Énergie

L’Europe se mobilise pour parer à toute crise gazière avec la Russie cet hiver

Bruxelles organise des «stress tests» après la brève fermeture du robinet par Moscou jeudi. L’Agence internationale de l’énergie a montré la fragilité des sources alternatives

L’Europe se mobilise pour parer à toute crise gazière avec la Russie cet hiver

Energie Bruxelles organise des «stress tests» après la brève fermeture du robinet par Moscou, jeudi

L’Agence internationale de l’énergie a montré la fragilité des sources de gaz alternatives

L’Union européenne (UE) ne veut pas dramatiser le ralentissement du flux du gaz russe survenu les 10 et 11 septembre en Pologne, Hongrie, Slovaquie et Roumanie. Surtout à l’approche de l’hiver. Pourtant, Gazprom a bien réduit l’approvisionnement de 25%. «La situation est retournée à la normale lundi matin», assure un diplomate bruxellois. Intervenu au lendemain du renforcement des sanctions économiques à l’encontre de Moscou, ce tour de vis sonne comme un avertissement. Durant deux jours, Varsovie n’a pas été en mesure de reporter une partie de ses importations vers l’Ukraine, Gazprom ne fournissant plus ce pays depuis juin.

La menace d’une crise énergétique liée au conflit ukrainien devait faire l’objet d’une rencontre ministérielle samedi prochain. Elle a été reportée, à la demande de la partie russe. Officiellement, l’Union européenne ne fait aucun lien entre le retour à la normale du débit gazier ce week-end et sa décision, vendredi, de renvoyer d’une année la mise en œuvre d’un accord de libre-échange avec Kiev, dont la ratification était prévue hier. Selon le diplomate interrogé, ce renvoi est lié à des questions techniques – pour éviter que les produits ukrainiens ne soient privés d’accès au marché russe. Et non pas au gaz.

Et si Bruxelles ne veut pas voir, dans ce ralentissement, une mesure de rétorsion russe, l’Union veut pourtant accélérer le «stress test» de la mobilisation des stocks gaziers et des alternatives d’approvisionnement des pays membres. Attendu le mois prochain, ce rapport doit envisager le cas où Moscou déciderait de ne plus livrer.

Le précédent le plus concret reste celui de janvier 2009. Les tensions récurrentes entre Kiev et Moscou conduisent soudain à une fermeture des tuyaux, deux semaines durant. En cette période de chauffage maximal, 5 milliards de mètres cubes manquent à l’appel, soit environ le dixième des 522 milliards brûlés cette année-là par le continent européen. La crise affecte en premier lieu les pays de l’Est, totalement dépendant des tubes les reliant à la Sibérie. Le reste du continent parvient à compenser les deux tiers, en puisant dans les réserves italiennes, allemandes et autrichiennes. Dressé fin juin par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ce bilan de la dernière crise gazière se focalise cependant sur le verrou ukrainien. Or, de nouveaux tuyaux n’ont eu de cesse de contourner ce pays. Celui du Nordstream, qui passe au fond de la Baltique, dispose certes d’une capacité additionnelle de 2 milliards de mètres cubes par mois. Mais cela ne sera d’aucune utilité si c’est Moscou qui décide de tout couper.

L’Europe aura de la peine à tourner le regard vers d’autres fournisseurs. L’Algérie? «Les quantités arrivant par gazoducs ont chuté ces dernières années et, hormis le Transmed [qui passe par la Sicile], tous débouchent en Espagne, pays dont la connexion avec le reste de l’Europe est limitée», prévient le rapport de l’AIE. De son côté, une Libye sombrant dans le chaos – et avec laquelle l’Italie est en prise directe via un autre tuyau, le Green Stream – s’avère peu fiable. Situé à quinze jours de bateau, le gaz liquéfié du Moyen-Orient peut certes être détourné. Mais il faut y mettre le prix, l’Asie étant prête à le payer deux fois plus cher, rappelle le Medium-Term Gas Market Report de l’agence basée à Paris.

Reste les fournisseurs lointains. Comme l’Iran. Problème, les exportations de la République islamique, qui passent par la Turquie, «sont amoindries en hiver par les besoins de sa propre population», prévient la «voix» des pays industrialisés sur la scène énergétique. Quant à l’Azerbaïdjan, l’AIE estime que Bakou peut ouvrir les vannes de 0,2 milliard de mètres cubes supplémentaires chaque mois. Ce qui ne satisferait même pas les besoins d’un pays comme la Suisse.

Quid des alliés bataves ou nordiques? «Potentiellement, la Norvège pourrait fournir de 0,5 à 1 milliard de mètres cubes additionnels par mois», admet le rapport de l’AIE. Les Pays-Bas, eux, ne pourront venir à la rescousse: leur gouvernement a décidé en janvier de plafonner le pompage du champ de Groningue, le principal du pays. Ceci afin de limiter les affaissements de terrain.

«Les Pays-Bas, qui ont plafonné le pompage à Groningue en janvier, ne pourront venir à la rescousse»

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