Genève

Un coup dur aussi pour les internationaux

Le personnel des missions diplomatiques européennes a de quoi faire la grimace. Les employés des organisations internationales sont pour l’heure épargnés

Un coup dur aussi pour les internationaux

«Là, cela devient vraiment, vraiment cher!» Employé d’une mission d’un pays européen basée à Genève, l’homme préfère garder l’anonymat lorsqu’il réagit à l’envolée du franc. «Quand je suis arrivé en 2008, 1 euro valait 1,56 franc, puis on a eu le taux plancher à 1,20 francs, aujourd’hui c’est 98 centimes. Alors que les frontaliers sabrent le champagne, on plonge et personne ne pense à nous.» Dépité, il se demande s’il ne va pas finir par se retrouver en dessous du seuil de pauvreté suisse alors que dans son pays il fait figure de privilégié…

Le personnel des représentations diplomatiques européennes en Suisse, payé en euros, a de quoi faire la grimace. Son pouvoir d’achat vient de chuter de 15 à 20%, mais il sait que, dans les capitales, ces soucis sont loin d’être partagés. «Nous avons fait remonter l’information à la centrale, indique-t-on à la mission de France auprès de l’ONU. Mais on ne tient pas trop à communiquer, il y a d’autres problèmes.»

La hausse brutale du franc suisse est un coup dur pour la Genève internationale alors que certaines organisations sont régulièrement tentées par des délocalisations en raison du coût de la vie. «Dans l’immédiat, l’impact devrait être limité car la plupart des employés de l’ONU sont payés en francs suisses ou en dollars, indique Ian Richards, le secrétaire exécutif du syndicat de l’ONU à Genève. Mais à moyen-long terme, la question va à nouveau se poser. Il va y avoir beaucoup de travail pour défendre la place de Genève.»

«Une mauvaise nouvelle»

«Objectivement, c’est une mauvaise nouvelle, explique François Longchamp, le président du gouvernement genevois, même s’il est encore un peu tôt pour savoir comment le franc va évoluer.» La politique de la Banque centrale européenne, les élections en Grèce, l’évolution du dollar: autant d’incertitudes qui empêchent d’y voir clair.

«A ce jour, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n’envisage pas de prendre des mesures additionnelles qui pourraient atténuer l’impact du franc fort sur les secteurs internationaux établis à Genève», indique la porte-parole de la mission suisse auprès de l’ONU, Paola Ceresetti. Le taux de change avec le dollar est identique à celui qui prévalait en mars 2014, souligne-t-on. «Cette nouvelle situation, ajoute-t-elle, conforte finalement l’analyse selon laquelle la Genève internationale fait face à des défis importants et confirme le bien-fondé de la stratégie du Conseil fédéral visant à renforcer la politique d’Etat hôte de la Confédération pour offrir des conditions-cadres optimales.»

Une quarantaine de missions diplomatiques des pays les moins avancés bénéficie d’une subvention mensuelle de 3000 francs pour la location de bureaux. Le Conseil fédéral a par ailleurs promis 117 millions de francs en faveur de la Genève internationale pour la période 2016-2019. Le DFAE ajoute que Genève maintient ses avantages: synergies grâce à la concentration d’organisations internationales, qualité de la vie et des services, stabilité politique .

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