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New York, nouveau pôle d’attraction pour la fintech

Outre la Silicon Valley, les start-up actives dans les technologies financières misent aussi sur la côte Est. Immersion auprès de sociétés de capital-risque et de jeunes pousses du secteur

New York, nouveau pôle d’attraction pour la fintech

Finance Outre la Silicon Valley, les start-up actives dans les technologies financières misent aussi sur la côte Est

Immersion auprès de sociétés de conseil et de jeunes pousses de ce secteur

Sept minutes pour convaincre. C’est la durée maximale qui était accordée aux quelque 70 start-up, sociétés de services informatiques ou concepteurs de logiciels gravitant autour la thématique de la fintech présents mercredi et jeudi derniers au salon Finovate à New York, auquel Le Temps a pu participer sur invitation de Switzerland Global Enterprise.

Réunies dans une grande salle d’un hôtel Hilton, diverses jeunes pousses américaines ou européennes actives dans les technologies financières se sont efforcées de retenir l’attention d’un public varié. Investisseurs et banquiers en costume et cravate y ont croisé des créateurs de start-up en jeans et chemise à carreaux lors de cet événement phare des technologies bancaires qui alterne entre les côtes Ouest et Est des Etats-Unis.

Considérer la fintech dans sa seule dimension technologique serait trop limité. Au contraire, pour les sociétés évoluant dans le domaine des fintech outre-Atlantique, c’est le comportement et les préférences du client qui figurent au cœur de l’attention. Avec la même expression qui revient constamment au fil des présentations: réinventer «l’expérience du consommateur». Le tout en accordant un soin particulier aux habitudes et préférences des fameux «millenials», la génération qui a grandi avec Internet.

Beaucoup de start-up mettent l’accent sur le comportement des clients et les nouvelles habitudes en matière de services financiers. C’est le cas notamment de Moven, une société new-yorkaise qui propose des solutions complètes de gestion de finance personnelle et de paiements via téléphone mobile. Les aspects liés à la sécurité en matière de paiements ou les outils permettant d’analyser de grands volumes de données (Big Data) demeurent bien sûr aussi des thèmes incontournables en matière de technologies financières.

Les jeunes pousses ne sont pas les seules à penser qu’elles se trouvent à l’aube d’une révolution. C’est aussi l’avis de la société de conseil en services financiers Capco: «Nous nous trouvons proches d’un point d’inflexion majeur. L’industrie des services financiers va être transformée en profondeur», est convaincu Ismail Amla, partenaire chez Capco. Dans ses locaux situés à quelques centaines de mètres de Wall Street, la société a reçu la semaine dernière une délégation d’une vingtaine de participants à la délégation intitulée Fintech Trade Mission à New York, organisée par le Swiss Business Hub et Switzerland Global Enterprise (lire ci-dessous).

En illustrant ses propos à l’aide d’une sorte de grande carte qui classe les différentes catégories de services fintech en arrière-plan, Ismail Amla énumère les multiples domaines concernés par cette transformation. Outre les exemples les plus connus de concepts comme le financement participatif, les solutions de paiements en ligne via mobile ou les prêts entre particuliers, d’autres services financiers classiques comme la gestion de portefeuille ou la finance personnelle seront aussi transformés en profondeur par la fintech. «Beaucoup d’utilisateurs voudront avoir accès à leur compte bancaire en ligne, de la même manière qu’ils sont habitués à télécharger de la musique sur iTunes», résume Ismail Amla.

Citant un sondage affirmant que 71% des «millenials» préfèrent aujourd’hui se rendre chez le dentiste plutôt que d’aller dans une banque, Ramy Serageldin, responsable opérationnel chez Moven, illustre l’état d’esprit qui prévaut chez les sociétés fintech. Pour la start-up qui a levé plus de 24 millions de dollars de financement en trois ans, il apparaît comme une évidence que toujours plus de services financiers – allant du trafic des paiements à la finance personnelle en passant par les solutions automatisées de gestion de portefeuille –, pourront être entièrement gérés via des applications mobiles, sans même devoir recourir à une banque en arrière-plan. «D’ici à 2020, la plupart des gens vont télécharger une application qui leur fournira tous les services et renseignements dont ils ont besoin en matière financière», est convaincu Ramy Serageldin.

Les banques établies doivent-elles alors se faire du souci? Pas du tout, estiment trois banquiers de ­JPMorgan invités à participer à une discussion chez Capco. D’une part, car la proportion des services financiers en ligne, malgré une forte croissance, ne représente encore qu’une faible part du marché. Seuls 10% des paiements sont effectués de manière numérique, rappelle l’un d’entre eux. D’autre part, car le numéro un bancaire aux Etats-Unis a de toute façon les moyens d’acheter à des tiers les technologies et applications qui l’intéressent le plus. «Nous avons 100 millions de clients. Soit nous développons les solutions dont nous avons besoin, soit nous achetons les meilleures technologies disponibles», explique Pete Casella, responsable d’achat en matière d’investissements stratégiques chez JPMorgan Chase. «L’examen des procédures de compliance peut prendre jusqu’à 18 mois», avertit-il en outre.

Son conseil à des start-up qui veulent vendre un service à une banque? «Ne venez pas chez nous en premier. Commencez par une banque d’une taille inférieure», recommande-t-il sans détour.

«Les clients veulent accéder à leur compte bancaire, comme ils téléchargent de la musique sur iTunes»

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