Fin du taux plancher

Réactions:«Un tsunami pour l’industrie suisse»

Les réactions de l’industrie suisse commencent à tomber, quelques heures après l’annonce par la BNS de l’abandon du taux plancher. UBS estime que les exportateurs vont perdre 5 milliards de francs

Vives critiques du PS et du PDC

C’est la surprise mais aussi l’inquiétude pour les emplois dans l’industrie d’exportation qui dominaient jeudi matin chez les responsables politiques à l’annonce de la suppression du cours plancher pour le franc suisse. Car, comme le résumait le président du PS, Christian Levrat, «aucune des raisons avancées par la BNS pour justifier sa décision ne convainc », puisque les motifs qui avaient amené à établir un cours plancher en 2011 n’ont guère changé, selon les politiques. «Il y a deux poisons pour notre économie, un cours trop fort et des fluctuations perpétuelles», craignait pour sa part Christophe Darbellay, président du PDC. Pour Christian Levrat comme pour Christophe Darbellay si le cours du franc devait se stabiliser ces prochains jours autour de la parité avec l’euro, alors il y aurait de gros soucis à se faire pour l’industrie d’exportation. Mais aussi pour le tourisme, ajoute le président du PDC, car cela viendrait s’ajouter à la crise du rouble qui a privé l’hôtellerie suisse de ses clients russes et à un mauvais enneigement en début d’été. « Il faudra voir quelles explications la BNS fournira, mais si elle avait cédé devant les spéculateurs, alors ce serait inacceptable », estime Christian Levrat qui estime que « faute d’autres explications, la décision de la BNS est une erreur politique ».

Nick Hayek furieux

«Les mots me manquent», réagit Nick Hayek, lorsqu’on lui demande de réagir à la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abandonner le taux plancher, ce jeudi matin.

Néanmoins, le patron de Swatch Group trouve le moyen d’ironiser: «Jordan n’est pas seulement le nom du président de la BNS, mais aussi celui du fleuve Jourdain, en allemand Jordan. Et ce que la BNS provoque là, c’est un tsunami. Aussi bien pour l’industrie d’exportation que pour le tourisme, mais également pour l’ensemble de la Suisse», écrit-il au Temps.

L’USS craint pour l’emploi

L’Union Syndicale suisse (USS), de son côté, craint pour les emplois et les salaires de l’industrie d’exportation. Une industrie «qui souffre aujourd’hui déjà, de la surévaluation du franc, et qui verra ses charges s’accentuer».

Avec le plancher de 1,20 franc pour 1 euro, les exportateurs avaient au moins l’assurance que la monnaie helvétique n’allait pas s’apprécier davantage, et ainsi réduire encore leur compétitivité dans la zone euro. Ils viennent des perdre cette garantie.

«Même avec un cours de 1,20 franc pour 1 euro, notre monnaie était toujours nettement surévaluée, écrit l’USS dans un communiqué. La suppression du cours plancher ouvre tout grand la porte aux spéculations sur le franc. Il faut donc s’attendre à ce que ce dernier s’apprécie de manière incontrôlée».

Travail.Suisse craint pour l’emploi en Suisse

Travail.Suisse craint pour l’emploi en Suisse après l’abolition par la Banque nationale suisse (BNS) du taux plancher de 1,20 franc pour un euro. L’organisation faîtière des employés urge le Conseil fédéral à tout mettre en oeuvre pour éviter une appréciation incontrôlée du franc.

La BNS a jugé visiblement trop périlleuses les évolutions attendues dans la zone euro - rachat de dette souveraine par la Banque centrale européenne, élections grecques - pour maintenir le taux minimum, écrit jeudi Travail.Suisse. Qui estime «compréhensible» à cet égard que la décision de l’institut d’émission intervienne maintenant.

Mais l’abandon du taux plancher fait peser de graves menaces sur l’économie helvétique et le marché du travail, s’inquiète la faîtière. Une surévaluation excessive du franc va peser sur la compétitivité de la Suisse et menacer de nombreux emplois.

Une catastrophe, selon Swissmechanic

Swissmechanic juge catastrophique l’abolition du taux plancher de 1,20 franc pour un euro décidée jeudi par la Banque nationale Suisse (BNS). Sans cette limite, un affaiblissement encore plus important de la monnaie unique par rapport au franc pourrait se révéler fatal aux PME de l’industrie des machines.

L’association patronale, qui compte dans ses membres 1400 petites et moyennes entreprises (PME) de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) employant plus de 70 000 personnes, demande jeudi dans un communiqué à la BNS de reconsidérer sa décision. «Il n’est pas possible que nos PME – la colonne vertébrale de notre économie – soient ainsi abandonnées».

L’association rappelle que dans les sondages trimestriels qu’elle mène auprès de ses membres, la vigueur du franc représente une préoccupation majeure. Plus de 80% des sociétés qu’elle représente exportent de manière directe ou indirecte leur production, essentiellement vers l’Union européenne et plus particulièrement en Allemagne.

Un coût de 5 milliards

L’effet direct de la chute de l’euro sur les exportateurs suisses est estimé à environ 5 milliards de francs par le responsable des investissements d’UBS, Mark Haefele. Qui précise aussi que ce montant représente 0,7% du PIB national.

