L’invité

En France, la loi santé place le pays sur «la route de la servitude»

La perte de la liberté d’installation ne mettra pas fin aux déserts médicaux, la perte de la liberté de prescription mettra fin à l’adaptation des soins à chacun, la fermeture arbitraire d’établissements privés mettra fin à la liberté de choix. La véritable solution est la fin de la Sécu, la fin de l’Etat qui se mêle de tout

Les invités

En France, la loi santé place le pays sur «la route de la servitude»

En France, la loi santé dresse contre elle l’ensemble des médecins libéraux. Mais les patients ne comprennent pas qu’elle aura des conséquences graves pour eux. Tous s’arrêtent à «ce qu’on voit» et qui les intéresse: le tiers payant généralisé. Ils pensent que cela facilitera la vie de tous et l’accès aux soins des plus démunis.

Les Français ont intérêt à se pencher sur «ce qu’on ne voit pas». Les patients ont tout à perdre de la disparition de la médecine libérale. La perte de la liberté d’installation ne mettra pas fin aux déserts médicaux, la perte de la liberté de prescription mettra fin à l’adaptation des soins à chacun, la fermeture arbitraire d’établissements privés mettra fin à la liberté de choix, la création d’un système national des données médico-administratives pour avoir accès aux soins et à l’aide médico-sociale mettra fin au secret médical. Cette base de données permettra à l’Etat de contrôler l’intégralité de l’intimité des personnes. Le secret médical sera partagé avec l’ensemble des intervenants du système de soins, y compris le fonctionnaire de l’agence régionale de santé (ARS). Des laboratoires de recherche, bureaux d’études publics ou privés pourront accéder à ces données. Il leur suffira de demander l’autorisation à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

Tout le monde sait que l’accès aux soins ne se réduit pas à un aspect financier (déserts médicaux, files d’attente, etc.). Tout le monde sait que l’immense majorité des Français a accès aux soins sans avoir besoin du tiers payant. Tout le monde sait que ceux qui ont peu de moyens bénéficient déjà du tiers payant. Si l’Etat met en avant le tiers payant généralisé en faisant croire que c’est une mesure sociale qui a pour but de permettre l’accès aux soins pour tous, c’est qu’il a d’autres raisons. Le tiers payant généralisé lui est absolument indispensable pour verrouiller le système totalitaire qu’il construit patiemment depuis des dizaines d’années.

Comment et par qui les Français seront-ils soignés demain? Quand les patients «bénéficieront» du tiers payant, l’Etat contrôlera leurs médecins. Ceux-ci ne seront plus que des officiers de santé sans contrat, sans recours, sans choix. Les politiciens leur feront faire ce qu’ils veulent même au détriment de patients qui ne seront plus «les leurs», avec le lien personnel que cela implique. Chaque patient sera un cas et un numéro dans une base de données dans un système de soins inhumain et rationné.

Tout sera asservi au politique. C’est la touche finale, l’accomplissement de ce qui est implicitement contenu dans les ordonnances de 1945 qui ont étatisé le système de santé et signé l’arrêt de mort de la médecine libérale. La Sécu n’a pas solvabilisé la demande. Elle a brisé la médecine libérale, volé la vie des médecins, détruit la responsabilité individuelle.

Beaucoup de médecins se berçaient d’illusions sur leur liberté avec la négociation de la convention et la Sécu. Il est incohérent de réclamer la fin de l’étatisation de la santé et de demander de négocier avec la Sécu, qui n’est qu’un bras armé de l’Etat, moins voyant et moins brutal que l’action directe des ARS, mais tout aussi nocif. C’est bien par l’intermédiaire de la Sécu que depuis des dizaines d’années l’Etat étouffe lentement les libéraux. Cela fait des dizaines d’années que les médecins se plaignent et souffrent sous la Sécu.

On ne peut à la fois réclamer moins d’Etat, dénoncer et avoir peur de la privatisation de la Sécu, puis se réfugier encore dans les bras de l’Etat. Le privé n’a jamais porté tort aux médecins. Il est exclu depuis 60 ans du système de soins. Les mutuelles ne sont que du capitalisme d’Etat, ou de connivence, qui est au capitalisme ce que la démocratie populaire est à la démocratie.

La solution est politique parce que les politiciens ne savent rien faire d’autre que de confisquer la vie des gens. Ils prennent des décisions à leur place après avoir pris leur argent et réglementé leur quotidien.

La véritable solution est le retour au colloque singulier sans intervention d’un tiers, Etat ou autre. Cela ne peut se faire que par la fin du monopole, le libre choix et des liens contractuels entre les différents intervenants, chacun dans son rôle.

La véritable solution est de rendre aux gens la responsabilité de leur vie et les moyens de la conduire: intégralité des revenus, soit pour les salariés le salaire complet, impôt faible, sans niche et proportionnel, libre choix de la couverture maladie, filet de sécurité pour les plus démunis, libre choix de la prévoyance retraite, etc.

La véritable solution est la fin de la Sécu, la fin de l’Etat qui se mêle de tout.

Ce qui se joue aujourd’hui est une des dernières batailles pour que survive en France un peu de liberté. Liberté qui chaque jour est mise à mal par une multitude de réglementations nouvelles. Inexorablement, la France s’éloigne de l’Etat de droit pour aller vers l’Etat totalitaire.

* Auteur de «Sécu: comment faire mieux», Editions Tatamis

Inexorablement, la France s’éloigne de l’Etat de droit pour aller vers l’Etat totalitaire

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