La Chine est prête à risquer ses yuans en Russie

La visite à Moscou du chef d’Etat chinois Xi Jinping montre pour la première fois un intérêt de Pékin pour l’économie russe, au-delà des hydrocarbures

La Chine se risque à investir ses yuans en Russie

Investissements Pour la première fois, Pékin démontre un intérêt pour l’économie russe

La visite à Moscou du chef d’Etat chinois Xi Jinping vendredi et samedi est un geste très politique, lié aux célébrations de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Chine est la seule grande puissance à avoir accepté l’invitation russe, alors que Poutine demeure très isolé diplomatiquement. Mais même si Xi Jinping vient sans l’habituelle cohorte d’hommes d’affaires, l’importance des contrats signale que les considérations commerciales sous-tendent le rapprochement.

Gazprom a signé vendredi avec son partenaire chinois CNPC un accord sur les conditions de vente du gaz russe à travers un futur gazoduc qui traversera l’Altaï. Le volume du gaz sera de 30 milliards de m3 par ­an avec une extension possible à 100 milliards. Les autres paramètres de l’accord ne sont pas connus. L’année dernière, les deux pays ont déjà signé un accord historique chiffré à 400 milliards de dollars pour des livraisons de gaz à travers un autre gazoduc, ainsi qu’un accord entre le pétrolier russe Rosneft et CNPC pour une valeur de 270 milliards de dollars.

Appâté par les gisements d’hydrocarbures

Vladimir Poutine fait même miroiter à Xi Jinping un accès direct aux gisements russes, chose que les Chinois réclament depuis des décennies. Le président russe propose à CNPC le gisement Vankor, duquel le groupe français Total avait été éjecté cavalièrement en 2002. Le vice-premier ministre russe Arkady Dvorkovitch pousse même un traitement préférentiel pour les groupes chinois, soit le droit à plus de 50% des projets pétroliers et gaziers russes (hormis ceux en offshore). Les étrangers plafonnent aujourd’hui à une participation de 25% dans les grands gisements.

Moscou veut moderniserson infrastructure

Moscou, qui n’a pas envie d’être réduit au rôle de vache à lait de Pékin dans les matières premières, presse son partenaire d’investir dans son infrastructure et dans les secteurs clés de son industrie manufacturière. Cette visite de Xi Jinping marque un tournant, puisque la Chine s’apprête pour la première fois à y risquer ses yuans.

Pékin embarque dans le vaste projet de la ligne ferroviaire à grande vitesse Moscou-Kazan (770 kilomètres de long). Le monopole russe RZD et China Railway ont signé vendredi un mémorandum de coopération. Les investissements et crédits chinois pourraient atteindre un total de 354 milliards de roubles (6,44 milliards de francs suisses). En contrepartie, les groupes chinois sont garantis d’obtenir la part du lion dans les contrats de construction. Les groupes européens Alstom et Siemens en ont été écartés.

L’un des points les plus prometteurs du sommet sino-russe est la mise au point d’un mécanisme de financement conjoint permettant de débloquer des fonds chinois pour une soixantaine de grandes entreprises russes. Le mécanisme, supervisé par le Fonds d’investissement sino-russe et la China Construction Bank, pourrait attirer jusqu’à 25 milliards de dollars de crédits chinois sur les trois prochaines années. Une manne inespérée pour les entreprises russes touchées par les sanctions financières occidentales.

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