Climat

Les jeunes investissent en bourse en vertu de leurs valeurs

La finance aura une forte influence sur l'environnement. A la veille de COP 21, les études montrent que les jeunes nés avec le millénaire investissent en fonction de l'impact social et environnemental. Davantage que la génération «Y» et que les plus âgés

A la veille de la conférence de Paris sur le climat, COP 21, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre, les experts de l’investissement soulignent le rôle de la finance dans l’investissement durable. «Si les investisseurs achètent les actions d’une entreprise durable, sa valeur augmente, ce qui lui permet d’investir plus fortement et de disposer d’un avantage compétitif», explique Jessica Ground, responsable des investissements environnementaux, sociaux et dans la gouvernance de Schroders. Les jeunes nés avec le millénaire semblent tout à fait conscients de cet enjeu: «Les «Millennials», veulent investir de façon responsable», ajoute cette experte. Le gérant d’actifs britannique organisait une réunion avec les médias internationaux, jeudi et vendredi à Londres, sur les perspectives de cette branche d’activité.

Enormes différences géographiques

Le climat est une question urgente selon 53% des «Millennials» dans le monde. Mais les distinctions sont considérables selon leur origine géographique. En Europe occidentale, 49% des «Millennials» estiment que le climat est une question urgente, contre 30% aux Etats-Unis, selon un sondage de Telefonica et de la Bank of America Merrill Lynch. Le pourcentage est très élevé en Asie (59%) et en Amérique latine (70%).

Les sondages confirment que les «Millennials» ont une conscience sociale et environnementale qui dépasse celle des «baby boomers». Le Nielson Millennial Report signale que pour toutes les catégories d’âge, les placements dans les investissements durables sont en hausse par rapport au sondage de 2011. Mais l’intérêt pour l’impact social et environnemental diminue à partie de 45 ans et chute pour les plus de 60 ans. Les plus jeunes estiment à plus de 65% que leurs investissements financiers doivent refléter leurs «valeurs sociales, politiques et environnementales», selon Schroders. Le pourcentage est nettement inférieur pour la génération Y, celle des jeunes nés avec internet, et il chute à moins de 40% pour les baby boomers et les plus de 69 ans. «Ils sont jeunes et orientés sur le très long terme», observe Michel Vermeulen, responsable de Schroders aux Pays-Bas.

Les conditions de travail importent davantage que les salaires des managers

Pour les 18 à 34 ans comme toutes les autres tranches d’âge, la performance finance financière est le premier critère à considérer dans le choix d’une solution de retraite. Mais plus les personnes interrogées sont âgées et plus le rendement importe, selon NAPF and Optium research. Le pourcentage atteint 43% pour les 18 à 34 ans et plus de 60% pour les plus de 55 ans. Mais pour les 18 à 34 ans, les rémunérations et les conditions de travail des employés comptent presque autant que la performance financière, alors que seuls un tiers des plus de 55 ans y sont intéressés.

Le débat sur le système de rémunération des managers et le niveau de leurs rémunérations est certes très médiatique, mais seuls 25 à 30% des gens le trouvent important dans leur choix. Ils sont toutefois placés devant les droits humains et environnementaux. Ces derniers importent toutefois davantage pour les 18 à 34 ans que les autres.

Krach environnemental pour les groupes pétroliers?

«Nous sommes un peu dans la situation de la grenouille qui trouve la chaleur de l’eau agréable, avant de finir ébouillantée», estime Simon Webber, responsable des actions auprès de Schroders. Pour que la température n’augmente que de 2 degrés sur terre, il faudra, à son avis, prendre des mesures drastiques dans les cinq ans. Le laisser-faire atteint ses limites, à son goût. La satisfaction de l’objectif s’accompagnera nécessairement d’un choc comportemental, explique-t-il. Pour les sociétés cotées qui disposent de vastes réserves en charbon, pétrole et gaz, l’évaluation de ces actifs risque d’être subitement et fortement réduite à la baisse. 60 à 80% des réserves ne pourront pas être consommées si l’on veut empêcher la température d’augmenter de plus de 2 degrés, explique le gérant.

Un cinquième de la capitalisation boursière totale des marchés de Londres, Newcastle (Australie), Moscou, Toronto et Sao Paulo, est liée à des groupes d’énergie, indique une étude de l’organisation Carbon Tracker, citée par la Basler Zeitung. Si la température grimpe de deux degrés, les deux tiers de ses réserves seraient sans valeur, à son avis. On assisterait alors à une crise boursière sur les valeurs énergétiques.

Plainte d’enfants contre le gouvernement

Par ailleurs, une vingtaine d’enfants réclament devant la justice un engagement plus conséquent du gouvernement américain contre le réchauffement climatique, dans une plainte qui inquiète l’industrie pétrolière, indique samedi l''AFP.

Parmi les jeunes plaignants, âgés de 8 à 19 ans, figure la petite-fille d’un célèbre scientifique sur le climat, James Hansen, ancien employé de la Nasa et militant connu de la réduction des gaz à effet de serre, selon l’agence. Les enfants demandent au gouvernement de s’engager à faire baisser de manière significative les émissions de dioxyde de carbone et à mettre en oeuvre «un programme de redressement du climat basé sur la science» qui protège la Terre pour les générations futures, selon l’association Our Children’s Trust, basée dans l’Oregon (nord-ouest), qui a initié cette démarche.

Le gouvernement américain connaissait depuis 1965 les risques d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre mais n’en a pas fait assez pour les juguler, estiment-ils.

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