Editorial

La Fed met fin à son interminable parenthèse

Pour la première fois depuis juin 2006, la banque centrale américaine a décidé de relever son taux d’intérêt. C’est le début de la fin d’une période de taux exceptionnellement bas. Et une décision dont on peut se réjouir

Une première en presque dix ans. Mercredi soir, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé ses taux d’intérêt, ce qu’elle n’avait plus fait depuis juin 2006 et alors qu’elle maintenait le loyer de l’argent au plancher depuis 2008.

L’institution avait préparé le terrain. La décision était attendue depuis une année au moins. Elle avait failli être mise en œuvre en septembre dernier, avant que les turbulences sur les marchés financiers provoquées par des déboires chinois conduisent la Fed à remettre son tour de vis à plus tard.

Même attendue, la décision est historique parce qu’elle ferme une parenthèse qui n’aurait jamais dû être aussi longue – celle de la crise financière et de ses interminables répliques. En relevant son taux d’intérêt, la Fed referme sa boîte à outils de mesures extraordinaires pour vaincre la crise: rachats d’actifs à coups de centaines de milliards de dollars et taux d’intérêt plus bas que jamais.

Désormais, Janet Yellen et ses collègues estiment que la croissance américaine évolue à un «rythme modéré», et que le marché de l’emploi a vu des «améliorations considérables» (à 5%, le taux de chômage se trouve à la moitié de ce qu’il était au plus fort de la récession). Les grands argentiers se montrent «confiants» que l’inflation atteigne un niveau stable, c’est-à-dire 2% à moyen terme.

La première augmentation est modeste, mais la Fed n’en restera pas là. Elle évoque dans son communiqué des «hausses futures graduelles», ce que Bloomberg traduit par quatre tours de vis l’an prochain. Quel que soit le chiffre qui prévaudra – la Fed elle-même ne le sait probablement pas encore –, le cycle est lancé.

Et c’est une bonne nouvelle. Pour les Etats-Unis et pour le monde, car des taux à zéro créent des déséquilibres dans l’économie. Il y a ceux que l’on a pu identifier: en dopant le marché des actions, en rendant les emprunts trop bon marché, en donnant l’impression que l’argent est gratuit, en poussant les investisseurs, dont les caisses de pension, à prendre toujours plus de risque pour espérer obtenir des rendements. Et il y a les effets pervers que l’on risque de découvrir au cours des mois ou années à venir. Une première hausse des taux américains est aussi un signe encourageant pour l’économie mondiale, dont la croissance a été en deçà de ses capacités ces dernières années.

La Suisse aussi peut se réjouir de cette décision. Le dollar va continuer à s’apprécier contre l’euro et, par effet mécanique, également contre le franc, donnant de l’oxygène aux exportateurs. De même qu’une accélération de la croissance mondiale profitera à la Suisse, qui, elle aussi, aimerait pouvoir embrayer derrière la Fed sur le chemin du retour à la normale.

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