Services

Deloitte se lance dans le conseil immobilier

La société vise les grandes entreprises locataires ou propriétaires. Elle aura une approche «différente» de la concurrence, assure son responsable.

Depuis début septembre, Deloitte dédie quatre personnes à sa nouvelle activité de conseil immobilier. Mais elles devraient bientôt être une dizaine en Suisse. Et une vingtaine d’ici cinq ans, prévoit Frank Meinzer, associé de Deloitte et chef de cette nouvelle unité.

Dans les locaux lausannois de la société de conseil et d’audit, le responsable commence par décrire la philosophie de son approche, différente de celle des géants du conseil immobilier, dit-il: contrairement à eux, Deloitte n’assistera que les entreprises qui occupent ou cherchent à occuper une surface, à l’achat ou à la location. Elle évitera ainsi tout conflit d’intérêts, ne comptant pas simultanément des clients vendeurs ou bailleurs. «Il y a une vraie demande pour ce type de services indépendants», assure Frank Meinzer.

Outre cette évolution culturelle vers «une éthique professionnelle», la situation conjoncturelle est également favorable à l’ouverture de ce nouveau service, qui mûrit chez Deloitte depuis plusieurs années, poursuit-il. Car c’est une évidence: des rationalisations et des consolidations sont à l’œuvre, et pas seulement dans le secteur bancaire. «Après avoir travaillé sur leurs coûts informatiques et sur leurs charges salariales, les entreprises cherchent aussi à faire des économies dans le domaine immobilier», complète l’ancien membre de la direction de Jones Lang LaSalle.

Le commercial en phase descendante

Avec cette nouvelle unité, la société cherche dont avant tout à élargir son éventail de services, plutôt que son portefeuille de clients. «Nous avons déjà une liste de 50 grandes entreprises qui travaillent avec nous et qui sont potentiellement intéressées par du conseil immobilier», explique le responsable basé à Lausanne.

Ce nouveau service est lancé alors que l’immobilier commercial suisse est dans une phase délicate. «C’est une bonne nouvelle pour ceux qui cherchent», intervient Frank Meinzer. Qui précise néanmoins que si le marché dans son ensemble donne des signes de faiblesse, «les surfaces modernes, modulables et bien positionnées restent très recherchées». Pour les autres, «leurs propriétaires sont ou seront obligées de les rénover», positive-t-il. C’est d’ailleurs le cas du nouveau siège genevois de Deloitte, à la Place des Nations, dans lequel les équipes sont en train de déménager.

Vers des baux plus courts?

Frank Meinzer notre encore deux évolutions notables, dans le segment commercial. D’abord, «les gratuités ont explosé. A Genève, un propriétaire a offert jusqu’à dix-huit mois de loyer, sur un bail de dix ans». Une façon pour les bailleurs de ne pas officiellement baisser leur loyer, donc de ne pas affecter visiblement leur rentabilité, et de ne pas envoyer de signal négatif dans le marché. «Ce genre de mesures fonctionne pendant un à deux ans. Désormais, on commence à assister à de véritables baisses des loyers», précise l’expert.

L’autre tendance, à plus long terme, elle, c’est la flexibilisation des baux à loyer. «Pour être plus attractif vis-à-vis d’une entreprise locataire, il faut reconsidérer les contrats usuels, d’une durée de cinq ou dix ans. Nous travaillons actuellement avec plusieurs caisses de pension pour qu’elles acceptent de concéder des durées plus courtes».

Le risque? Des revenus locatifs potentiellement plus volatils, surtout si l’immeuble en question ne compte qu’un seul locataire. La récompense? Un rendement plus élevé sur des biens immobiliers qui ne seraient peut-être pas loués du tout, sans sacrifices sur la durée du bail.

Publicité