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La Suisse brigue une place de choix dans les investissements verts

Un groupe d’experts propose des incitations financières au mariage entre économie et écologie

La Suisse brigue une place de choix dans les investissements verts

Economie durable Un groupe d’experts helvétiques suggère des pistes pour réconcilier économie et écologie

La place financière suisse a une chance à saisir dans ce nouveau domaine

Certaines études montrent que si la manière dont les investissements financiers sont réalisés dans le monde ne change pas, les dégâts sociaux et environnementaux se retourneront comme un boomerang sur la croissance économique.

Le rapport Stern de 2007 sur l’effet économique des changements climatiques a démontré que l’inaction du monde financier et politique dans ce domaine pourrait obliger à terme l’économie mondiale à consacrer 5 à 20% du PIB à réparer les dégâts. «La consommation des ressources naturelles équivaut à une fois et demie ce que la Terre peut produire, et si le monde entier consommait comme la Suisse, il faudrait des ressources équivalant à trois globes terrestres», explique Bruno Oberle, directeur de l’Office fédéral de l’environnement.

Il s’est exprimé mercredi à Berne à l’occasion d’un symposium sur ce thème qui a regroupé une centaine de représentants des milieux financiers et d’organisations internationales. Lancé l’an dernier par le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE), une sorte de concours d’idées va déboucher sur des contributions des Etats à la résolution du vaste problème de la réallocation des investissements financiers dans des projets qui prennent en compte la durabilité et les effets sociaux et environnementaux.

La Suisse – qui affiche, selon le document présenté mercredi, la volonté d’initier un changement en raison de l’importance de sa place financière – est le premier pays à déposer un rapport rédigé par un groupe de travail composé notamment de représentants du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) et de l’Office fédéral de l’environnement. Ces experts, qui comprennent aussi des représentants de la place financière helvétique et l’organisation Swiss Sustainable Finance (SSF) ont développé quelques propositions destinées à favoriser les investissements durables.

«La finance verte deviendra un moteur économique et sortira du marché de niche qui est encore le sien aujourd’hui», prévoit Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE. Il cite plusieurs exemples, en particulier celui de la Chine, dont la banque centrale entend investir 320 à 350 milliards de dollars par an dans les technologies vertes jusqu’en 2020, dont 75% financés par des fonds privés.

En Suisse, le volume des placements durables atteignait 56,7 milliards de francs à fin 2013. Malgré une augmentation de 23% par an depuis 2005, sa part de marché s’élève à 4%.

Trois obstacles principaux à une reconversion partielle des placements, par exemple ceux des caisses de pension qui totalisent 720 milliards de francs, ou ceux des gérants de fortune indépendants (560 milliards), ont été relevés par les auteurs du rapport. Le principal est l’absence d’intégration du coût de la non-durabilité dans les produits financiers. Les prix ne reflètent en effet pas la vérité des coûts.

Le second obstacle est la divergence entre l’impact social et environnemental à long terme des investissements choisis, et les décisions qui sont prises le plus souvent très rapidement sur la base d’un rendement financier à court terme. Enfin, le troisième facteur de frein à l’investissement durable cité par le rapport concerne le risque d’instabilité du système financier global, connu en Suisse sur la base des décisions qui ont dû être prises dans le cadre du projet «too big to fail» afin de consolider les bilans des grandes banques.

Les propositions du groupe de travail suisse vont dans plusieurs directions. Les principales visent à mettre en place un système incitatif de placements financiers dans l’économie verte, par exemple une exonération fiscale en faveur des fonds obligataires verts lancés par les pouvoirs publics ou des investisseurs privés.

Le groupe de travail suggère également de récompenser les actionnaires de longue durée qui choisissent le profil responsable d’une entreprise plutôt que le rendement financier à court terme de l’investissement. Un dividende majoré pourrait ainsi être offert aux anciens actionnaires.

Enfin, le rapport relève l’absence d’un système général d’évaluation du degré de durabilité de tel ou tel investissement. Si cette forme de label environnemental et social était mis en place sur les produits financiers, la part des investissements responsables augmenterait sans doute de manière importante. «La Suisse, dont la réputation n’est plus à faire en matière financière, d’innovation et de protection de l’environnement a une place à prendre», souligne le directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner.

La part de marché des investissements durables en Suisse s’élève à 4%, soit 56,7 milliards de francs

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