Commerce

La nouvelle crise du coton ravive les tensions à l’OMC

Les prix de la fibre blanche ont chuté à des niveaux inédits depuis 2009. Le phénomène ranime le débat de certaines pratiques jugées illégales. Plusieurs Etats membres, qui veulent en avoir le cœur net, exigent des compléments d’information de leurs partenaires

La nouvelle crise du coton ravive les tensions à l’OMC

Commerce La chute inédite des prix depuis 2009 ranime le débat des pratiques illégales

Certains membres de l’Organi­sation mondiale du commerce (OMC) veulent en avoir le cœur net. Depuis vendredi, ils exigent que toute la lumière sur les politiques commerciales suspectées de faire baisser les prix du coton soit faite.

«Nos informations sur les pratiques en vigueur sont incomplètes et datent de plusieurs années. Nous voulons plus de détails quant à leurs effets sur les échanges», résume un groupe de pays africains, inquiets de la rentabilité de cette industrie qui fait vivre plus de 15 millions de personnes sur leur continent, et représente, selon les pays, plus de la moitié des exportations.

Si l’appel a été lancé maintenant, c’est en raison de l’élan offert par la récente sortie de crise historique de l’institution basée à Genève. Mais aussi, et plus directement, à cause des cours du coton ayant atteint la semaine dernière des planchers jamais vus depuis 2009 (–30% en un an à la bourse de New York).

Cette dégringolade des prix répond à l’annonce récente de la Chine – le plus gros consommateur au monde – d’émettre de nouveaux quotas d’importation en 2015. En octobre déjà, les achats chinois de coton – en baisse pour la 4e année consécutive – ont chuté de 42% sur un an.

«Pékin vise pour l’heure le seuil légal de 894 000 tonnes fixé par l’OMC», soulignent des experts interrogés par Les Echos. Avec pour objectif d’encourager les consommateurs chinois à puiser dans les stocks nationaux. A savoir, 58% des réserves mondiales qui s’annoncent par ailleurs en forte hausse à cause d’une récolte abondante attendue aux Etats-Unis et en Inde.

«L’offre de coton disponible sur le marché est à présent si importante que l’été prochain, il y aurait assez de fibre pour confectionner 13 t-shirts ou quatre jeans à chaque habitant de la planète», résume une source interne à l’OMC.

Un différend historique

New Delhi et Washington sont les deux plus gros exportateurs de coton au monde. Mais l’Inde est en passe de ravir la place de plus important producteur à la Chine (6,5 millions de tonnes) l’an prochain, avec 6,7 millions de tonnes, contre 3,6 millions pour les Etats-Unis.

La question du coton à l’OMC ne date pas d’hier. Aux origines du débat: les subventions américaines et européennes pratiquées depuis des décennies. Le Brésil, qui s’est toujours estimé lésé, a plusieurs fois déposé plainte devant l’OMC. Tout comme les petits producteurs du Burkina Faso, le Mali, le Tchad et le Bénin, baptisés «The Cotton-4», revendiquant une compensation financière de 250 millions de dollars sur quatre ans.

Il y a pourtant deux mois, le différend vieux de dix ans entre les Etats-Unis et le Brésil s’est soldé par un accord, évitant à Washington des sanctions, mais assorti d’une aide financière de 300 millions de dollars pour développer le secteur du coton au Brésil et en Afrique. Ce dénouement s’inscrit dans le cadre d’une légère «percée» sur ce dossier – une décision toutefois qualifiée de principe par de nombreux observateurs – en décembre 2013 à Bali.

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