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Luciana Vaccaro, rectrice de la HES-SO: «Des collaborations pour accélérer l’innovation»

La rectrice de la HES-SO qui forme 19 400 étudiants veut multiplier les projets transdisciplinaires. Un budget d’un million de francs est prévu pour ces opérations

«Des collaborations pour accélérer l’innovation»

Interview Luciana Vaccaro, rectrice de la HES-SO qui forme 19 400 étudiants, veut multiplier les projets transdisciplinaires

Un budget d’un million de francs est prévu pour ces opérations

Depuis un an et demi, Luciana Vaccaro chapeaute la HES-SO, Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale. La rectrice de cette institution qui forme 19 400 étudiants dans les domaines de l’économie et la gestion, de l’ingénierie, de la santé, du travail social et des arts doit faire face à l’entrée en vigueur, début janvier, de la nouvelle loi fédérale sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE).

Le Temps: Qu’apporte la nouvelle loi pour la HES-SO?

Luciana Vaccaro: Au niveau fédéral, toutes les institutions académiques, HES, universités et EPF, sont désormais sous le même toit législatif et placées sur un pied d’égalité. Néanmoins, beaucoup de paramètres changent, notamment en matière de financement et de positionnement de la HES-SO. Il s’agit de maintenir notre vocation professionnelle tout en se positionnant dans les débats fédéraux vis-à-vis des universités et des EPFL.

Mon objectif est que nos intérêts soient défendus correctement.

Jusqu’à présent, nous étions financés, principalement, en fonction du nombre d’étudiants. Désormais, on parle d’enveloppe globale pour l’entier du domaine des hautes écoles. La notion de concurrence entre les institutions va donc s’intensifier notamment en matière d’acquisition de projets de recherche. L’institution doit renforcer son positionnement, pour faire face à la compétition accrue dans l’acquisition des fonds privés et des subsides publics, suisses et européens.

– Et quels sont les éléments positifs de cette nouvelle loi?

– Il n’est plus nécessaire d’obtenir une autorisation fédérale pour ouvrir une nouvelle filière. L’institution sera accréditée dans son ensemble. Nous avons désormais plus d’autonomie face à la Confédération. En outre, cette loi encourage la coopération entre les différentes institutions.

A cet effet, le projet Global Diagnostic est emblématique. Quarante chercheurs ont été impliqués dans ce projet regroupant six écoles de la HES-SO (la HEIG-VD, HE ARC ingénierie, Hepia, HES-SO Valais-Wallis, l’ECAL ainsi que la Haute Ecole de santé de Genève), le CHUV, l’EPFL, le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, le Centre universitaire de recherche sur l’énergie pour la santé ­ (Cures), l’Institut Paul Scherrer et l’Institut tropical suisse. Ensemble, ils ont développé le prototype d’un appareil de radiologie numérique construit spécialement pour les pays du Sud. Robuste, il peut fonctionner dix ans sans nécessiter de pièces de rechange et a été conçu pour coûter 10 fois moins cher que les solutions existantes. Il dispose d’un générateur haute tension qui permet de résister aux perturbations de réseaux électriques instables. Il peut donc continuer à fonctionner lors de coupures de courant. Le prototype est désormais terminé.

Nous cherchons désormais du financement privé pour passer à un prototype industriel. Une start-up sera probablement créée autour de ce projet.

– Avez-vous lancé d’autres projets transdisciplinaires?

– Oui, effectivement. Nous venons de lancer le Senior Living Lab, financé par la fondation Gebert Rüf Stiftung. Ce projet, piloté par la Haute Ecole de la santé La Source, la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), l’ECAL et la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture de Fribourg, est dédié à la qualité de vie et à l’autonomie des seniors. Sont également associés au projet: le Service vaudois de la santé publique, des associations comme Avivo ou Alter ego, mais aussi des entreprises comme les TL, Migros et Swisscom. Ensemble, et avec la collaboration de personnes du troisième âge, les chercheurs se pencheront sur des questions liées à la mobilité, l’alimentation et l’autonomie.

– Quel est le budget de la HES-SO pour ces projets transdisciplinaires?

– Un budget d’un million de francs est prévu. Nous avons d’autres projets en vue dans des domaines très variés comme la cyberadministration, l’énergie ou l’environnement.

– Et en matière de formation, prévoyez-vous également de faire du transdisciplinaire?

– Nous allons lancer en septembre 2015 le master Innokick, porté conjointement par trois domaines en économie, en ingénierie et architecture, en design et arts visuels, permettant d’acquérir des compétences interdisciplinaires nécessaires pour développer des produits et des services innovants. Il s’agit d’une formation unique en Suisse qui permettra de comprendre le langage de l’autre. Les étudiants travailleront sur des projets concrets.

– Ces collaborations entre les écoles accéléreront-elles l’innovation?

– Oui, effectivement, car pour créer un produit à succès, celui-ci doit être fonctionnel, esthétique et posséder un bon business plan ainsi qu’une stratégie marketing. Parallèlement, pour accélérer l’innovation, la HES-SO doit participer au débat politique et encourager certaines mesures liées aux PME. Il s’agit en effet de mieux répondre à leur demande et de soutenir leur recherche et développement. C’est ce qu’on appelle le «market to science».

Il s’agit également d’intensifier la culture de l’innovation dans l’enseignement. Nous souhaitons notamment créer un prix qui récompensera un travail de fin d’études particulièrement original. Nous mettrons à disposition du chercheur du financement et un service de coaching.

«Il faut également intensifier la culture de l’innovation dans l’enseignement»

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