Conjoncture

En 2016, l’économie suisse peinera encore à absorber le choc du franc

Selon Raiffeisen, le PIB helvétique ne croîtra que de 0,9% cette année. Si le pays a jusqu’ici toujours réussi à s’adapter à la force du franc, le risque qu’il perde une partie de sa base industrielle est une réelle menace

L’économie suisse se remet graduellement du choc de l’abandon du taux plancher il y a un an mais elle ne tournera pas encore à plein régime en 2016. Raiffeisen escompte une croissance du produit intérieur brut (PIB) helvétique limitée à 0,9% pour cette année, contre 0,7% en 2015. C'est à peine la moitié de la croissance de 2% du PIB affichée en 2013 et 2014. La coopérative bancaire se montre plus prudente que les instituts sondés par l’institut KOF qui prévoient en moyenne une croissance de 1,3% pour cette année.

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Les exportateurs devraient bénéficier d’un affaiblissement graduel de la devise helvétique, à 1,10 franc par euro d’ici fin mars, puis à 1,14 franc à un horizon de 12 mois – une prévision à considérer avec précautions, a toutefois souligné Martin Neff, chef économiste de Raiffeisen, lors de la présentation des perspectives de la banque pour 2016 qui s’est tenue mercredi à Zurich.

Les risques prédominent

Selon l’expert, «les risques prédominent» dans l’environnement actuel. Et de citer tour à tour le danger d’un effondrement des pays émergents, la possible résurgence de la crise grecque dans la zone euro, une aggravation de la crise au Moyen-Orient ou encore d’une reprise du conflit en Ukraine. Sans oublier l’Empire du Milieu où «le gouvernement chinois a toujours beaucoup de mal à gérer et contrôler efficacement une économie très complexe».

Que signifie cet environnement pour l’économie suisse? Aux yeux de Martin Neff, elle aura besoin d’une période d’adaptation plus longue que lors des phases d’adaptation précédentes du franc. Même si elle se relève lentement de ce choc, de nombreuses entreprises – notamment les sous-traitants – ont encore beaucoup de difficultés à redevenir compétitives en termes de prix. De plus, la décision de la BNS n’a pas encore déployé tous ses effets. «Son impact sur l’économie réelle a été bien plus important que ce que les chiffres ont démontré jusqu’à présent», considère-t-il. D’après l’économiste, beaucoup d’entreprises «sont encore en mode d’improvisation».

Une base industrielle ébranlée

La base industrielle du pays a été affectée par le choc du franc comme jamais auparavant: «La Suisse est menacée par une perte définitive d’une partie de sa base industrielle», avertit-il. Y a-t-il un risque de désindustrialisation? Martin Neff nuance son propos rappelant que le «franc fort n’est pas une nouveauté», cette tendance étant déjà observée depuis les années 1970. En outre, depuis le milieu des années 1990, la création de valeur dans l’industrie manufacturière par rapport à celle de l’économie dans son ensemble est restée située entre 19 et 20% en Suisse. Seule l’Allemagne affiche une part plus élevée parmi les pays industrialisés.

En revanche, la force du franc a induit un important changement structurel avec, d’un côté, des branches comme la pharma, l’horlogerie et les instruments de précision qui ont continuellement vu leur contribution à la valeur ajoutée brute totale de l’industrie manufacturière augmenter depuis les années 1990. De l’autre, des branches comme la métallurgie et le textile qui, elles, ont, continuellement perdu du terrain.

Prise en charge des risques de change souhaitée

Pour faire face aux conséquences de l’abandon du taux plancher, les économistes de Raiffeisen plaident en faveur d’un «accompagnement sélectif et ciblé de l’économie par la Confédération», jusqu’à ce que le processus d’adaptation de l’économie puisse être repris de manière autonome. Martin Neff mentionne par exemple l’idée d’une prise en charge des frais de couverture des risques de change pour les entreprises exportatrices. «Il n’est pas possible que des pays manipulent leur monnaie dans le monde entier et que la Suisse soit la seule à ne rien faire pour son économie», juge-t-il. A l’inverse, l’allongement de la durée du temps de travail pour un salaire identique n’est pas une mesure efficace sur la durée.

Malgré les difficultés de l’environnement actuel, Raiffeisen n’anticipe qu’une hausse modérée du taux de chômage à 3,6% cette année en Suisse (3,4% en 2015). Les prix devraient évoluer de manière stable, après un recul de -1,1% l'an dernier, tandis que les rendements des emprunts à dix ans de la Confédération devraient remonter à 0,3% (-0,1%). Cette légère hausse n’aura toutefois encore pratiquement aucun effet sur les taux de référence pour les hypothèques, estime Martin Neff qui n’anticipe pas non plus de correction significative sur le marché de l’immobilier.

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