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A Lausanne, deux entités nient tout rôle opaque dans le naufrage d‘Espirito Santo

Lisbonne s’intéresse de près au groupe Eurofin et à Banque Privée Espirito Santo. Ces deux entités suisses réfutent fermement avoir servi de canal de financement parallèle à l’empire portugais

A Lausanne, on nie tout rôle opaque dans Espirito Santo

Naufrage Lisbonne s’intéresse de près à Eurofin et à Banque Privée Espirito Santo

Ces entités suisses réfutent fermement avoir servi de canal de financement parallèle à l’empire portugais

Une association récemment créée par les clients de la banque portugaise en détresse Espirito Santo vient d’interpeller jeudi le Ministère des finances à Lisbonne. Pour qu’il les «éclaire de manière claire, détaillée et objective» sur «des placements vendus par l’établissement ou des entités qui lui sont liées». Et notamment par «Banque Privée Espirito Santo» installée à Pully (VD) depuis plus de trois décennies.

Cinq jours auparavant, au terme d’un week-end de tractations ayant conduit au renflouement à hauteur de 5 milliards d’euros du groupe bancaire portugais, une autre société lausannoise était pointée du doigt par les autorités monétaires portugaises. Intervenant dimanche soir pour expliquer cette nationalisation, le gouverneur de la banque centrale, Carlos da Silva Costa, a chiffré le rôle joué dans ce désastre par des «placements de titres» impliquant une filiale de la société Eurofin et «ayant donné lieu à 1,2 milliard d’euros de pertes dans les comptes» de ce qui fut la plus grande banque du pays.

Ces interpellations publiques visant le rôle de ces deux entités suisses dans la débâcle d’un empire familial surendetté ont été amplifiées, lundi, par un article du Wall Street Journal focalisé sur Eurofin. Selon le quotidien, cette société lausannoise d’une centaine d’employés était chargée de «structurer» – en clair d’agglomérer et d’emballer – les emprunts des entités les plus en difficulté du conglomérat dans des «produits» destinés au «grand public».

Des allégations disparates qui, réunies, semblent dessiner une boucle de financement occulte montée par Espirito Santo afin de se maintenir à flot. Une image que balaient les responsables d’Eurofin. «Le groupe ni aucune de ses filiales n’a eu pour fonction de structurer des dettes du groupe Espirito Santo ou du groupe Banco Espirito Santo», répondent ces derniers. Non, ils ne sont pas des empaqueteurs de dettes aux ordres du patriarche du groupe, Ricardo Espirito Santo Salgado, qui a évité la case prison en versant 3 millions d’euros de caution fin juillet. Quid de la principale filiale Eurofin Services, qui occupe les deux tiers de sa centaine d’employés? Elle fournit «des services fiduciaires et de planification patrimoniale à une clientèle privée internationale», élude un porte-parole de la société lausannoise.

Surtout, Eurofin proclame depuis le début de la semaine son «indépendance» par communiqué de presse. Non, la société lausannoise ne fait pas partie du conglomérat, elle appartient à ses trois dirigeants. Et si le nom Espirito Santo n’apparaît pas une fois sur ses multiples sites internet c’est parce que le groupe n’est qu’un client. Et «qu’en général nous ne mentionnons pas le nom de nos clients». Un client pas tout à fait comme les autres, pourtant. Car, lorsqu’il fonde Eurofin en 1999, son patron actuel a passé dix ans au sein du groupe Espirito Santo à Lausanne. Et lorsqu’il souhaite développer son affaire en 2004, le groupe Espirito Santo répond présent, y détenant une part minoritaire durant cinq ans. En 2011 c’est Gestar, société fiduciaire «historiquement rattachée à Banque Privée Espirito Santo», qui est rachetée à une «personne physique».

De son côté, la banque de Pully insiste elle aussi sur l’absence de liens juridique avec ce «fournisseur de services financiers» que représente Eurofin. Employant 130 collaborateurs il y a quelques mois encore, cette Banque Privée Espirito Santo est en cours de liquidation. Le transfert de la plus grande partie des comptes de sa clientèle vers un autre établissement lémanique – la Compagnie Bancaire Helvétique, ex-SCS Alliance – est en cours.

La banque lausannoise admet cependant qu’elle a bien été «dépositaire» et «conseillère» d’un fonds de placement «mis en place avec le concours d’Eurofin» en 2007 et immatriculé aux îles Caïmans sous le nom ExS Fund (SPC) Ltd. «Les investissements de ce fonds ont été choisis sur la base des recommandations de la banque», rétorque Eurofin, lorsque lui est rappelée l’existence de ce fonds dont elle reste gestionnaire. Les 60 millions de francs dont est chargé ce véhicule sont en effet déposés «majoritairement mais pas exclusivement» dans des emprunts à courte échéance contractés par «des entités du groupe Espirito Santo telles Rioforte, Espirito Santo Financial Luxembourg, Espirito Santo International», relate de son côté la banque. Croulant sous les dettes, cette dernière société de portage luxembourgeoise – via laquelle la famille Espirito Santo contrôle le conglomérat – a été acculée au dépôt de bilan il y a quinze jours. Elle est en outre accusée d’avoir manipulé ses comptes, qui se sont avérés avoir été validés par un ex-administrateur d’Eurofin. «Son unique fonction: assister aux réunions trimestrielles du conseil», réplique Eurofin.

Hormis ce fonds ExS – qui représente «une part très limitée, environ 1%» des actifs confiés par ses clients – la banque suisse répète n’avoir «pas eu recours à d’autres fonds qui auraient structuré de la dette du groupe». Non qu’elle s’en défende. «Beaucoup de clients ouvraient un compte afin d’investir conjointement avec la famille Espirito Santo dans les sociétés du groupe», explique un responsable. Des placements qui se faisaient souvent par tranches importantes; le recours au fonds ExS permettant des mises plus petites dans des titres de dette de la galaxie Espirito Santo. «De telles souscriptions [dans les dettes du groupe] se sont faites de tout temps», poursuit ce dirigeant. Qui souligne avec force – tout comme Eurofin – qu’elle n’a jamais conçu ou placé de produits destinés au grand public.

Reste une question, centrale. Pourquoi, dans ce cas, l’enquête des autorités portugaises associe-t-elle l’entité Eurofin Securities au 1,2 milliard de «pertes sur titres» plombant la banque portugaise qu’elles ont renflouée? Les équipes de la société lausannoise ne peuvent y répondre. Et répètent qu’elles ne «structurent pas les dettes» du groupe Espirito Santo. En clair, elles n’agglomèrent pas ses emprunts obligataires, activité nécessitant un art financier consommé. En revanche, Eurofin «structure des véhicules d’investissement sur la base des mandats de notre clientèle institutionnelle». Des véhicules dont au moins un, ExS, s’avère lardé de dettes de l’empire Espirito Santo. Différence sémantique subtile. Mais cruciale en termes de responsabilité. Eurofin s’empresse d’ajouter que, une fois ses véhicules établis, elle «n’a aucune maîtrise sur le processus de placement de ces produits». Cette société dirigée par deux diplômés de l’Ecole hôtelière de Lausanne estime donc n’avoir pas à se poser de questions sur la façon dont un client comme Espirito Santo utilise ses «véhicules» immatriculés aux Caïmans.

«Eurofin n’a pas eu pour fonction de structurer des dettes du groupe Espirito Santo ou de Banco Espirito Santo»

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