements n’ont pas échappé à UBS, qui estime que, d’ici à cinq ans, 70% des produits seront transmis uniquement par des canaux numériques. Andreas Kubli, responsable Multichannel Management & Digitization pour UBS Suisse, a estimé que le secteur pouvait s’inspirer d’autres industries. Il a cité Zalando pour l’acquisition de clientèle, Swiss pour les conseils, Amazon pour les ventes, KLM pour le service après-vente.

«La numérisation représente une nouvelle chance pour se développer»

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