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Une start-up zurichoise ouvre le marché de la radio numérique aux chaînes locales

La société Digris a reçu de la Confédération le droit de diffuser des radios locales. Cette entreprise vise la création de bouquets digitaux au niveau national, avec une solution plus économique que celle utilisée par les radios privées et le service public

Une start-up zurichoise libère la radio numérique

Stations La société Digris SA a reçule droit de diffuser des radios locales numériques dans toute la Suisse

Un nouveau marché s’ouvre pourles petites chaînes

C’est une start-up zurichoise qui est en train d’ouvrir un nouveau marché en Suisse. Celui du Digital Audio Broadcasting. Le DAB? C’est ce système qui vous permet d’écouter la radio avec une qualité numérique, sans grésillement et avec une parfaite stabilité. Ce qui n’est pas toujours le cas de la radio FM. Comme pour la radio analogique (la FM), le signal DAB passe par les ondes. Il permet aussi de véhiculer des images et du texte.

Aujourd’hui, les radios FM privées qui veulent couvrir de larges portions du territoire avec cette qualité numérique passent par de grands opérateurs. Le premier est Romandie Médias SA, qui a lancé en avril 2014 la première couverture privée en DAB en Suisse romande avec 14 programmes radio. Cette structure a été créée par des radios privées, la SSR et Swisscom Broadcast SA. En Suisse alémanique, l’équivalent de cette entité est Swiss Media Cast, société fondée en 2009, qui diffuse des dizaines de radios en DAB. Arrive enfin le système en propre de la SSR, qui diffuse toutes les chaînes publiques en DAB dans toute la Suisse.

C’est là qu’arrive Digris SA, petite société anonyme lancée en 2007 par le Zurichois Thomas Gilgen, lequel a démarré son affaire avec une mise initiale de 300 000 francs de capital. En 2013, Digris a reçu de l’Office fédéral de la communication (Ofcom) l’autorisation de créer en Suisse des bouquets numériques par les ondes. Et cela suivant un système plus léger techniquement et plus économique que celui proposé par les trois grands acteurs privés et public cités plus haut. La Suisse romande a ainsi accueilli en juin passé 14 nouvelles stations locales émettant en numérique via les ondes. C’est le cas de Radio Cité (déjà présente sur la FM depuis 30 ans), de Maxxima (radio électro, jusqu’alors uniquement disponible en ligne), ou encore de Fréquence Banane, chaîne associative valdo-genevoise. Digris, qui annonce pour cette année un chiffre d’affaires de 220 000 francs, vise pour 2015 l’ouverture d’îlots à Aarau, Lugano, Sion et Berne.

Quelle a été la botte secrète de Digris pour convaincre l’Ofcom? L’homme a su s’entourer de spécialistes, amateurs de logiciels et de radios libres. A commencer par Mathias Coinchon, un ingénieur, formé à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (où il a participé au lancement de Fréquence Banane). Réunis dans une association nommée www.opendigitalradio.org, Mathias Coinchon et ses acolytes ont repris et adopté un logiciel développé en accès libre au Canada par le Communication Research Center.

«Ce système tient dans un PC portable, explique-t-il. Plus besoin de centres de diffusion, d’encodeurs, de grandes antennes, de toute cette infrastructure très lourde utilisée par les grands acteurs de la radio FM. Les signaux des radios sont envoyés vers un PC et tout le bouquet numérique est diffusé sur les ondes via un émetteur de faible puissance. Le tout sur une seule et même fréquence.» Comment? Le DAB est un format compressé: grâce à la finesse du digital, il s’avère possible d’«empiler» les chaînes, alors que les stations FM nécessitent de grands espaces entre les fréquences. C’est ce système que les membres de www.opendigitalradio.org ont présenté à Thomas Gilgen, qui milite lui aussi dans une association pour la diffusion libre du DAB.

«En 2011, raconte l’ingénieur genevois, je suis allé à Zurich, pour lui faire une démonstration. Nous avons diffusé des radios locales en DAB grâce à un simple PC portable. Thomas Gilgen en est presque tombé de sa chaise.» En 2012, la même présentation a été faite à l’Ofcom qui a été séduit par ce système. «Avec le DAB, nous avons plus de place sur les ondes, explique la porte-parole Deborah Murith. Nous passons d’un développement du DAB par grandes régions ou par zones linguistiques à une diffusion locale, avec un système qui est moins cher pour les petites stations. Raison pour laquelle le Conseil fédéral estime que l’avenir de la radio c’est le digital.» Et de préciser que «toutes les radios ayant une concession FM et qui diffusent du DAB ont l’obligation de continuer à émettre en analogique».

Membre de la radio alternative genevoise Fabrik, Adriano Pitteri se réjouit de cette nouvelle. D’abord, sa radio rejoint les airs sur ce canal de haute qualité qu’est le DAB, au même titre qu’Espace 2 ou Rouge FM, par exemple. Par ailleurs, le coût de la manœuvre pour cette petite station alternative est de seulement 10 000 francs annuels, contre des montants allant entre 100 000 et 200 000 francs pour les grandes radios privées qui diffusent du DAB. Pour Mathias Coinchon, cette avancée signe «la fin des territoires FM», allusion au fait que la radio analogique s’est développée en Suisse et en Europe selon un système de concessions et de zones de couverture, «chaque société devant disposer de son propre émetteur».

Virtuellement, le DAB ouvre sa porte à l’ensemble des radios. Le logiciel développé par ces aventuriers de la radio digitale libre, séduit d’ailleurs au-delà des frontières suisses. Mathias Coinchon cite un bouquet ouvert à Marseille, qui aurait été «attaqué par NRJ via le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le DAB venant briser un monopole».

Des îlots ont aussi fleuri à Copenhague et à Brighton. «Le British Forces Broadcasting Service nous a contactés pour en savoir plus; des gens voulaient même nous acheter notre système», rigole Mathias Coinchon, qui a décliné.

Digris vise un marché national avec des bouquets digitaux de 14 stations à Lugano, Sion, Berne, Aarau, etc.

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