Marchés

Les marchés mondiaux plombés par la Chine

Le premier jour de cotation de 2016 a été marqué par des ventes paniques, en Chine notamment où l’indice compositede Shanghai a perdu 6,86%. Après une première interruption de quinze minutes, le marché a fermé plus tôt que prévu

A première vue, le pire a été évité. Grâce aux coupe-circuits. En vigueur depuis lundi à la bourse de Shanghai, ce nouveau système a bloqué les transactions une première fois en fin de matinée, pendant quinze minutes. Ce temps devait suffire aux opérateurs pour reprendre leurs esprits et mettre un terme à leurs ventes en rafale. Le marché venait de perdre 5%.

A la reprise des transactions, la chute a toutefois repris. A – 7%, les coupe-circuits sont de nouveau entrés en action, fermant cette fois les bourses de Shanghai et de Shenzhen pour la journée, comme le prévoit le nouveau règlement. Moins instable, la bourse de Hongkong est restée ouverte tout ce lundi noir, et a fini sur une baisse limitée à 2,7%.

A 13h33, soit 6h33 à Zürich, les cambistes chinois ont donc pu rentrer chez eux, méditant peut-être le krach de l’été passé, lorsque Shanghai a perdu 43% entre juin et fin août, avant de stabiliser. Ailleurs, le mal était pourtant déjà fait. La planète finance a été traversée par un séisme, faisant plonger l’ensemble des places occidentales.

A y regarder de plus près, cependant, ces coupe-circuits pourraient bien faire partie du problème. «On pouvait s’y attendre, parce que ce système est mal conçu, a réagi Fu Gang, associé de River East, un gérant de hedge fund à Shanghai. Du coup, la liquidité disparaît plus facilement.» D’autres financiers que Fu Gang ont critiqué le mauvais calibrage des coupe-circuits, qui tendent à se déclencher trop facilement, provoquant des ventes paniques lorsque le seuil critique approche. China International Capital Corporation a par exemple calculé que, depuis 2005, un des indices phares de Shanghai, le CSI 300, a «bougé» de plus de 5% cent cinq fois. Le cap des 7% a lui été franchi trente-trois fois.

Dans ces conditions, Christopher Cheung s’attend à ce que «les marchés de Shanghai et Shenzhen soient souvent suspendus cette année», a déclaré hier au South China Morning Post le député du parlement de Hongkong, où il représente les courtiers. «Cela va rendre la bourse de Hongkong plus volatile, redoute-t-il, car lorsque les investisseurs ne peuvent vendre les actions A [celles cotés à Shanghai], ils vendent les titres H correspondants [ceux de la même entreprise, mais cotés à Hongkong].»

La faiblesse du yuan est aussi présentée comme un autre facteur ayant déclenché les ventes d’actions. Lundi, la banque centrale chinoise a encore abaissé le cours de référence du renminbi face au dollar américain, au plus bas depuis quatre ans. Les investisseurs chinois disposant d’assez de ressources pour investir à l’étranger ont donc pu céder leurs titres à Shanghai ou à Shenzhen et en placer le fruit dans une devise plus stable.

Interdiction de vente levée

Un autre facteur pourrait encore expliquer le décrochage boursier. Depuis le 31 décembre, les grands instituts financiers chinois sont de nouveau autorisés à vendre les titres qu’ils détiennent. L’interdiction avait été prise cet été par Pékin pour tenter de stabiliser le marché. Vétéran de la finance asiatique, Raymond Hêche n’y croit pourtant guère. Selon lui, les brusques mouvements de la bourse chinoise sont fréquents «et ne devraient pas être surinterprétés», tant ce marché manque de maturité. Pour l’ex-banquier genevois, aujourd’hui à la tête de Nivalis, une société de gestion établie à Hongkong, «les marchés étaient relativement optimistes en fin d’année. Ils se sont réveillés pessimistes au premier jour de bourse de 2016, sans qu’aucune réelle nouvelle ne permette de l’expliquer.» En outre, rappelle-t-il, «ce n’est pas Shanghai qui a entraîné toute l’Asie. La chute avait commencé plus tôt dans la journée, en Australie et en Corée notamment.»

Publiés vendredi et hier, deux indicateurs de l’activité manufacturière en Chine ont certes de nouveau confirmé le ralentissement de la croissance chinoise. Mais cela ne constituait en rien une surprise, ajoute Raymond Hêche.

Dans une note publiée juste avant Noël, Francis Cheung se demandait si la Chine allait connaître un atterrissage brutal? «Non, même cela y ressemble, ironisait le stratège du courtier CLSA. […] L’année sera difficile pour l’industrie et les matières premières, mais pas pour les services et la consommation.» Dans ces conditions, Francis Cheung s’attend à ce que la bourse chinoise reste «faible», avant de se redresser «en fin d’année». Sur dix-huit mois, Shanghai affiche d’ailleurs encore un gain de 60%.

En réalité, assène Raymond Hêche, Pékin continue de payer son inaction lorsque la bulle boursière grossissait. Les autorités «sont intervenues trop tard pour stabiliser le marché, lorsque les cours étaient bien trop élevés par rapport aux fondamentaux, observe-t-il. Shanghai se situe aujourd’hui à quelque 3300 points alors qu’elle ne mérite que 2600 à 2700 points.» Par le passé, lorsque Taiwan a agi pour défendre sa bourse, ou Hongkong sa monnaie, relate le gérant, «cela a fonctionné, parce que le marché baissait de façon objectivement excessive. Or ce n’est pas encore le cas à Shanghai.»

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