Santé

L’économie des seniors se transforme en économie connectée

Le vieillissement de la population ouvre de nouveaux marchés liés à l’informatique et à la télécommunication

La pyramide des âges n'est plus une pyramide. Elle ressemble à un ballon de football, aujourd'hui déformé, qui s'arrondira ces prochaines décennies, comme l'ont constaté, jeudi à Fribourg, la centaine de participants à un forum franco-suisse sur la "silver economy".

Cette expression, désormais consacrée dans les milieux qui se penchent sur les conséquences du vieillissement de la population, n'a aucun rapport avec les matières premières et le commerce de l'argent. Il est certes aussi question de commerce, mais de celui qui doit mieux convenir à la génération des "baby boomers" aux cheveux devenus courts et argentés, et dont la démarche se fait hésitante.

Les nouveaux services aux seniors, évoqués durant le forum organisé par la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), le service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Suisse et Business France en Suisse, seront fortement axés sur les appareils connectés. "La silver economy représente un énorme marché encore mal développé car il est tenu par de grandes entreprises historiquement proches des institutions de santé", constate Serge Grisard, patron de Vigisense, petite société genevoise à caractère international spécialisée dans la mise en réseau de systèmes d'alarmes santé.

"La personne dite âgée s'étend aujourd'hui sur deux générations, ce qui signifie que les seniors peuvent booster l'économie", relève Pia Coppex-Gasche, de l'Ecole de santé lausannoise La Source. "Les seniors ne doivent pas être considérés comme un poids pour la société, mais comme une chance", ajoute Luciana Vaccaro, recteur de la HES-SO. En 2020 en Suisse, les plus de 64 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans, et dès 2045, le nombre de personnes de plus de 80 ans pourrait dépasser le million.

L'augmentation de l'espérance de vie entraînée par des soins médicaux de plus en plus performants induit de profonds changements de société et une nette réorientation vers les besoins des seniors qui ne seront plus d'accord, comme la génération précédente, d'être "parqués" dans des homes à attendre la mort dès qu'ils ont perdu une partie de leur autonomie. "Neuf personnes âgées sur dix désirent rester à la maison, même si elles sont fragilisées", constate Henk Verloo, professeur à l'Ecole de santé La Source, qui dirige une étude sur les besoins réels des seniors. "Trop d'études ont été réalisées de haut en bas, sans se soucier des demandes concrètes des seniors", souligne-t-il.

Les objectifs du projet, étalé deux ans, sont de trouver des solutions pour préserver l'autonomie des seniors, lutter contre la solitude de beaucoup d'entre eux, et améliorer leur alimentation. Swisscom et Migros participent au financement de l'étude. Le grand distributeur cherche notamment à mieux comprendre les besoins des personnes âgées afin de pouvoir faciliter leurs achats.

Les progrès de l'informatique et des technologies des objets connectés ouvrent d'énormes possibilités de mise au point de systèmes de prévention et de contrôle de la santé des seniors. Andres Perez-Uribe, professeur d'informatique à l'Ecole d'ingénieurs d'Yverdon-les-Bains (HEIG-VD), travaille sur un système de reconnaissance, par un logiciel, des activités quotidiennes d'un senior. Toute anomalie de comportement (chute, perte d'orientation, confusion), détectée par un smart phone ou une montre connectée, serait ainsi signalée. Mais les progrès technologiques ont obligé les chercheurs à réorienter leur étude. "Au début, nous avons travaillé avec un système de reconnaissance vidéo pour enregistrer les données de comportement. Aujourd'hui, nous utilisons les téléphones portables et les montres connectées, ce qui facilite grandement la récolte des informations", constate-t-il.

Les aides géolocalisées commencent à être mises au point. "Un déambulateur qui permet à un senior de retrouver son chemin et qui freine automatiquement en cas de danger va bientôt être lancé sur le marché", constate Viviane Pasqui, professeur associé à l'Université parisienne Pierre et Marie Curie, qui cite aussi une canne japonaise munie d'un système GPS.

En Suisse aussi des sociétés émergent. "Vigisense décolle financièrement après 5 ans. On profite du boom des objets connectés", constate Serge Grisard, qui emploie 25 personnes dans la commercialisation d'un système de liaison, via une antenne bluetooth locale, des appareils de contrôle de santé dans un établissement de soins.

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