Technologie

«Le bitcoin n’est pas mort et c’est une chance pour les banques»

Entretien avec le californien Jon Matonis, gourou des crypto-monnaies, qui se félicite de la fin des prix surréalistes du bitcoin enregistrés fin 2013

Il existe plusieurs types de crypto-monnaies. Mais, depuis son lancement en 2009, le bitcoin est celle qui a connu la popularité la plus fulgurante. Disons plutôt fluctuante. De valeur refuge, comme l’or ou le franc, le bitcoin s’est révélé être en 2014 l’un des pires investissements à faire. Cette monnaie virtuelle a perdu, à ce jour, les trois quarts de sa valeur cumulée ses quatre premières années d’existence. Rencontre, vendredi dans le cadre d'une rencontre express dédiée aux acteurs financiers - le premier FinDating -, organisée par la banque genevoise Dukascopy, avec l’un des gourous du bitcoin, le californien Jon Matonis. Ce dernier fait partie du groupe d’entrepreneurs à l’origine de la Fondation Bitcoin. Entité de promotion qui a licencié l’an passé une grande partie de ses employés suite aux remous provoqués par les scandales de détournements de la monnaie digitale.

Ne trouvez-vous pas que le bitcoin est aujourd’hui passé de mode?

En termes médiatiques, certainement. L’envolée des cours du bitcoin en 2013 était un épisode que l’on peut qualifier d’hystérique. Ce qui n’a pas empêché son déploiement de se poursuivre depuis, par un long travail de fond, forcément moins glamour. Pour preuve: les montants records investis dans les infrastructures bitcoin, en hausse annuelle de 51% depuis 2014. Rien qu’au premier trimestre de cette année, 229 millions de dollars ont été injectés dans le secteur, contre 676 millions ces trois dernières années.

Soit, mais la volatilité de cette monnaie virtuelle – les prix ayant oscillé entre 70 et 1200 dollars depuis sa création – représente un obstacle majeur à sa diffusion auprès de la population.

Ce problème devrait être résolu, à terme, lorsque le marché offrira les liquidités adéquates, grâce aux infrastructures actuellement en cours de réalisation. Ces trois derniers mois, toutefois, l’évolution du bitcoin s’est montrée moins chaotique que l’Indice S&P 500, par exemple.

Le bitcoin est-il un poison pour les banques commerciales?

Au contraire, il faut le voir comme une opportunité. Les intermédiaires financiers peuvent jouer un rôle de dépositaire, offrir des services de forex, imaginer des produits dérivés de cette crypto-monnaie ou assurer avec des paiements de type carte de crédit, etc. Le bitcoin, qui est appelé non pas à remplacer mais à coexister avec les monnaies nationales, représente plutôt un danger pour les banques centrales, en ce sens qu’il permet de s’affranchir de la traditionnelle planche à billets pour notamment influencer les taux d’intérêt. En cas de généralisation du bitcoin, on passerait d’un modèle «En Dieu nous croyons», slogan inscrit sur les dollars américains, à un système basé sur «la confiance en la cryptographie» qui, par ailleurs génère zéro inflation.

Qu’en est-il des risques de cyberpiratage du système?

Si, contrairement à de la monnaie traditionnelle, il est techniquement impossible de se retrouver avec des contrefaçons de bitcoins, les garanties de sécurité des portefeuilles est une toute autre affaire. Mais de la même manière que vous ne pouvez pas blâmer la Banque centrale suisse d’un braquage de l’UBS, vous ne pouvez pas mettre la faute d’un vol de monnaie virtuelle sur la cryptographie. Le bitcoin n’a pas de moralité. Ce n’est qu’un outil. Contrairement aux individus, qui peuvent adopter des comportements criminels.

Qu’arriverait-il si une personne venait à contrôler plus de 51% du processus de création de bitcoin?

Nous aurions en effet un sérieux problème. Cela offrirait à ce mineur de bitcoins la capacité, durant un laps de temps de maximum quelques secondes, d’altérer les chaînes de blocs. Ce qui pourrait suffire à saper durablement la confiance en cette monnaie digitale.

Existe-t-il des chercheurs (mineurs, dans le jargon) de bitcoin en Suisse?

Non, l’électricité coûte trop cher dans votre pays. Il faut une quantité d’énergie colossale pour produire des bitcoins. Sans parler de l’équipement informatique, extrêmement sophistiqué et rare. Les mineurs – une trentaine d’acteurs majeurs dans le monde, payés plus de 25 bitcoin pour chaque paquet de succession chiffrée validée – se trouvent dans des pays proches des cercles polaires et de préférence là où la production d’électricité est subventionnée, comme dans l’Arctique.

Quel a été plus gros transfert de bitcoin jamais enregistrée à ce jour?

Il s’agit du mouvement de 82 millions de dollars, en novembre 2014. La transaction a généré 4 centimes de dollars en frais. Et elle est intervenue un dimanche! Je connais l’identité du donneur d’ordre et les raisons de ce paiement, mais il est préférable que je taise cette information.

À combien s’élève votre fortune en monnaie virtuelle?

Cette question est trop indiscrète. Mais je peux vous dire que mon portefeuille est composé d’un taux agressif de 25% de bitcoins. Soit moins que la proportion d’or que je détiens.

Quelles plateformes dominent le marché du courtage de bitcoins?

En chiffre d’affaires, le leader s’appelle Bitfinex (îles Vierges britanniques et Hongkong), avec plus d’un million de bitcoins échangés toutes les 24 heures. Viennent ensuite Bitstamp (Slovénie et Grande-Bretagne), ainsi que les plateformes russe BTC-e, chinoise OKCoin et américaine Coinbase.

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