Fintech

La Silicon Valley est en marche

Le secteur financier va devoir, à son tour, s’adapter aux technologies émergentes. Et aux attentes très différentes des «Millenials», ces jeunes gens nés entre 1980 et 2000

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La Silicon Valley est en marche

«La Silicon Valley est en marche et des centaines de start-up, avec des cerveaux et de l’argent, travaillent sur des alternatives aux services financiers classiques», déclarait récemment le directeur général de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, dans une lettre à ses actionnaires. Il estime que des efforts très importants et des alliances stratégiques avec ces nouveaux acteurs seront nécessaires au cours des prochaines années pour rester dans la course face aux technologies émergentes, mais aussi aux comportements des nouvelles générations de consommateurs.

Car les «Millenials», ces jeunes gens nés entre 1980 et 2000, ont une situation financière et des attentes très différentes de leurs aînés: là où ces derniers étaient lancés dans une carrière linéaire et cherchaient auprès d’un réseau bancaire de proximité le soutien nécessaire à l’acquisition d’un véhicule, d’un bien immobilier ou à la planification de leur retraite, les jeunes adultes commencent souvent leur vie active avec une dette et des perspectives d’emploi limitées. Le premier objectif financier des Américains est ainsi de rembourser les frais liés à leur formation initiale.

L’essor de l’économie partagée leur permet de conserver le style de vie de leurs parents (voiture, maison de vacances) mais en privilégiant l’usage à la propriété, ils n’accumulent pas de fortune propre. Enfin, là où les baby-boomers remplissaient patiemment les formulaires idoines, les jeunes ne veulent pas du jargon bancaire et aimeraient pouvoir transférer de l’argent aussi simplement qu’ils écrivent un SMS. Une étude récente montre d’ailleurs que 71% des Millenials préféreraient une visite chez le dentiste à un entretien avec un banquier.

Les nouveaux acteurs qu’évoque Jamie Dimon ont bien compris ces besoins. Ils savent aussi que la barre est placée très haut et que, pour gagner la confiance des clients, leurs produits ne devront pas se contenter d’être meilleurs que l’offre actuelle, ils devront être considérablement supérieurs en matière de service et de prix. Leur avantage est que, contrairement aux institutions financières établies dont les employés font preuve de méfiance face à la robotisation croissante des processus bancaires et qui ont des systèmes informatiques vieux de plusieurs décennies, ils partent de zéro et peuvent créer des solutions innovantes rapidement avec un investissement minimal. Comme le disait très justement l’investisseur américain Marc Andreessen, si on demandait aujourd’hui à un entrepreneur de développer un système pour transférer de l’argent entre des individus, il ne viendrait à l’idée de personne de créer deux entreprises dotées chacune de 100 000 employés pour ce faire.

L’ère des Fintech

En remplaçant des intermédiaires coûteux par des algorithmes, les acteurs de la Fintech (pour Financial Technology) permettent de diminuer les frais (par exemple l’entreprise américaine Lending Club, dont le système met automatiquement en rapport des groupes d’épargnants et de privés à la recherche d’un crédit). En réduisant le temps ou l’effort nécessaire pour effectuer une action, ils augmentent l’efficacité des transactions (par exemple Apple Pay, qui permet un paiement en magasin sur simple pression d’un bouton). En rendant les prestations bancaires comparables, ils augmentent la transparence du marché, font connaître de nouveaux services et exercent une pression sur les prix (ex. la start-up suisse TawiPay qui permet de comparer les coûts des transferts internationaux).

Les nouvelles technologies auront un impact important, rapide et mesurable: Goldman Sachs prévoit ainsi que, d’ici à 2020, 20% du volume global des prêts aux Etats-Unis aura échappé aux banques, avec pour résultat une perte de 12 milliards de profits. Au cours des dernières années, toutes les grandes industries ont été transformées par le numérique. Pour des raisons de complexité technique et légale, le secteur financier a attendu plus longtemps pour cela que le voyage ou le livre, mais une révolution est à présent en marche et on ne voit pas ce qui pourra l’arrêter.

* Entrepreneur et investisseur, Zurich

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