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Le scandale Petrobras éclabousse Genève

Une enquête pour blanchiment d’argent a été ouverte l’année dernière en Suisse. Au moins huit banques de la place auraient hébergé de l’argent issu de pots-de-vin au Brésil

Genève abrite des fonds de l’affaire Petrobras

Corruption Une enquête pour blanchiment d’argent a été ouverte l’année dernière en Suisse

Au moins huit banques suisses auraient hébergé de l’argent issu depots-de-vin au Brésil

Le scandale Petrobras, qui ébranle le Brésil, fait des vagues jusqu’à Genève. L’argent issu de la corruption, qui a gangrené la plus grande entreprise du pays durant plus d’une décennie, a fini en partie dans les coffres d’établissements de la place.

Voilà ce qui ressort de l’audition, fin novembre 2014, de Pedro José Barusco devant une délégation de la police fédérale brésilienne. L’ancien directeur de l’ingénierie au sein de Petrobras, l’une des pierres angulaires du système de corruption, s’est mis à table dans l’espoir de bénéficier des faveurs de la justice de son pays. L’annexe 21 de son audition est entièrement dédiée aux comptes que lui et ses comparses ont utilisés pour cacher de l’argent en Suisse.

Parmi les établissements cités par Pedro José Barusco, on trouve la Banque Safra, HSBC, Royal Bank of Canada, la Banque Cramer, Lombard Odier, Pictet, Julius Baer et la banque PKB. En tout, une vingtaine de comptes au moins auraient été utilisés en Suisse pour un montant total avoisinant les 100 millions de dollars.

Dans les fichiers de HSBC, liés à l’opération SwissLeaks à laquelle Le Temps a participé, figure bien le nom de Pedro José Barusco, pour un compte ouvert en 1998 – soit un an avant le rachat de la banque Republic – et clôturé en mai 2005. Mais aussi celui de Paulo Roberto Costa, ex-directeur de l’approvisionnement du groupe pétrolier qui est, lui aussi, passé aux aveux fin 2014, ainsi que celui d’une troisième personne présentée comme étant un «consultant technique et directeur de Petrobras».

Le nom de Costa est très répandu au Brésil, mais les informations contenues dans les fiches, sous le numéro 5090192330, permettent de certifier qu’il s’agit bien du responsable de Petrobras: sa date de naissance, 1954, et surtout son adresse, Rua Tualdo de Azambuja, Casa 30, Barra da Tijuca, Rio de Janeiro, Brésil, où il possède un immeuble. Concernant Pedro José Barusco, les fichiers HSBC font état d’un compte ouvert de 1998 à 2005, et ayant contenu jusqu’à 992’104 dollars au maximum.

Contactées, les banques mises en cause par Pedro José Barusco refusent de commenter une enquête en cours. Selon nos informations, l’une d’entre elles au moins a prévenu le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) suite à des doutes concernant des transactions. Le Ministère public de la Confédération (MPC) confirme d’ailleurs avoir ouvert, le 11 avril 2014, une procédure pénale pour blanchiment d’argent suite à une annonce du MROS. «Les investigations n’étant pas encore achevées, nous ne sommes pas en mesure, en l’état actuel du dossier, de fournir de plus amples informations sur la procédure en cours», précise toutefois le MPC. Mercredi, le Ministère public fédéral du Brésil a cependant indiqué avoir fait bloquer, puis rapatrier, 45 millions de dollars qui se trouvaient sur des comptes en Suisse.

Dans sa déclaration de 5 pages, Pedro José Barusco détaille, compte par compte, montant par montant, ses placements au sein des banques suisses. Certains sont issus de la corruption, d’autres non, affirme-t-il. Il apparaît qu’en mars 2014, soit un mois avant l’ouverture de l’enquête du MPC, des transferts de fonds qu’il a essayé de réaliser d’un établissement à l’autre ont été bloqués. «Par les autorités suisses», dit-il, sans préciser lesquelles.

Pedro José Barusco assure néanmoins avoir pu déposer, avec l’aide d’un intermédiaire («doleiro», selon le terme consacré au Brésil), 2 millions de dollars sur un compte de RBC à Genève. Et cela après le déclenchement de l’opération policière Lava Jato («lavage auto»), point de départ du scandale au Brésil en mars 2014. Or, comme le révélait la Tribune de Genève début mars, il apparaît que cet intermédiaire, qui aurait représenté plusieurs établissements suisses à Rio de Janeiro, réside actuellement à Genève. Pour l’heure, selon nos informations, il n’a toutefois pas été inquiété par la justice helvétique.

Au Brésil, le scandale a révélé que pratiquement tous les investissements effectués par Petrobras ces dix dernières années auraient été surfacturés. Les grands prestataires – dont les quatre géants de la construction civile au Brésil (Odebrecht, OAS, Camargo Corrêa et Andrade Gutirerez) – auraient formé un cartel pour se partager les contrats, en les surfacturant. En contrepartie, ils auraient versé des commissions aux formations de la coalition gouvernementale de centre gauche au pouvoir.

Appelé à témoigner mardi devant une commission parlementaire, Pedro José Barusco a affirmé que le Parti des travailleurs (PT), au pouvoir au Brésil, avait reçu «100 ou 200» millions de dollars de l’entreprise publique. La justice brésilienne enquête d’ailleurs sur des ­dizaines de personnes, dont 12 sénateurs et 22 députés, parmi lesquelles figurent le président du parlement, Eduardo Cunha, celui du Sénat, Renan Calheiros, ainsi que la sénatrice Gleisi Hoffman, ex-cheffe de cabinet de Dilma Rousseff, et le trésorier du PT, João Vaccari Neto.

En Suisse, le scandale Petrobras fait écho à une autre affaire de corruption: celle des fonctionnaires fiscaux brésiliens qui, au début des années 2000, avaient été reconnus coupables de blanchiment d’argent pour le compte d’organisation criminelle et de corruption. Une soixantaine de millions de francs avaient alors été bloqués en Suisse tandis que cinq employés de banque avaient été condamnés, en septembre 2008, par le Tribunal pénal fédéral pour blanchiment d’argent.

Une banque au moins a prévenu les autorités à Berne suite à des soupçons concernant certaines transactions

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