Banques

Les conditions-cadres de la place financière genevoise se sont détériorées

Genève garde son attrait pour les ressortissants du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est, mais ceux d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord s’en détournent

Les conditions-cadres de la place financière se sont détériorées, a averti mardi Nicolas Pictet, président de la Fondation Genève Place Financière. Genève perd des places en lien avec une réglementation et une action gouvernementales peu positives pour la finance, a-t-il affirmé.

Genève tombe à la 13e place du classement des centres financiers, réalisé par Z/Yen Group, et perd ainsi quatre rangs. «Ce résultat décevant est clairement le résultat d’une perte de compétitivité due à une réglementation de plus en plus lourde et à un accès au marché problématique», a déclaré Nicolas Pictet.

«La stabilité et la prévisibilité sont très importantes pour une place financière, les incertitudes sont mal venues», a souligné le président de Genève Place Financière.

Selon l’enquête conjoncturelle annuelle publiée par la Fondation, les indicateurs sont globalement à la baisse. Une majorité d’établissements de plus de 200 employés prévoient une évolution négative des apports de fonds.

Genève garde son attrait pour les ressortissants du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est, mais ceux d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord s’en détournent. «Nous nous devons de réagir, car d’autres convoitent notre place», a relevé Nicolas Pictet.

Emplois en légère hausse

Les banquiers genevois font dans l’ensemble preuve de prudence. Selon le directeur de Genève Place Financière Edouard Cuendet, entre fin 2013 et juin dernier, le nombre d’emplois a augmenté de 300 personnes, soit au total 19 415 employés de 121 banques dans le canton.

Cette légère hausse des effectifs est l’effet direct de la vague réglementaire, a-t-il nuancé. Elle reflète plutôt une hausse des coûts que des revenus.

«Les banques suisses créent beaucoup plus d’emplois à l’étranger qu’en Suisse, c’est préoccupant», a commenté Nicolas Pictet. La clientèle européenne ouvre des comptes dans les succursales des banques suisses dans l’Union européenne plutôt qu’en Suisse, a-t-il indiqué.

Banque chinoise

Depuis 2012, 18 entités financières ont disparu à Genève, à la suite d’une fusion ou d’une cessation d’activité. Trois banques se sont par contre implantées dans le canton: la plus grande banque d’investissement brésilienne, BTG Pactual, qui possède une filiale à Genève depuis août 2013, la banque du Léman, ce printemps, et la société de courtage en ligne IG Bank il y a dix jours.

Une délégation du Conseil d’Etat genevois vient en outre de rentrer de Chine où elle a pesé de tout son poids pour attirer à Genève une banque chinoise. «La Suisse a un énorme atout avec l’accord de libre-échange conclu avec la Chine. Elle doit utiliser ce créneau», a noté Edouard Cuendet.

La finance contribue à hauteur de 17% du produit intérieur brut (PIB) du canton. Avec les gestionnaires indépendants, les intermédiaires financiers, les assurances, fiduciaires, études d’avocats, la branche emploie au total 37 391 personnes dans 6675 entreprises.

Tendance à la baisse

Les apports de fonds dans les banques de la place ont été positifs au premier semestre de l’année. La hausse des marchés boursiers en est la principale explication, alors que la masse sous gestion de la clientèle française, par exemple, a baissé en raison des pénalités prélevées par le fisc pour les clients qui se sont régularisés.

Edouard Cuendet a indiqué que la tendance était à la baisse: en 2013, la Suisse gérait 2300 milliards de dollars de fonds transnationaux dans la gestion de fortune privée, soit le 26% du total mondial (8900 milliards), contre 31% du total il y a dix ans (1800 milliards sur 5770 milliards). Les fonds placés à Hongkong et Singapour ont clairement pris l’ascenseur: leur part est passée de 7% à 16% du total en dix ans.

Dispositions inutiles

Interrogé sur les conséquences du programme américain de régularisation fiscale, Nicolas Pictet, laconique, a affirmé que toute incertitude était «malvenue» et que les banques souhaitaient «un dénouement rapide».

Le président de Genève Place Financière a fustigé le «Swiss finish» qui pénalise la compétitivité de la Suisse, en critiquant des «dispositions inutiles» des projets de loi sur les services financiers et sur les établissements financiers. Il a aussi souligné l’importance des prochaines décisions en matière de fiscalité.

A noter que Zurich n’est pas épargné par ce climat d’incertitude. La ville de la Limmat perd deux rangs, à la 7e place, selon le classement de Z/Yen. New York, Londres, Hongkong, Singapour, San Francisco et Tokyo occupent les six premières places.

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