Le niveau des exportations ne devraient pas en souffrir immédiatement, juge Sébastien Dupré. L’économiste de l’administration fédérale des douanes (AFD) rappelle qu’en 2011, lorsque l’euro valait déjà 1 franc suisse, avant que la BNS n’introduise le taux plancher (en septembre), il a fallu plusieurs mois pour constater une baisse notable des ventes suisses à l’étranger. «Pendant une certaine période, les entreprises avaient pris sur elles», se souvient-il. En d’autres termes, elles avaient rogné sur leurs marges pour ne pas devoir relever leur prix facturés en euros, et ainsi, éviter de perdre des clients.

Au-devant de mois difficile selon la BCV

L’économie suisse va au-devant de mois difficiles après l’annonce de la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abolir le cours plancher de 1,20 franc pour un euro. Beaucoup d’entreprises exportatrices auront été surprises par l’appréciation subite du franc suisse.

«La rupture est dommageable», a indiqué jeudi à l’ats Fernando Martins Da Silva, responsable de la politique de placement de la Banque cantonale vaudoise (BCV). Du point de vue des entreprises, le choc de l’adaptation est rude dans la mesure où elles ont été protégées pendant plus de trois ans avec le taux plancher.

Et la correction intervenue dès l’annonce de la décision de l’institut d’émission monétaire devrait perdurer. Tant pour la bourse suisse que pour le cours de change avec l’euro, comme en témoigne la chute de quelque 10% du Swiss Market Index (SMI) jeudi et l’appréciation en flèche du franc à 1,03 franc pour un euro.

«On a dû lâcher à force de devoir agir avec une main dans le dos», précise Fernando Martins Da Silva. Selon lui, il est encore trop tôt de dire si un risque de récession existe.

«Que les patrons ne cèdent pas à la panique»

Les syndicats n’ont pas tardé à monter au créneau. Dans un communiqué, Employés Suisse note que la décision de la BNS «met en danger des places de travail et des salaires. L’industrie MEM orientée vers les exportations pourrait être fortement touchée ». En outre, il demande aux employeurs « de ne pas céder à la panique ». En aucun cas, ajoute Employés Suisse, les réaction « impétueuses » que l’on a pu observer sur les marchés financiers doivent se répéter sur le marché du travail.

L’horlogerie très inquiète des conséquences

La Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) se dit très inquiète des conséquences pour le secteur, suite à l’annonce par la BNS de l’abandon du cours plancher de l’euro. La branche exporte près de 95% de sa production, rappelle son président Jean-Daniel Pasche.

«On a rapidement constaté comme cette décision a poussé le franc suisse à la hausse face notamment à l’euro et au dollar. Et notre branche exporte près de 95% de sa production principalement vers les zones euro et dollar», a indiqué jeudi à l’ats Jean-Daniel Pasche.

«Nous relevons en outre que le choix de la BNS intervient dans un contexte européen difficile pour nous. Nos principaux marchés européens comme l’Allemagne et la France accusent déjà de fortes baisses. En outre la situation reste aussi difficile en Asie», a ajouté le président de la FH.

Craintes du tourisme

L’association hotelleriesuisse et la Fédération suisse du tourisme craignent pour l’avenir de la branche, suite à la décision de la Banque Nationale Suisse (BNS) d’abandonner le taux plancher. Une réévaluation du franc touche durement le secteur hôtelier orienté vers l’exportation. Gastrosuisse redoute une baisse de la compétitivité du secteur.

Le renforcement du franc risque de rendre la Suisse encore plus chère et nous touche de plein fouet, a indiqué jeudi Christoph Juen, directeur d’hotelleriesuisse, dans un communiqué.

Pour la Fédération suisse du tourisme, le danger que les touristes se détournent de la Suisse pour se rendre dans d’autres destinations est grand. «Le tourisme est la quatrième branche d’exportation du pays», souligne-t-elle.

Saint-Gobain s’est protégé contre le risque de change

Le groupe français de matériaux de construction Saint-Gobain a affirmé jeudi qu’il s’était protégé contre les fluctuations des taux de changes pour son projet d’acquisition du chimiste suisse Sika, alors que la monnaie helvétique s’est fortement appréciée suite à des annonces surprise de la Banque nationale suisse (BNS).

Saint-Gobain indique «avoir couvert en euros le montant de 2,75 milliards de francs suisses pour l’acquisition du contrôle de Sika», «conformément à sa politique de couverture des risques de change».

«On répond aux questions des analystes» via ce communiqué, a expliqué une porte-parole, interrogée par l’AFP.

Une «catastrophe» affirment les emprunteurs croates

Une association croate représentant des emprunteurs de crédits libellés en francs suisses a mis en garde jeudi contre une «catastrophe» à la suite d’une flambée de la devise helvétique et ont demandé une réunion d’urgence avec le gouvernement.

«C’est une catastrophe pour nous. Nous ne pouvons pas prédire l’évolution de la situation, mais nous avons contacté aussitôt le ministre des Finances Boris Lalovac et demandé une réunion pour chercher des solutions», a déclaré Denis Smajo, un responsable de l’association Franak.

«Une décision excellente, prise trop tard»

Pour le conseiller national Lukas Reimann (UDC/SG), la décision de la BNS de mettre fin au taux plancher entre le franc suisse et l’euro est «excellente, même si elle a été prise avec retard. L’économie suisse est en assez bonne forme pour supporter le choc», avance-t-il.

«L’économie suisse peut et doit maintenant faire face à cette décision, poursuit-il. Certes le choc de l’annonce est rude jeudi pour le secteur de l’exportation, concède-t-il. Peut-être qu’il aurait mieux valu procéder par étapes», mais le St-Gallois fait confiance aux experts de la BNS.

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