COnjoncture

L’envol du franc replonge la Suisse en déflation

En un an, les prix ont chuté de 0,8%. Les biens importés, de 4,7%. La réaction des ménages et des entreprises dépendra davantage des perspectives économiques que d’une hypothétique baisse généralisée des prix

L’envol du franc replongela Suisse en déflation

Conjoncture En un an, les prix ont chuté de 0,8%. Les biens importés de 4,7%

La réactiondes ménages et des entreprises dépendra de l’emploi et des exportations

«Mon beau-père a dit à mon épouse: c’est le moment ou jamais pour acheter une nouvelle voiture. Elle a opté pour une Seat, avec un rabais de 20%!»

Comme cette famille romande, les Suisses se sont-ils précipités, en janvier? Ont-ils déjà profité des baisses de prix – de véhicules ou de biens de consommation courante – annoncées dans la foulée de l’envolée du franc suisse? Ou préfèrent-ils attendre de meilleures conditions encore? C’est la grande question qui se (re)pose, après l’abandon du taux plancher par la BNS, le 15 janvier dernier: la Suisse risque-t-elle de tomber dans la spirale déflationniste que tous souhaitent éviter?

Le premier mauvais signe date de début février. Un sondage du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) indiquait que les ménages interrogés après le choc du franc s’attendent à une forte baisse des prix. Bien que la représentativité de ce résultat soit réduite, puisqu’il couvre seulement un quart des 1200 réponses récoltées durant le mois de janvier, il est à retenir que ce baromètre des attentes n’a jamais été aussi bas de toute son histoire.

L’économiste Bernd Aumann, qui collabore à l’indice mensuel de la consommation d’UBS, préfère tout de même positiver: «Les Suisses ont compris que ces baisses de prix étaient uniques, qu’elles sont liées à un événement exceptionnel et qu’elles ne vont pas se répéter à l’avenir.»

Le deuxième signal d’alerte s’est enclenché vendredi. En février, l’indice des prix à la consommation a diminué de 0,3%, par rapport à janvier. Et de 0,8%, en rythme annuel. Depuis février 2014, les produits importés ont baissé de 4,7%, indique l’OFS. Outre l’effet du franc fort (sur les motos, les véhicules, l’alimentation ou les articles de sport), la chute du prix du pétrole est en cause. Des baisses importantes ont été constatées pour l’essence et le diesel.

De quoi reporter les dépenses à plus tard? «La propension des ménages à consommer dépend surtout des perspectives d’emploi et de salaires, aujourd’hui moins bonnes que par le passé», répond Bernd Aumann. Qui se montrerait bien plus inquiet, si le contexte économique était plus sombre.

Le vrai enjeu se situe là, selon lui. «La situation est plus difficile au Japon et en Europe, en sortie de crise et menacés par le surendettement, compare-t-il. En période de déflation, les dettes pèsent toujours plus et cela conduit à une réduction des dépenses publiques et privées.» En d’autres termes, un recul généralisé des prix freine l’investissement des entreprises, sachant que tout endettement s’accroît mécaniquement.

«La Suisse n’est pas entrée dans une spirale déflationniste», tempère d’abord Gero Jung, le chef économiste de Mirabaud Asset Management. Mais il reste prudent et surveillera deux indicateurs de très près, ces prochains mois. D’abord, l’indice PMI, qui sonde les observations des directeurs d’achat des entreprises. En février, il signale une contraction de l’activité manufacturière. Sa sous-composante «prix d’achat» a chuté jusqu’à 12,9 points, bien loin du niveau d’équilibre de 50 points. «Même en 2009, cette composante n’était pas passée en dessous de 20 points», s’inquiète Gero Jung. La déflation, pour l’instant purement statistique, semble donc plus prononcée que lors du précédent envol du franc.

L’autre tendance à surveiller, qui concerne les ménages, est la «contamination» des prix domestiques par le recul des prix des biens importés. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Entre février 2014 et février 2015, les prix indigènes ont encore augmenté de 0,5%. En outre, rassure Gero Jung, la dynamique conjoncturelle devrait s’améliorer en Europe et en Allemagne en particulier. Les entreprises suisses devraient en profiter, et ainsi pouvoir limiter, voire éviter, une baisse de leurs revenus. Elles seront ainsi moins tentées de réduire la masse salariale pour compenser. Et, qui sait, davantage motivées à investir.

Selon un sondage de Mercer publié vendredi, un tiers des 62 sociétés interrogées prévoient de réduire leurs effectifs, à la suite de la récente envolée du franc. Mauvais signe, acte III.

«Les Suisses ont compris que ces baisses sont uniques et liées à un événement exceptionnel»

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