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La gestion de fortune face à l’essor grandissant des «robo advisors»

Les offres basées sur des placements entièrement automatisés vont gagner en importance, selon une étude de l’IFZ et de Swisscom. Si le conseil personnalisé ne va pas disparaître, la pression sur les tarifs va encore s’accentuer

La gestion de fortune face à l’essor des «robo advisors»

Finance en ligne La gestion automatisée gagne en importance, selon une étude

La pression sur les tarifs bancaires se renforcera

Votre portefeuille sera-t-il bientôt géré par un robot? Le mouvement est en marche, y compris en Suisse. Des solutions entièrement automatisées de type «robo advisors» sont déjà proposées par la start-up True Wealth, le site Investomat.ch de la Banque Cantonale de Glaris ou la banque en ligne Swissquote. Avec ces offres, le client fournit d’abord des indications sur sa tolérance envers le risque et ses préférences d’investissement – la gestion de ses placements et le rééquilibrage du portefeuille étant ensuite automatisés. Sans oublier les grandes banques qui ont élaboré des solutions alliant gestion en ligne en grande partie automatisée et conseil personnalisé, à l’exemple d’UBS Advice.

Face à cette concurrence, pour quels services les clients accepteront-ils encore de payer? Ces questions ont été débattues lors la conférence Finance 2.0, le rendez-vous phare des technologies dans la finance début mai à Zurich, et elles sont analysées dans une étude publiée par l’institut IFZ à Zoug et Swisscom. Pour Michael Stemmle, fondateur de la société de conseil Additiv, la numérisation a deux effets: d’une part, elle permet l’essor d’une offre de placement de qualité «pour les masses». Cela profitera à la clientèle dite «affluente», celle à mi-chemin entre les segments de la banque de détail et les clients plus fortunés ayant accès aux services de banque privée. D’autre part, elle améliorera les capacités des conseillers à la clientèle lors du processus de conseil, qui auront plus de temps pour leurs clients.

L’étude de l’IFZ et de Swisscom distingue trois sortes de services en ligne: premièrement, les offres automatisées de type «robo advisors» (Investomat.ch, True Wealth) et les solutions de courtage social (social trading), qui consiste à copier les stratégies élaborées par d’autres investisseurs (Wikifolio, Investory). Dans ces deux cas, les processus d’investissement sont hautement automatisés, avec une absence de contact entre le client et la plateforme, ce qui réduit les coûts à un minimum.

Deuxièmement, un modèle hybride aussi basé sur les «robo advisors», complété par des entretiens effectués de manière ponctuelle et rémunérés, à l’exemple de Baloise Bank SoBa. Troisièmement, une offre de placement gérée en ligne mais soutenues par des prestations de conseil complètes, comme le proposent les grandes banques.

Cette concurrence exercera une pression sur les marges. Les tarifs, tous frais inclus, proposés par les «robo advisors» se situent entre 30 et 70 points de base (0,3 à 0,7%) par an. Ils atteignent entre 70 et 130 points de base pour les placements en ligne avec l’appui d’une offre de conseil personnalisée, évalue l’IFZ dans une récente étude complémentaire. Felix Niederer, fondateur de True Wealth, pense que les frais pourraient descendre encore plus: «La question est de savoir ce que coûte l’information. L’investissement est basé sur la gestion de l’information, qui, elle, devient toujours meilleur marché», a-t-il argumenté lors d’une table ronde. Il y aura à terme, d’un côté, une offre de base de gestion de fortune qui sera gratuite ou presque et, de l’autre, des services plus sophistiqués qui resteront payants. Plus nuancé sur ce sujet, Anthony Cagiati, directeur du gérant indépendant Sound Capital, admet que «la pression à la diminution des coûts va encore s’accentuer mais qu’ils ne vont certainement pas tomber à zéro».

Reste aussi à voir quelle sera la performance réalisée par ces plateformes sur la durée. En Suisse, Investomat et True Wealth, lancés il y a moins d’un an, ont un historique très court. Aux Etats-Unis, les sites Wealthfront et Betterment opèrent depuis plus longtemps mais les études comparatives sur leur performance manquent.

Les «robo advisors» vont-ils vraiment concurrencer les banques à l’avenir? Selon l’IFZ et Swisscom, ces offres vont dans un premier temps séduire avant tout des «clients disposant d’une bonne formation et ayant une affinité avec les nouvelles technologies». En outre, les clients tendent à confier des sommes relativement modestes à ces plateformes: chez True Wealth et pour ePrivateBanking de Swissquote , les montants se situent entre 40 000 et 50 000 francs, constate l’étude. Malgré tout, elle anticipe l’arrivée de 6 à 8 offres de type «robo advisors» en Suisse d’ici à cinq ans. Les montants investis devraient dépasser les 3 milliards de francs, davantage que ceux confiés aux plateformes de «trading social» (166 millions) mais moins que les montants accordés aux offres de placement numérique assorties d’un conseil personnalisé (47 milliards). Selon l’étude, «les banques conservent l’avantage», en profitant de leur marque établie. De plus, près de 90% des Suisses restent attachés au conseil en matière de placement d’argent, indiquait une enquête d’Axa IM. Felix Niederer croit toutefois au potentiel des «robo advisors»: «Beaucoup de clients ne souhaitent pas d’interaction avec leur banque, ils veulent seulement une interface.»

«L’investissement est basé sur la gestion de l’information, qui, elle, devient toujours meilleur marché»

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