faillite bancaire

Eurofin collaborera aux enquêtes sur le naufrage d’Espirito Santo

Des documents internes obtenus par le «Wall Street Journal» attisent de nouveau les soupçons. A Lausanne, la firme nie «catégoriquement» le moindre rôle de pompe à finance pour le groupe portugais. Elle dément avoir «joué un rôle important pour soutenir [ses] finances», ni d’avoir eu comme «mission principale de servir Espirito Santo»

Eurofin collaborera aux enquêtes sur le naufrage d’Espirito Santo

Banqueroute Des documents internes obtenus par le «Wall Street Journal» attisent tousles soupçons

A Lausanne, la firme nie le moindre rôle de pompe à finance pour le groupe portugais

Une bourrasque, les fenêtres de la petite salle de réunion claquent. Avis de gros temps sur le Léman, qui s’offre en cinémascope. Les traits tirés, Alexandre Cadosch garde le regard fixé sur trois articles du Wall Street Journal – «plein d’erreurs», souffle-t-il – présentant depuis mardi sa société lausannoise comme la pompe à finance occulte d’Espirito Santo. «Notre analyse interne se poursuit, nous n’avons pas encore de conclusions à communiquer», se contente pourtant de répéter ce dernier depuis une semaine. Non, les enquêteurs de la banque centrale du Portugal n’ont pas pris contact avec lui. Oui, «nous sommes prêts à répondre à leurs questions», poursuit celui qui a déjà été forcé de licencier vingt personnes en raison de la déroute du conglomérat portugais. Il répète. La banque portugaise a bien été une cliente. Mais il nie «catégoriquement» avoir «contribué à empaqueter des montants importants de dettes des différentes entités d’Espirito Santo, par la suite revendus aux clients de la banque du groupe», comme l’écrit le quotidien américain.

Ce dernier appuie ses soupçons sur une série de pièces solides: des mémos, courriels ou listings de transactions ayant fuité de chez Eurofin. Il cite, par exemple, un courriel indiquant, fin 2010, que Eurofin «gérait 1,4 milliard de francs pour les différentes entités» du groupe portugais. La semaine dernière, Le Temps révélait l’existence d’un premier fonds de placement conçu par Eurofin et utilisé par la banque lausannoise d’Espirito Santo pour permettre à ses clients fortunés de souscrire aux emprunts du groupe, des prêts souvent irrécouvrables aujourd’hui. Le Wall Street Journal révèle l’existence de nouvelles structures – dont Eurofin était le «conseiller en investissement» – ayant souscrit, par dizaines de millions d’euros, aux emprunts du «bras financier interne de Banco Espirito Santo» entre 2009 et 2011. Enregistré aux îles Vierges britanniques, l’un d’entre eux, Zyrcan, avait ainsi été le seul souscripteur d’un emprunt de 1,8 milliard d’euros en 2009. Des titres revendus au double ou triple de ce qui avait été versé pour les obtenir et destinés aux clients de la banque portugaise, révèlent d’autres documents obtenus par le journal.

Interrogé, Eurofin ne peut répondre point par point à ces allégations. «Nous n’avons jamais ni placé, ni distribué de titres de dette des sociétés du groupe auprès de clients», martèle pourtant son fondateur. «En juin dernier, des banques d’affaires organisaient une levée de fonds de 1 milliard d’euros auprès du public pour la banque Espirito Santo, leur reproche-t-on aujourd’hui leur rôle?» s’insurge Alexandre Cadosch. La question reste donc entière: si ce n’est pas Eurofin, quelle société a rempaqueté en masse les emprunts d’Espirito Santo?

La Banque du Portugal s’intéresse à un autre rôle joué par la firme suisse – celui de courtier. Et se focalise sur «l’émission et le rachat de leurs propres obligations par Banco Espirito et le groupe Espirito Santo impliquant Eurofin Securities». Des opérations qui auraient causé des «pertes sur titres» de 1,3 milliard d’euros. Selon nos informations, Eurofin Securities – petite division créée en 2011 et comptant cinq spécialistes – avait bien un contrat d’intermédiation avec la banque portugaise. «Intermédiation oui, mais cette entité n’a jamais assuré le placement d’emprunts de la banque ou du groupe», rétorque Alexandre Cadosch.

Le 4 août, au lendemain du sauvetage de Banco Espirito Santo, le Diário de Noticías offrait un début d’explication à ces étranges pertes découvertes fin juillet. Certains des responsables de la banque à Lisbonne se seraient engagés – au mépris des procédures internes – à ­garantir 800 millions d’euros d’emprunts pour les placer auprès de la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélien. Une promesse de reprise devenue intenable. Et qui expliquerait la présence d’une provision de 800 millions dans les comptes de la banque en déroute.

Si ce n’est pas Eurofin, quelle société a empaqueté en masse les empruntsd’Espirito Santo?

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