Horlogerie

François Bennahmias: «Michael Schumacher nous a lancé un vrai défi»

Audemars Piguet présente une montre inspirée par le pilote allemand, son ambassadeur depuis 2010. Ni la marque ni la famille ne craignent d’être considérées comme des opportunistes, alors que le septuple champion du monde de F1 poursuit sa rééducation à son domicile de Gland

«Michael Schumacher nous a lancé un vrai défi»

Horlogerie Audemars Piguet sort une montre inspirée par le pilote allemand, toujours convalescent

Ni la marque ni la famille ne craignent d’être considérées comme des opportunistes

Ce mercredi soir, dans le ranch vaudois de Corinna Schumacher, l’épouse du septuple champion du monde de Formule 1, Audemars Piguet convie des dizaines de représentants des médias. S’y tiendra la présentation de la «Royal Oak Concept Laptimer Michael Schumacher». Un lancement qui se fera sans l’ambassadeur de la marque, victime d’un grave accident de ski fin 2013 et toujours en rééducation dans son domicile de Gland.

Lundi au Brassus (VD), au siège de l’entreprise horlogère, Le Temps a rencontré son patron, François Bennahmias, et la manager, porte-parole et amie proche de la famille Schumacher, Sabine Kehm.

Le Temps: Comment va Michael Schumacher?

Sabine Kehm: Il a fait beaucoup de progrès, depuis un an, tenant compte de la gravité de son accident. Mais il est aussi certain qu’il aura besoin de beaucoup beaucoup de temps pour récupérer.

– Quel est son état de conscience?

– S. K.: Sa famille ne souhaite pas en dire plus sur son état. Je peux juste ajouter que depuis son transport de l’hôpital [le CHUV] vers sa résidence de Gland, en septembre, il est suivi de près par des médecins.

– Après des mois d’efforts pour préserver sa vie privée et celle de sa famille, pourquoi vous exprimer maintenant?

– S. K.: Je ne suis pas ici pour parler de l’état de Michael mais parce que Audemars Piguet a terminé son projet et que la montre est prête. Je suis heureuse que l’on y arrive enfin.

– Comment ce projet a-t-il débuté?

François Bennahmias: Michael est notre ambassadeur depuis 2010, mais nous savions qu’il était déjà amateur de la marque auparavant.

– S. K.: Il possède je-ne-sais combien de modèles. Sa «relation» avec Audemars Piguet existait bien avant.

– F. B.: En 2012 déjà, nous avons commercialisé un modèle qui lui était dédié. C’était insuffisant à ses yeux. Il voulait que l’on travaille sur un mouvement capable de chronométrer le temps de plusieurs tours de course consécutifs. Une première, dans l’horlogerie mécanique. Quatre mois ont été nécessaires pour lui répondre que c’était possible, peut-être… C’est aussi la première fois qu’Audemars Piguet développe un calibre spécifique pour un ambassadeur.

– Ensuite?

– F. B.: Il a tout de suite voulu participer. Il est venu très souvent au Brassus et au Locle (où se trouve la R&D, ndlr). Il nous a lancé un vrai défi et n’a jamais hésité à faire savoir qu’il ne comprenait pas, qu’il était satisfait ou insatisfait. C’était parfois perturbant parce que totalement inhabituel, venant d’un ambassadeur! Mais c’était aussi un pur bonheur, il était comme un boxeur qui vous accule dans le coin du ring!

– S. K.: C’est à l’image de sa carrière. Michael a toujours été très impliqué dans la mécanique de ses voitures. Le fait de tout maîtriser et de tout comprendre l’a souvent aidé, lorsqu’il rencontrait des difficultés en course. S’il a continué le karting, c’est parce que là, il pouvait lui-même réparer et faire les réglages nécessaires.

– Que s’est-il passé, après l’accident?

– S. K.: Après décembre, quelques mois ont suffi pour que la famille décide de continuer. Elle était sûre que ce serait le souhait de Michael.

– F. B.: Nous avions deux options: soit on renonçait à lier son nom à la montre, soit on poursuivait sur la base de ses idées.

– Vous avez donc terminé sans lui.

– S. K.: Pas tout à fait, puisqu’à fin 2013, tous les paramètres sur lesquels il pouvait avoir une influence étaient derrière. Il aurait été dommage de ne pas achever ce projet, il était vraiment fier d’être impliqué.

– F. B.: Pour le mouvement ou le boîtier, nous avions déjà les solutions. Il a encore fallu travailler, pendant trois à quatre mois, sur la forme du poussoir notamment, qui n’avait pas la précision requise. Puis il restait à mettre en place l’industrialisation.

– La famille Schumacher ne craint pas de passer pour une opportuniste, parce qu’elle capitalise sur l’émotion suscitée par cet accident?

– S. K.: Organiser le lancement de la montre dans le ranch de Corinna Schumacher est la meilleure réponse possible pour démontrer que c’est une volonté de la famille.

– F. B.: Une autre preuve: Michael ou sa famille ne toucheront aucunes royalties sur les ventes. Le contrat qui nous lie est le même depuis 2010.

– Audemars Piguet ne s’attend-elle pas à ce type de jugements, elle aussi?

– F. B.: Il y aura sans doute des critiques, mais nous sommes prêts à y répondre. D’abord, même si nous sommes fiers du travail réalisé, nous pourrions très bien faire sans ce projet. Ensuite, pensez-vous vraiment que, en tant qu’entreprise appartenant à deux familles humbles et discrètes, nous oserions capitaliser sur cet accident?

– S. K.: Ce n’est pas comme si Audemars Piguet avait commencé après l’accident pour en profiter.

– Comment promouvoir une montre sans son ambassadeur?

– F. B.: La montre est quoi qu’il en soit associée au meilleur pilote de F1 de l’histoire. Elle sera produite à 221 exemplaires, dont environ 160 cette année. Nous sommes convaincus qu’elle va se vendre très vite.

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