Technologie

La blockchain promet une nouvelle révolution

La nouvelle technologie du partage, une forme de registre des transactions numérique sûre et infalsifiable, permet de réduire les coûts, d’améliorer la qualité et la vitesse des services. Son impact devrait être fort en finance, dans l’immobilier et même dans le système électoral

«L’emploi de la blockchain dans l’économie promet de révolutionner l’immobilier (en créant un nouveau registre foncier numérique), les services financiers, le système de vote, le commerce des biens de luxe et l’administration fiscale», déclare Andreas Lenzhofer, expert en blockchain auprès de PwC Strategy&.

Cette technologie n’est pas vraiment nouvelle puisque le bitcoin, la monnaie virtuelle, s’appuie sur le même principe, mais «ce n’est qu’après l’éclatement de la bulle du bitcoin que l’on a vraiment compris le formidable potentiel de la blockchain», poursuit l’expert. «Ce bouleversement est rendu possible par son extraordinaire pouvoir de désintermédiation», fait valoir le magazine The Economist dans un dossier sur ce thème. «La blockchain est une machine à créer de la confiance», affirme l’hebdomadaire britannique. Au lieu de faire confiance à l’intermédiaire neutre habituel, qu’il s’agisse du notaire (transmission d’immeubles), du gouvernement (vote, impôts) ou du banquier (transfert de titres ou d’argent), la confiance est transférée à la machine, puisque la technologie est entièrement sûre, affirme le magazine.

Un stockage numérique

La blockchain – le terme n’a pas de traduction française – se définit par «une technologie de stockage numérique et de transmission à coût minime, décentralisée et totalement sécurisée», selon le site Blockchain France (https://blockchainfrance.wordpress.com/). Concrètement, il s’agit d’un livre de compte – un registre numérique – contenant la liste de tous les échanges effectués entre les utilisateurs depuis sa création. Ce registre, potentiellement utile dans l’immobilier, l’art et les biens de luxe, constitue un historique infalsifiable des échanges de personne à personne. Pour hacker une blockchain ou la manipuler, il faudrait avoir accès et modifier au même moment des dizaines de milliers de bases de données indépendantes les unes des autres.

Cette technologie rappelle les facteurs de disruption tels qu’Uber, puisqu’elle repose sur les mêmes principes de décentralisation, de partage et d’utilisation d’Internet. Mais elle est révolutionnaire, puisqu’elle concernera toutes les branches qui font appel à un intermédiaire. Elle intègre aussi les facteurs de traçabilité des informations et de décentralisation.


Infographie. Comment fonctionne le blockchain?

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Une start-up française, Synereo, entend devenir «le nouveau Facebook», mais en utilisant la blockchain. Mais autant Facebook concentre les informations à son seul profit, autant l’entreprise de Dor Konforty, son patron, place l’utilisateur au centre de son modèle. La valeur des informations ne se retrouve pas dans le bénéfice de l’entreprise mais, grâce à la blockchain, dans celle des utilisateurs. Ces derniers sont censés reprendre le contrôle de leur identité. Synereo entend «valoriser la sécurité et la vie privée plutôt que le profit», selon Blockchain France. Elle dispose d’un fil d’actualité, d’une liste d’amis, et elle permet, à la différence de Facebook, de gérer l’attention portée à des personnes et des idées. Elle utilise en effet des «variables d’attention», en fonction de la pertinence des contenus et du partage des informations. L’une de ces variables, unité de mesure de l’attention, est appelée «reo». Une personne éloignée de votre réseau vous apporte davantage de «reo» que si elle vous est proche.

De nombreuses branches y décèlent un fort potentiel. Les start-up pullulent, autant dans la musique que dans l’éducation ou les données médicales. Orange a annoncé en septembre investir des millions de dollars dans cette technologie.

«Les grandes sociétés suisses, par exemple les grandes banques, en vertu de la capacité de la blockchain de changer profondément le système financier, sont très présentes dans le développement de cette technologie, les autres sont plus attentistes», observe Andreas Lenzhofer. Le trafic des paiements comporte en effet de nombreuses étapes permettant de s’assurer du bon fonctionnement de l’opération. Il en va de même de l’achat et de la vente d’actions en bourses. Il suffit de mentionner les fonctions d’administration, de règlement et de compensation. Avec la blockchain, il sera possible de supprimer toutes ces fonctions intermédiaires. «Le consommateur ou l’investisseur final, ainsi que le grand public, ne s’apercevra de rien, mais toutes les opérations effectuées en coulisse seront bouleversées», assure Andreas Lenzhofer.

Investissements des banques

UBS confirme avoir ouvert ce printemps à Londres l’UBS Innovation Lab, un laboratoire sur la blockchain dans un centre d’innovation fintech, le Level39. Ce dernier regroupe 170 start-up technologiques. Ce groupe de chercheurs comprend six personnes placées sous la direction d’Alex Batlin. L’une des premières expériences a consisté à développer une «obligation intelligente» (smart bond). Il s’agit ici d’émettre une obligation en éliminant les opérations d’avant et d’après négoce. UBS a par ailleurs lancé un concours, le 12 août, (The UBS Future of Finance Challenge) qui s’adresse aux entreprises et aux start-up du monde entier. L’idée du concours est de trouver des idées et des solutions innovantes, voire potentiellement disruptives ou perturbantes, pour accompagner la révolution technologique du monde bancaire. UBS collabore par ailleurs avec d’autres incubateurs et accélérateurs: Level39, JFDI.Asia, NUS Enterprise @ BLK71 ainsi qu’avec l’agence d’innovations 100% Open.

PwC Strategy& recommande à ses clients dans un premier temps d’identifier le problème et de l’analyser, d’accompagner le progrès technologique, dans un deuxième temps de procéder à des essais pilotes en vertu des opportunités.
Six Group investit dans cette nouvelle technologie, par l’intermédiaire de sa division Securites Services. Credit Suisse souhaite positionner la Suisse sur la carte mondiale des fintech. Certains thèmes financiers sélectionnés devraient, à son avis, faire l’objet d’une grande attention, tels la gestion de fortune, la blockchain, la gestion de la sécurité et de l’identité.

La plupart des initiatives peuvent être lues sur le site: etstalkpayments.com/bank-wise-analysis-of-blockchain-activity/.

Le potentiel industriel est évident en termes de baisse des coûts. La banque Santander estime à 20 milliards de dollars par an d’ici à 2022 le potentiel d’économies de cette technologie. C’est la seule estimation à ce jour. Mais le potentiel ne s’arrête pas là. La blockchain permet aussi une amélioration dans la qualité du service, puisqu’elle exclut le risque de fraude, et rend toutes les transactions beaucoup plus rapides, puisqu’il n’est plus nécessaire d’attendre trois jours pour avoir la confirmation de la vente d’un titre financier.

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