Justice

UBS France: à nouveau, la lanceuse d’alerte affronte son ex-employeur

L’ancienne salariée a affronté son ex-employeur devant le Conseil des Prud’hommes de Paris. Les juges devront se prononcer sur des accusations de harcèlement et une indemnité financière

UBS France: à nouveau, la lanceuse d’alerte affronte son ex-employeur

Justice Stéphanie Gibaud se bat contre la banque miseen examen pour démarchage illicite

Les juges devrontse prononcer sur des accusations de harcèlement et une indemnité financière

Dans le bras de fer auquel se livrent UBS France et son ex-responsable du marketing, Stéphanie Gibaud, une nouvelle manche s’est jouée jeudi devant le Conseil des Prud’hommes de Paris. Ce volet de l’affaire se déroule en parallèle de l’instruction pénale en cours, portant sur des soupçons d’évasion fiscale. Les juges doivent dire s’ils reconnaissent que l’ancienne salariée a été victime de harcèlement. Ils doivent aussi se prononcer sur le montant des dommages et intérêts demandés en réparation du «calvaire» et des «humiliations» que Stéphanie Gibaud affirme avoir subis, pour reprendre les termes utilisés par son avocat, William Bourdon, défenseur de plusieurs lanceurs d’alerte français.

Les fronts et les positions sont clairs. Durant de longues années, Stéphanie Gibaud a organisé des événements promotionnels, sportifs comme des tournois de golf, ou culturels – des concerts, par exemple. Ces manifestations étaient l’occasion pour les chargés d’affaires et leurs clients de conforter leurs liens. Devant les juges, comme dans un livre pour lequel elle est attaquée en diffamation, Stéphanie Gibaud explique que sa descente aux enfers a commencé en 2008, après l’arrivée d’une nouvelle supérieure, lorsqu’elle a refusé l’ordre de détruire ses fichiers de travail. Ceux-ci étaient susceptibles de contenir des preuves: selon l’ex-salariée, ils comprenaient des listes de clients et de chargés d’affaires, suisses notamment, invités en France pour démarcher illégalement des grandes fortunes.

De son côté, UBS France conteste aussi bien les faits que lui reproche Stéphanie Gibaud devant les Prud’hommes (l’ordre de détruire les fichiers informatiques et le harcèlement en particulier) que ceux qui lui valent une mise en examen pour complicité de démarchage illicite. En parallèle, la maison mère, UBS AG, a été mise en examen pour démarchage illicite, ainsi que pour blanchiment aggravé de fraude fiscale; l’automne dernier, elle a dû verser une caution record de 1,1 milliard d’euros.

«Ces affirmations sont grotesques», affirme l’un des avocats de la banque, Eric Dezeuze. «Oui, des événements promotionnels ont été organisés. Oui, comme dans tous les groupes bancaires, il existe des collaborations entre les filiales. Mais non, il n’y a pas eu de démarchage illégal pour attraper des clients.» Jean-Michel Segeron, autre défenseur d’UBS, estime que «dès le départ, Stéphanie Gibaud n’a pas accepté l’arrivée d’une nouvelle supérieure». C’est, selon lui, la véritable source du conflit.

Pour UBS, les salariés licenciés qui l’accusent d’avoir mis en place un système d’évasion fiscale entre la France et la Suisse sont des affabulateurs; ils chercheraient à «faire pression sur la banque» pour lui soutirer de confortables indemnités. A preuve, argumentent les avocats de l’établissement du boulevard Haussmann, les 18 ans de salaire que Stéphanie Gibaud demande en compensation du préjudice subi.

Un montant que l’ancienne salariée estime légitime: sans emploi depuis qu’elle a perdu sa place à UBS, grillée sur le marché du travail et dans le monde bancaire, elle demande un dédommagement qui coure jusqu’à l’âge de sa retraite et «couvre toutes ces années durant lesquelles je ne pourrai pas travailler», explique-t-elle au T emps. «C’est vrai que le prix à payer pour les lanceurs d’alerte peut être extrêmement élevé et conduire à des situations de précarité financière, avec des années sans emploi, des frais médicaux élevés et des répercussions sur le montant de la retraite», confirme Nicole Marie Meyer, chargée de mission à Transparency International France. Aussi, quand on demande des dommages et intérêts, il est important de réellement chiffrer les conséquences d’une alerte sur la durée, y compris son impact sur la retraite.»

Nicole Marie Meyer, ainsi que des représentants de la CGT, étaient présents à l’audience pour soutenir Stéphanie Gibaud. Pour les syndicalistes, elle représente un symbole de la lutte contre l’évasion fiscale et des difficultés que rencontrent les employés dénonciateurs de pratiques peu scrupuleuses. Comme les syndicats, les ONG se battent contre un amendement de la nouvelle loi Macron «pour la croissance et l’activité»: il introduit une protection du secret des affaires et prévoit de punir ceux qui révèlent des informations protégées.

Au cours de sa plaidoirie, William Bourdon a également occupé ce terrain-là, menant le débat vers la morale et le «courage citoyen»: «Stéphanie Gibaud vous demande la réparation du prix qu’elle a payé, parce qu’elle n’a pas confondu la loyauté envers son employeur avec la servilité. Elle a préféré la loi de sa conscience à la loi du silence.» Le jugement sera rendu ultérieurement.

«Elle n’a pas confondu la loyauté enversson employeuravec la servilité»

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