Santé

Sophia Genetics crée la plus grande communauté de patients en médecine personnalisée

La société basée à Saint-Sulpice (VD) passe le cap de la centaine de clients hospitaliers, et place l'Europe en position de choix dans le domaine de la médecine du Big Data

En février dernier, alors déjà en contrat avec 37 clients, Jurgi Camblong visait la barre des 100 d’ici la fin 2015. La voici atteinte, à un mois du délai: la société Sophia Genetics basée à Saint-Sulpice qu’il dirige, active dans le secteur prometteur de la médecine de précision (aussi appelée «médecine personnalisée») a annoncé mercredi avoir conclu des partenariats avec une centaine d’hôpitaux et laboratoires dans le monde, devenant ainsi selon elle le «leader mondial» dans ce domaine.

Analyse détaillée des génomes humains

Sophia Genetics est en pointe dans l’analyse détaillée des génomes humains. «Avec les nouvelles technologies de séquençage à haut débit, le problème n’est plus de générer des données, mais de traiter ces informations génétiques souvent complexes», expliquait jadis au Temps Jurgi Camblong. Son équipe – 60 personnes aujourd’hui – a ainsi mis au point des algorithmes qui passent au crible ces données ADN de manière standardisée, afin de détecter avec précision des mutations génétiques caractéristiques pour plusieurs maladies génétiques (telle la fibrose kystique) ou certains cancers. Le principe est que le séquençage-même est réalisé dans les institutions médicales (ou des laboratoires affiliés), seuls les résultats étant mis à disposition de Sophia Genetics pour expertise, après avoir été anonymisés.

«Au bénéfice d’une croissance de 400% pour cette seule année, l’entreprise soutient désormais près de 100 institutions dans 18 pays [97 contrats étaient signés le 25 novembre 2015 à midi, et d'autres devaient encore l'être depuis, ndlr]», dit son communiqué. En Suisse, les hôpitaux universitaires de Genève, Berne et Zurich, ainsi que sept autres établissements hospitaliers régionaux, collaborent avec Sophia Genetics. Mais pour l’instant pas le CHUV de Lausanne, comme le relevait en février déjà Le Temps: «Un hôpital universitaire comme le nôtre, qui se dirige vers la médecine de précision, a besoin de disposer au jour le jour de ses propres capacités d’analyses et d’interprétation des séquençages d’ADN, justifie au téléphone son directeur Pierre-François Leyvraz. Sophia Genetics ne propose pas toutes les analyses dont nous aurions besoin. Cela dit, nous avons identifié l’oncologie comme étant un champ dans lequel nous avons des besoins immédiats, et où une collaboration pourrait être envisagée. Une réunion avec nos spécialistes et ceux de Sophia Genetics doit avoir lieu sous peu», ce vendredi selon nos informations.

Malgré cette situation locale, la start-up de Saint-Sulpice créée en 2011 «s’établit comme le plus grand réseau au monde pour l’interprétation de données génomiques personnelles et le partage du savoir sur l’interprétation clinique des variants génomiques», poursuit le communiqué. Dépassant ainsi son concurrent américain Foundation Medecine (FMI).

La société a effectué plus de 20 000 analyses de patients rien qu’en 2015, et prévoit de quadrupler ce nombre en 2016.

Cette société, détenue à hauteur de près de 57% par Roche qui y a investi plus d’un milliard de francs en février 2015, propose non seulement l’analyse des données mais aussi le séquençage lui-même. Or les hôpitaux qui collaboraient avec elle se dotent de plus en plus de leurs propres outils de séquençage. Si bien que FMI a indiqué avoir réalisé au troisième trimestre 2015 moins de diagnostics de patients que prévus, faisant chuter au Nasdaq le cours de l’entreprise de 21%.

Mutualisation des résultats

«Notre modèle ne fonctionne pas en silos fermés mais, à travers notre plate-forme unique au monde, il veut faciliter la mutualisation des résultats de séquençage entre les différents partenaires, ceci au bénéfice de toute la communauté de patients. C’est là notre force. C’est vraiment l’entrée de la médecine dans l’ère du Big Data. Et l’Europe s’y place devant les Etats-Unis», explique Jurgi Camblong. A ce jour, la société a effectué plus de 20 000 analyses de patients rien qu’en 2015, et prévoit de quadrupler ce nombre en 2016, contre «35000 sur les trois dernières années pour FMI», relevait en avril dernier l’entrepreneur.

Ne révélant pas son chiffre d’affaires, la société, qui a levé 18 millions de dollars à ce jour auprès de fonds d’Invoke Capital, de Swisscom et d’Endeavour Vision, estime «probable une entrée en bourse à l’horizon 2017», selon son directeur.

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