automobile

Le scandale Volkswagen a éclaté pour une économie de 329 francs

Le scandale Volkswagen a éclaté à cause d’une décision stratégique prise il y a huit ans. Elle permettait d’économiser 329 francs par véhicule. Les conséquences de cette décision se chiffrent désormais en dizaines de milliards.

Le scandale Volkswagen a éclaté à cause d’un gain de 329 francs

Automobile Un moteur diesel propre, c’est facile à fabriquer

Chaque jour la tache d’huile s’étend un peu plus. Le groupe Volkswagen (VW), premier constructeur automobile mondial, ne parvient pas à colmater les fuites du scandale lié au logiciel qui a faussé les données de pollution au dioxyde et monoxyde d’azote (NOx) de 11 millions de moteurs diesel.

Les Etats-Unis ont décidé de bloquer la vente des nouveaux modèles diesel du groupe allemand, alors que la Suisse a décrété l’interdiction de la vente des voitures neuves diesel qui ne correspondent pas à la norme Euro 6. 180 000 voitures des marques VW, Audi, Skoda et Seat sont concernées.

L’Espagne fâchée

En Espagne, où plus d’un demi-million de moteurs truqués ont été fabriqués, il est question d’exiger de Volkswagen le remboursement des primes offertes à l’achat de véhicules dit «propres» (2000 euros, soit 2192 francs par véhicule). Et aux Etats-Unis, où le groupe Volkswagen risque des pénalités à hauteur de 18 milliards de dollars (17,6 milliards de francs), une cinquantaine de plaintes collectives contre le groupe allemand ont déjà été déposées.

Lire aussi. Ma Volkswagen est concernée par la fraude, que faire?

La course au rabais est lancée outre-Atlantique pour éviter, autant que faire se peut, la débâcle. L’achat d’une VW Passat ou Jetta coûte désormais de 5000 à 7000 dollars meilleur marché. 80% des véhicules du groupe Volks­wagen vendus aux Etats-Unis sont équipés d’un moteur diesel. Le scandale menace l’existence de l’usine de Chattanooga, dans le Tennessee, où travaillent 2500 personnes. Les installations ont bénéficié de subventions des autorités américaines à hauteur de 900 millions de dollars.

Bosch impliqué

Une autre entreprise allemande, le fournisseur Bosch, se trouve aussi impliquée dans la tourmente. C’est en effet cet équipementier qui a fourni à VW le logiciel qui a permis de fausser les tests de pollution. Ces derniers sont réalisés à vitesse réduite sur des rouleaux d’essai. Le comportement particulier du véhicule (deux roues sur quatre en mouvement, volant statique, GPS fixe) était détecté et lançait la procédure de falsification des données NOx. Bosch se défend, dans la presse allemande, en disant que le logiciel avait été clairement fourni en 2007 à VW pour des essais, et non pour équiper les véhicules.

Chargé de faire cesser l’hémorragie, Matthias Müller, 62 ans, patron de Porsche, remplace au pied levé Martin Winterkorn, «démissionné». «Nous pouvons et nous allons surmonter cette crise», a promis vendredi dernier le nouveau patron. Le groupe Porsche, déjà propriétaire majoritaire de VW, a par ailleurs profité de la chute du cours du titre (34%, soit quelque 20 milliards d’euros) pour acheter, à un prix resté confidentiel, des actions en mains du constructeur japonais Suzuki. Le contrôle de Porsche sur le groupe VW passe donc de 50,7% à 52,2%.

Le scandale éclate aujourd’hui à cause d’une décision stratégique prise il y a huit ans, comme l’explique dans le détail le journal dominical allemand Bild am Sonntag.

Lire aussi. Audi avoue que 2,1 millions de ses véhicules sont équipés du logiciel truqueur

En 2005, alors que le groupe Volkswagen faisait face à une perte de rentabilité et préparait un programme de réduction des coûts, deux personnes étaient chargées de développer un moteur diesel pour le marché américain, où les normes d’émission de NOx sont deux fois plus sévères qu’en Europe et très difficiles à respecter pour les moteurs de cylindrée moyenne de la gamme Volkswagen. Ces moteurs «chauffent» davantage, ce qui entraîne une forte émission de NOx. Wolfgang Bernhard, responsable de la marque VW, engage un ingénieur, Rudolf Krebs, afin de développer un prototype de moteur diesel «propre».

Ingénieurs désavoués

Les deux hommes optent pour la technologie dite SCR qui consiste à neutraliser les NOx (-80%) par l’injection dans le système d’échappement, via un catalyseur, d’un mélange d’urée et d’eau contenu dans un petit réservoir. Le prix de revient d’un tel dispositif est de 300 euros (329 francs) par véhicule. Les ingénieurs insistent pour que ce système soit adopté.

En vain. Il est jugé trop cher par les responsables de VW qui optent, en 2007, pour un équipement plus simple sans doute accompagné du logiciel à l’origine de la fraude. 2007, c’est aussi l’année de l’arrivée au pouvoir de Martin Winterkorn, qui remplace les développeurs du moteur diesel EA189 par deux autres responsables. Les dégâts consécutifs à cette décision, prise pour économiser quelques centaines de millions d’euros, se chiffrent aujourd’hui en dizaines de milliards d’euros.

Publicité