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La BNS crée un vent de panique

La suppression du cours plancher est justifiée par les divergences entre les politiques monétaires, selon Thomas Jordan.Les taux seront encore plus négatifs pour dissuader la spéculation. Les marchés plongent. Le franc a continué de s’apprécier durant la nuit

La BNS crée un vent de panique

Monnaies La suppression du cours plancher est justifiée par les divergences entre les politiques monétaires, explique l’institut

Les taux seront encore plus négatifs pour dissuaderla spéculation

Entreprises et marchés craignent une récession

«La marge de manœuvre.» L’expression a été répétée à peu près à dix reprises au cours de la conférence de presse de la BNS, jeudi à Zurich. Après trois années avec un cours plancher à 1,20 franc, c’est-à-dire un régime monétaire qui l’obligeait à calquer sa politique sur celle de la Banque centrale européenne (BCE), la Banque nationale accroît sa liberté de décision.

«Le cours plancher n’est pas durable. Et dès que nous en avons été convaincus, nous avons décidé de le supprimer», a expliqué Thomas Jordan, président de la direction. Trois jours après que Jean-Pierre Danthine, son numéro deux, a affirmé à la RTS être toujours prêt à défendre le taux plancher, qui doit rester le «pilier de la politique monétaire».

C’est la fin d’un double objectif, de stabilité des prix et du cours de change. Dorénavant, le mandat central, c’est «la stabilité des prix à moyen terme en tenant compte de l’évolution conjoncturelle», selon Thomas Jordan. Et l’objectif de change? La BNS se contentera de «prendre en compte la situation des changes».

Jeudi, avec une lourde chute de l’euro et du dollar ainsi qu’une panique boursière, la surprise des marchés a été totale. «Une telle décision doit prendre les marchés par surprise», a fait valoir la BNS. «La décision n’est pas prise sous la pression des marchés financiers.» L’abandon du taux plancher «n’est pas précipité. Nous étions simplement convaincus que le taux plancher n’était pas durable».

La BNS se place dans la position d’une banque centrale qui tient à rester maître de ses faits et gestes. Elle prend en considération les pressions sur l’euro, mais ne veut pas davantage ignorer la forte hausse du dollar.

La décision d’abandonner le cours plancher a été prise parce que «les disparités entre les politiques menées dans les principales zones monétaires ont fortement augmenté ces derniers temps et pourraient encore s’accentuer», selon un communiqué. D’un côté, la banque centrale américaine resserre les cordons du crédit pour répondre à la vigueur de son économie. De l’autre, la BCE promet une politique encore plus accommodante à travers des achats massifs de titres (QE). Tout cela, tandis que les prochaines élections en Grèce pourraient amener au pouvoir un parti de gauche qui refuse l’austérité promise par Bruxelles et ainsi provoquer de nouvelles turbulences sur la monnaie européenne.

La BNS a accompagné sa décision d’une mesure visant à rendre le franc moins attrayant aux yeux des grands investisseurs. Elle a en effet rendu les taux sur les comptes de virement encore plus négatifs (–0,75%) et réduit à nouveau le taux Libor (–1,25% et –0,25). Après l’abandon du taux plancher, l’établissement de taux négatifs est le seul instrument apte à limiter la liberté des échanges sur le franc suisse. Les taux négatifs ne devraient pas se répercuter sur les petits épargnants, parce que «les banques ont besoin d’offrir des conditions attrayantes sur les dépôts des clients», promet Thomas Jordan. Il déconseille d’ailleurs aux petits épargnants de thésauriser et de garder des billets chez soi.

L’envol du franc sur les marchés financiers devrait sensiblement pénaliser l’économie. Nick Hayek a parlé de «tsunami». La BNS minimise les craintes liées à la conjoncture et au marché de l’emploi. «Le marché des changes a été surpris, si bien que la réaction a été excessive. Mais le cours actuel ne sera pas le cours valable pour le reste de 2015.» Les entreprises pourront-elles tenir le choc? Depuis l’établissement du cours plancher en 2011, «l’économie a pu profiter de cette phase pour s’adapter à la nouvelle situation», estime la BNS.

Les comptes de la BNS souffriront des pertes comptables sur ses avoirs en devises, explique la banque. Mais le gain de marge de manœuvre lui importe bien davantage.

Le mandat central, c’est la stabilité des prix à moyen termeen tenant comptede la conjoncture

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