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Le Club Med passe en mains chinoises

Le conglomérat Fosun s’est engagé à débourser près d’un milliard d’euros pour tenter de redresser une marque en difficulté

Un Chinois s’empare du Club Med

Tourisme Près d’un milliard d’euros pour une marque en difficulté

La lutte pour la prise de contrôle du Club Méditerranée fut la plus longue de l’histoire boursière française. Elle aura duré environ vingt mois. Vendredi, l’homme d’affaires italien Andrea Bonomi a jeté l’éponge, laissant le champ libre au milliardaire chinois Guo Guangchang pour s’emparer de l’une des plus belles marques tricolores.

Coactionnaire principal du Club Med, soutenu notamment par son ex-PDG Serge Trigano et associé au fonds américain KKR, Andrea Bonomi n’a pas relevé la huitième et dernière offre de rachat amicale de son rival: 939 millions d’euros. Soit une surenchère de 45% par rapport à ce qui avait été mis sur la table en juin 2013. Agée de 47 ans, la 25e fortune de Chine (4,3 milliards de dollars), selon le dernier classement du magazine Forbes, avait initialement valorisé le Club Med à 500 millions d’euros.

Déraisonnable? Oui, selon plusieurs observateurs. Cela faisait quatre ans que Guo Guangchang, propriétaire du plus grand conglomérat privé de Chine continentale Fosun International, convoitait le Club Med. Adepte de la tactique de la surenchère a minima, baptisée «supplice asiatique», il ne s’attendait pas à autant de rebondissements pour cette première OPA ­ (offre publique d’achat) chinoise dans l’Hexagone. Mais même après avoir payé le prix fort, ce dont les actionnaires minoritaires – notamment des fonds spéculatifs – vont profiter, Guo Guangchang assure viser une rentabilité sur le très long terme.

Basé à Shanghai, son véhicule d’investissements est actif dans les secteurs de la santé, du voyage, des assurances et dans l’audiovisuel, que ce soit en Chine, en Europe ou aux Etats-Unis. Il est aussi depuis 2010 l’un des actionnaires majoritaires du Club Med.

La fin des racines populaires

Pour s’offrir le contrôle du spécialiste des villages de vacances – avec près de 40% des parts –, Fosun s’est associé à l’une des principales agences de voyages chinoises U-Tour, le fonds français Ardian (ex-Axa Private Equity, également actionnaire important du Club Med), sa filiale et compagnie d’assurances portugaise Fidelidade, l’industriel brésilien Nelson Tanure et son conglomérat Docas Investimentos, ainsi que la direction actuelle du groupe français.

Ses projets: redresser le Club Med en développant les plus importants marchés de croissance touristique au monde que sont la Chine et l’Amérique latine. Mais, contrairement aux ambitions d’Andrea Bonomi de réinventer complètement le concept du Club en maintenant des segments de produits plus populaires, Fosun entend poursuivre la stratégie de montée en gamme entamée – dans la douleur – il y a plus d’une décennie.

Maintien du label «France»

Ces dix dernières années, l’inventeur du concept de village vacances en 1950 a perdu l’équivalent de 200 000 clients. Son chiffre d’affaires est passé d’environ 1,459 milliard d’euros en 2012 à 1,408 milliard l’année suivante. Et en 2014, les ventes ont encore régressé de près de 2%, à 1,38 milliard. Quant au bénéfice net du groupe, il affichait une perte d’environ 10 millions d’euros l’exercice dernier, soit une chute annuelle de près de 15%.

Soutenu par Fosun, avec semble-t-il des assurances quant au maintien des centres de décision en France, le Club Med entend dorénavant inverser cette courbe. Pour ce faire, il a déjà investi plus d’un milliard d’euros (fermeture de villages, licenciements, rénovations, inaugurations de sites plus prometteurs, etc.). Objectif affiché: atteindre 75% de sa capacité hôtelière dans le haut de gamme d’ici à fin 2015.

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