Politique monétaire

Pour Joseph Stiglitz, la levée du taux plancher a été une mauvaise décision

L'économiste américain Joseph Stiglitz salue les instruments mis en place par la Banque nationale suisse (BNS) pour contrer la surévaluation du franc

Dans un entretien accordé lundi soir à AWP, en marge du Lugano Fund Forum, l’ex vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz, a toutefois critiqué la levée du taux plancher et les paradis fiscaux, parmi lesquels il range la place financière suisse.

Les taux d’intérêt négatifs introduits par la BNS sont un bon instrument de politique monétaire, mais qui ne suffira pas à lui seul à relâcher durablement la pression sur le franc, estime le Prix Nobel d’économie. Le taux de change imposé par le marché s’avère contre-productif pour l’économie réelle, car il maintient la devise helvétique surévaluée.

Pour Joseph Stiglitz, l’adoption du taux plancher face à l’euro n’est pas une distorsion du marché, mais au contraire la correction d’une distorsion engendrée par des flux de capitaux. Il estime cependant que l’économie suisse aurait été mieux servie avec un taux plancher fixé par rapport à un panier de devises de ses principaux partenaires commerciaux.

L’économiste estime que la levée du taux plancher en janvier a été une erreur. «Il semble que la banque centrale ne se soit pas préoccupée de voir le taux de change bondir et il est injuste de demander à l’économie réelle de payer les conséquences de mouvements de capitaux». Selon lui, la banque centrale doit continuer d’intervenir sur le marché des devises. Joseph Stiglitz suggère également de taxer les afflux de capitaux.

La fin d’un modèle d’affaires

Il salue l’entrée en force en 2017 de l’échange automatique d’informations et la fin du secret bancaire. «A New York, d’où je viens, on sait très bien gérer l’argent. Et si des personnalités comme Mitt Romney (candidat républicain à la présidence des Etats-Unis en 2012) ont de l’argent aux îles Cayman, ce n’est pas parce que ses banquiers sont spécialement doués, mais parce qu’ils exercent la seule activité productive qui ne puisse être réalisée à New York: l’évasion fiscale», ironise Joseph Stiglitz.

«Les îles Cayman sont une aberration, la seule raison pour laquelle de tels paradis fiscaux et régulatoires existent est la perversion de notre système politique», s’emporte l’économiste. Selon lui, ce genre de place financière doit disparaître, ou recentrer son modèle d’affaires sur autre chose que le contournement de règles. «C’est ce qu’a fait le Panama, et je pense que ça peut aussi être le cas pour la Suisse, qui a développé des compétences et dispose de personnel pour cela».

Concernant les banques présentant un risque systémique, Joseph Stiglitz souligne qu’elles représentent une menace pour le reste de l’économie, et à ce titre il est normal qu’elles fassent l’objet d’un dispositif régulatoire spécifique. «L’idée qu’on ne doive pas réguler ces établissements car ils sont privés est absurde: nous sommes tous soumis à des règles tous les jours en tant que particuliers», rappelle-t-il.

Dans une société moderne, il est normal de prendre des mesures pour empêcher certaines personnes de nuire à d’autres, conclut l’économiste.

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