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Le FMI suggère à la BNS d’assouplir sa politique monétaire

Les experts du Fonds monétaire international craignent un fort ralentissement de la croissance

Contrairement à leur habitude, les experts du Fonds monétaire international (FMI) qui passent chaque année en revue l’état de la situation économique et financière de la Suisse ne se contentent pas, en 2015, de quelques remarques de détail.

La décision de la Banque nationale (BNS) de lever le taux plancher du franc contre l’euro le 15 janvier a changé la donne et comporte des risques qui s’ajoutent, selon le FMI, aux effets économiques négatifs de nos relations difficiles avec l’Union européenne, notamment sur la question de la libre circulation des personnes suite à la votation du 9 février 2014.

Les experts du FMI, qui ont passé en revue la situation helvétique du 13 au 23 mars, sont plus pessimistes que le secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) au sujet du ralentissement économique provoqué par la décision de la BNS. Alors que le Seco a fait passer sa révision de la croissance en 2015 de 2,1%, à 0,9%, et que la BNS table sur 1%, le FMI abaisse son pronostic à 0,75%.

Les experts du FMI semblent craindre un tassement de la demande intérieure, l’un des seuls moteurs de croissance encore en route puisque les exportations s’essoufflent (-3,9% en février). En cas de détérioration de la situation économique, la Suisse devra agir rapidement sur sa fiscalité, suggère la délégation du FMI conduite par Kevin Fletcher. Dans ce cas, des allégements fiscaux devraient être rapidement décidés, avant même l’entrée en vigueur du projet de réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III).

«Les taux d’intérêt négatifs doivent être maintenus par la BNS», explique Kevin Fletcher, qui conseille aussi à la banque centrale helvétique d’assouplir sa politique monétaire, notamment par un programme de rachat de devises. Un retour au taux plancher n’est par contre pas suggéré. Thomas Moser, membre suppléant de la direction générale de la BNS, s’est dit d’accord avec l’analyse des experts du FMI. «Nous surveillons la situation de très près, mais nous pensons que les marchés parviendront à s’adapter aux nouvelles conditions. Quoi qu’il en soit, nous agirons si cela s’avère nécessaire.»

Les experts du FMI pensent que la Suisse se trouvera encore en situation d’inflation négative, à hauteur de – 1,5%, à la fin de l’année. Sauf risques particuliers, comme par exemple un renforcement du franc considéré comme valeur refuge dans le contexte d’une détérioration de la situation économique en Europe, le FMI pense que la Suisse retrouvera à moyen terme un taux de croissance de 2% et une légère inflation à hauteur de 1%.

Les experts de Washington conseillent un renforcement des mesures de sécurisation du système bancaire suisse qui doit aller au-delà de Bâle III et des dispositions «too big to fail» déjà prises. «Contrairement à d’autres pays, le poids du secteur bancaire dans l’économie du pays est élevé, ce qui devrait conduire à des standards de fonds propres pondérés aux risques plus élevés», souligne Kevin Fletcher.

Le risque d’éclatement d’une bulle immobilière n’est pas non plus écarté par les experts du FMI, qui s’inquiètent du montant élevé de la dette hypothécaire. «Si les risques ne diminuent pas, la Suisse serait bien avisée de prévoir une limite claire de ratio entre le niveau des nouveaux emprunts hypothécaires et le revenu de l’emprunteur», suggère le FMI, dont le rapport complet sur la Suisse sera publié en mai.

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