Matières premières

La chute du prix du pétrole secoue les Etats-Unis

Plusieurs petites sociétés pétrolières américaines ont fait faillite. La baisse des tarifs du brut pousse les acteurs du secteur à améliorer l’efficience des activités de forage

La chute du prix du pétrole secoue les Etats-Unis

Matières premières Plusieurs petites sociétés pétrolières ont fait faillite

La baisse des tarifs du brut pousse les acteurs du secteur à améliorer l’efficience des activités de forage

L’effondrement du prix du pétrole secoue l’industrie pétrolière américaine. Mardi après-midi à New York, le baril était coté à 45,25 dollars. Un an plus tôt, il dépassait encore la barre des 107 dollars. Entre octobre 2014 et avril 2015, quelque 35 000 personnes ont perdu leur travail dans un secteur pétrolier américain qui emploie 538 000 collaborateurs. Est-ce le début de la fin de la révolution énergétique aux Etats-Unis qui a permis au pays d’augmenter de 5 à 9,5 millions de barils par jour (+90%) la production de pétrole en six ans? En aucun cas. Mais l’effondrement du prix de l’or noir provoque une série d’ajustements.

Nombre d’Américains qui avaient accouru des quatre coins du pays pour profiter du boom pétrolier dans le Dakota du Nord ou au Texas ont été licenciés. Certaines sociétés ont réduit leurs dividendes et ont mis en suspens des investissements dans une industrie qui requiert des sommes importantes pour financer les équipements sophistiqués nécessaires à la fracturation hydraulique des formations de schiste comme la formation de Bakken dans le Dakota du Nord et Eagle Ford au Texas. A l’échelle des Etats-Unis, le nombre de plateformes pétrolières et gazières est passé en un an de 1925 à 864. En comparaison, il avait atteint un plafond en 1981 (4530) et un plancher en 1999 (488). Des équipements à proximité des champs pétrolifères sont laissés à l’abandon, inusités. Certains agriculteurs qui profitaient de la manne pétrolière pour les terrains mis à disposition sont contraints de changer de niveau de vie. Exxon Mobil et Chevron ont enregistré les pires résultats trimestriels depuis une décennie. La première a vu son bénéfice chuter de 52% au second trimestre. Mais en tant que majors du secteur, elles résistent mieux à l’érosion du prix du pétrole que les petites compagnies.

Les banques sont aussi plus réticentes à prêter à des sociétés pétrolières exposées aux fluctuations du prix de l’or noir en raison d’un endettement substantiel. En 2015, plus d’une quinzaine d’entre elles ont fait faillite. En avril 2014, Le Temps rencontrait à l’est de Dallas, Texas, le directeur des relations publiques de Quicksilver Resources, qui exploite les schistes de Barnett. Stephen Lindsey ne cachait pas son optimisme quant à la marche des affaires. La société disposait de 1000 puits et avait créé des sociétés à capital mixte avec Tokyo Gas et Eni. Depuis, elle a déposé son bilan, croulant sous 2,3 milliards de dollars de dettes.

Les raisons de la chute du prix du pétrole sont multiples. La première relève de la surabondance d’or noir sur un marché mondial engorgé par 94 millions de barils par jour. Les Etats-Unis y contribuent grâce à la révolution engendrée par la fracturation hydraulique des formations de schiste. L’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe refusent pour leur part de réduire leur production, de peur de perdre des parts de marché le jour où le prix de l’or noir remonterait. L’Irak déverse aussi son pétrole sur le marché, au même titre que le Nigeria, et la Russie n’est pas près de réduire sa production. L’accord sur le nucléaire iranien conclu mi-juillet à Vienne pourrait provoquer un renforcement d’une offre déjà excédentaire en permettant à Téhéran de relancer son secteur pétrolier. Cette perspective est plausible, d’autant que l’Europe connaît une croissance faible et que l’économie chinoise ralentit.

Aux Etats-Unis toutefois, le tableau n’est pas aussi sombre. La production d’or noir y reste élevée. Les compagnies actives aux Etats-Unis ont de fait pu baisser le seuil de rentabilité de leurs puits en améliorant leur efficience. En injectant davantage de sable au moment de l’hydrofracturation, il est possible d’augmenter la production de 40 à 50% pour un surcoût de 15%. Si le seuil de rentabilité n’est atteint qu’à partir d’un prix du baril à 60 dollars pour certains, plusieurs sociétés font des profits même avec un baril à 30 dollars. La production de la formation de Bakken n’a baissé que de 2% par rapport à son pic de décembre. «Le Dakota du Nord est l’Etat qui produit le plus derrière le Texas, souligne Terry Olin, à la tête de la société Stropiq, basée à Genève. Il recense toujours 13 000 puits. Il n’y en avait que 5000 en 2010. Le Dakota du Nord va donc rester une source majeure de pétrole pour les décennies à venir.»

Terry Olin, actif dans l’immobilier dans cet Etat du nord-ouest, n’a pas été pris par surprise par l’évolution du marché. Ayant travaillé dans l’immobilier en Russie, il sait être prudent: «Nous avons appris à ne pas sous-estimer la volatilité du prix du pétrole. Nous ne sommes pas entrés sur le marché en pensant que le baril allait rester en permanence à 100 dollars.»

Exxon Mobil et Chevron ont enregistré leurs pires résultats trimestriels depuis une décennie

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