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Les skieurs russes boudent les stations alpines

La France, deuxième destination pour cette clientèle, et la Suisse devraient subir une baisse de fréquentation de 10%. La chute du rouble est la première explication avancée

Les skieurs russes boudent les stations alpines

Tourisme La France, deuxième destination pour cette clientèle, et la Suisse devraient subir une baisse de fréquentation de 10%

La chute du rouble est la première explication avancée

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine pourrait avoir des conséquences sur l’économie de la montagne en France. La dégringolade du rouble due aux sanctions adoptées par l’Union européenne et les Etats-Unis en réaction au soutien de Moscou aux séparatistes ukrainiens avait déjà entraîné cet été une chute de 30% du tourisme russe vers l’Europe (–20% sur la Côte d’Azur).

France Montagnes, organisme qui assure la promotion des stations françaises à l’étranger, estime que les pistes alpines pourraient subir cet hiver une baisse de fréquentation de 10%. La France est, après l’Autriche et devant l’Italie, la seconde destination pour la clientèle russe en matière de sports d’hiver. «Le chiffre était en hausse constante depuis cinq années dans nos Alpes, 76 000 en 2012-2013, 90 000 la saison passée», indique Michaël Bayard, en charge du marché russe à France Montagnes. Mais une tournée de ce même organisme effectuée en octobre à Moscou, Saint-Pétersbourg et Kiev a quelque peu refroidi la délégation. «Ce n’est bien sûr pas un effondrement mais ce sera un recul», observe Michaël Bayard.

Plus que les relations pour le moins tendues entre les deux pays, c’est le contexte économique russe qui explique, selon France Montagnes, le désistement de certains amateurs de neige. «Ils renoncent à venir à cause de la dévaluation du rouble, du taux de change extrêmement défavorable et de la mise en faillite de beaucoup de tour-opérateurs», soutient Michaël Bayard. Le président russe Vladimir Poutine a par ailleurs invité ses compatriotes à privilégier le tourisme local.

La station olympique de Sotchi connaît une deuxième vie et affiche complet. Adeline Roux, la directrice du tourisme à Courchevel, station savoyarde aux deux palaces et dix-huit hôtels 5 étoiles, confirme que la clientèle habituelle russe, proche du pouvoir, «semble avoir obéi aux ordres venus d’en haut».

Nicolas Délétroz, chef de projet à l’Observatoire valaisan du tourisme, évalue lui aussi à 10% la baisse de fréquentation russe en Suisse. Ce que confirme dans la foulée David Kestens, de l’office de tourisme de Loèche-les-Bains: «C’est le constat actuel, nous nous attendions même à pire. Les séjours sont plus brefs et se finalisent en direct, sans passage par les voyagistes.»

L’observatoire a déjà noté que les nuitées hôtelières russes avaient accusé une diminution de 2,5% entre mai et septembre 2014. Recul néanmoins à relativiser puisqu’il est moins important que celui de l’Oberland bernois (–20,18%) et des Grisons (–13,80%). Global Blue, société genevoise spécialisée dans les services de détaxe, affirme de son côté que les Russes ont dépensé 11% de moins au cours des neuf premiers mois de l’année (LT du 08.11.2014).

Le Valais est la région alpine suisse comptabilisant le plus de nuitées russes (76 000 hébergements en 2013, selon l’Office fédéral de la statistique). Cependant seules Saint-Moritz et Zermatt se classent en Europe parmi les vingt stations les plus fréquentées par les Russes, classement dominé par Mayrhofen et Solden en Autriche. Loèche-les-Bains se hisse tout de même dans le top 50.

L’Observatoire valaisan du tourisme souligne que la Russie est le dixième marché le plus important pour le Valais. Avec une croissance annuelle en moyenne de 5% depuis 2005, la Russie aurait pu peser 2% des nuitées en 2016, selon des estimations. C’était compter sans le conflit ukrainien, les sanctions européennes et la crise économique russe.

La Suisse pourrait néanmoins être moins touchée du fait de la catégorie de touristes russes, au fort pouvoir d’achat, qui se rendent dans les stations. Un indicateur relevé par ce même observatoire montre que ce sont les hôtels de 4 ou 5 étoiles qui sont privilégiés, choix haut de gamme plus marqué (74%) que chez les Japonais (60%) ou les Allemands (47%). La porte-parole de l’Union russe du secteur touristique évaluait mardi «entre 50 et 70% la chute des réservations pour des séjours à l’étranger pendant les Fêtes». Chiffres élevés que ne corroborent ni les Français ni les Suisses. «La classe moyenne russe émergente annule des séjours mais les touristes les plus aisés ne semblent pas avoir changé leur destination», avance Nicolas Délétroz.

Adeline Roux, de Courchevel, pense que les touristes ayant déjà réservé «n’ont pas intérêt à annuler leur séjour car ils ont déjà payé intégralement leurs vols et hébergement, en revanche ils consommeront différemment». La station savoyarde craint par contre que certains habitués, des oligarques essentiellement, n’obtiennent pas leur visa ou qu’ils soient mal reçus dans le contexte de conflit en Ukraine.

En 2007, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov avait été arrêté dans un palace de la station avec 25 autres personnes dans le cadre d’une enquête sur un réseau présumé de prostitution. Un non-lieu avait été prononcé mais le roi du nickel avait ensuite boudé les lieux, avant d’y revenir en 2010. Courchevel ne veut pas à nouveau froisser celui qui offre pour le Noël orthodoxe un feu d’artifice de trois quarts d’heure.

La station olympique russe de Sotchi connaît une deuxième vieet affiche complet

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